Algérie: l’armée ouvre la voie à un départ du président Bouteflika

Le président Bouteflika, grandement affaibli des suites d’un accident vasculaire cérébral subi en 2013, ne s’adresse de vive voix aux Algériens que très rarement et distille au compte-gouttes ses apparitions publiques.
Photo: Sidali Djarboub Agence France-Presse Le président Bouteflika, grandement affaibli des suites d’un accident vasculaire cérébral subi en 2013, ne s’adresse de vive voix aux Algériens que très rarement et distille au compte-gouttes ses apparitions publiques.

Le chef d’état-major de l’armée algérienne a proposé mardi une sortie de crise en demandant que le président Abdelaziz Bouteflika, affaibli par la maladie, soit déclaré inapte à exercer le pouvoir en vertu de la Constitution, ou qu’il démissionne, après un mois de contestation populaire. Le général Ahmed Gaïd Salah a prôné le lancement de la procédure prévue par l’article 102 de la Constitution, applicable quand le président de la République « pour cause de maladie grave et durable, se trouve dans l’impossibilité totale d’exercer ses fonctions » ou qu’il démissionne.

Prise de position surprise

Après cette prise de position surprise, la balle se trouve dans le camp de M. Bouteflika lui-même, s’il choisit de démissionner, ou dans celui du président du Conseil constitutionnel, Tayeb Belaiz, à qui il revient de lancer la procédure permettant de déclarer le chef de l’État inapte à exercer ses fonctions.

Affaibli par les séquelles d’un accident vasculaire cérébral (AVC) qui, depuis 2013, l’ont empêché de s’adresser de vive voix aux Algériens et ont rendu rares ses apparitions publiques, M. Bouteflika fait face depuis plus d’un mois à une contestation sans précédent depuis son élection à la tête de l’État en 1999.

Photo: Farouk Batiche Agence France-Presse Ahmed Gaïd Salah est à l’origine un fidèle du président.

« Il devient nécessaire, voire impératif, d’adopter une solution pour sortir de la crise », a déclaré le général Ahmed Gaïd Salah, un fidèle de M. Bouteflika qui l’a nommé à son poste en 2004. Il a prôné une solution répondant aux « revendications légitimes du peuple algérien », conforme à la Constitution et garantissant la « stabilité de l’État ».

L’article 102 de la Constitution prévoit que le président du Conseil de la nation (chambre haute) prend l’intérim du chef de l’État en cas « d’empêchement » du chef de l’État quand, « pour cause de maladie grave et durable », il « se trouve dans l’impossibilité totale d’exercer ses fonctions ». Ce sont les deux chambres du Parlement, qui, sur proposition du Conseil constitutionnel « réuni de plein droit », doit voter à la majorité des deux tiers « l’état d’empêchement ».

À l’issue d’un délai de 45 jours, si « l’empêchement » se poursuit, est déclarée la « vacance » du pouvoir. L’intérim se poursuit alors durant 90 jours maximum, période durant laquelle une présidentielle est organisée.

L’article 102 en question prévoit également cette procédure de « vacance » du fait de la démission du président de la République.

Il devient nécessaire, voire impératif, d’adopter une solution pour sortir de la crise

Le président du Conseil constitutionnel Tayeb Belaiz, 70 ans, qui doit réunir son institution pour proposer l’application de l’article 102, est lui aussi un fidèle du chef de l’État.

L’Algérie est le théâtre depuis le 22 février de manifestations massives, déclenchées par l’annonce de la candidature du président Bouteflika à un 5e mandat. Face à la pression de la rue, il a renoncé à cette candidature, et reporté sine die la présidentielle prévue le 18 avril, prolongeant par là même son mandat pour une durée indéterminée. Cette démarche, qui prévoit la tenue d’une « Conférence nationale » — chargée notamment d’élaborer une nouvelle Constitution — avant la tenue d’un nouveau scrutin, a été totalement rejetée par les manifestants algériens.

Accusé de s’accrocher au pouvoir

Longtemps crédité par la population d’avoir ramené la paix en Algérie après 10 ans de guerre civile, le président Abdelaziz Bouteflika, désormais accusé par les Algériens de s’accrocher au pouvoir malgré une santé défaillante, se voit poussé vers la sortie par l’état-major de l’armée.

Âgé de 82 ans, « Boutef », comme l’appellent familièrement ses compatriotes, détient le record de longévité à la tête de l’État algérien, mais voulait briguer un nouveau quinquennat en 2019, à l’occasion de ses 20 ans au pouvoir.