Après la fin de l’attaque de Nairobi, le Kenya compte ses morts

Une femme pleurait devant la morgue Chiromo après avoir appris la mort d’un proche à la suite de l’attaque à Nairobi.
Photo: Simon Maina Agence France-Presse Une femme pleurait devant la morgue Chiromo après avoir appris la mort d’un proche à la suite de l’attaque à Nairobi.

Les forces de sécurité ont passé au peigne fin mercredi le complexe hôtelier de Nairobi où un commando de cinq islamistes radicaux a semé la terreur mardi et mercredi, tuant 21 personnes.

Dans la matinée, le président kenyan, Uhuru Kenyatta, est venu annoncer la fin de cette attaque — revendiquée par les islamistes radicaux somaliens shebab — à l’issue d’un siège de vingt heures.

Les shebab ont indiqué mercredi avoir agi en représailles au déménagement de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, selon le centre américain de surveillance des sites Internet djihadistes SITE. Le groupe affirme que ses combattants ont suivi les instructions du chef d’al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, de s’en prendre à des intérêts occidentaux et israéliens.

Opération de ratissage

Selon le chef de la police du Kenya, Joseph Boinnet, les assaillants étaient au nombre de cinq et sont tous morts : l’un d’eux, un kamikaze, s’est fait exploser près de l’entrée de l’hôtel Dusit au début de l’opération. Quatre autres ont été abattus par les forces de l’ordre dans la nuit et à l’aube.

Des images de vidéosurveillance diffusées par les médias kenyans montrent quatre hommes équipés d’armes automatiques et de grenades progresser calmement dans le complexe.

Les derniers assaillants abattus « portaient tous les deux des foulards rouges sur le front et des cartouches étaient attachées autour de leur poitrine. […] Ils avaient chacun un [fusil d’assaut] AK-47 », selon une source policière.

Mercredi, alors que l’enquête débutait véritablement, les policiers se sont lancés dans une opération de ratissage de l’hôtel.

« Les démineurs vont faire exploser des grenades laissées par les terroristes », a expliqué M. Boinnet.

Le président kenyan a fait état de quatorze morts. Le chef de la police a ensuite donné un bilan de vingt et un morts et précisé leur nationalité : seize Kenyans, un Américain, un Britannique et « trois personnes d’origine africaine qui doivent encore être identifiées ».

Un des membres du commando a été identifié et la maison dans laquelle il vivait à Ruaka, une commune populaire au nord de Nairobi, a fait l’objet d’une perquisition mercredi.

Deux suspects ont été arrêtés, l’un dans le quartier majoritairement somalien d’Eastleigh, l’autre à Ruaka, a annoncé à l’AFP le directeur des enquêtes criminelles George Kinoti.

Le traumatisme du Westgate

Cet attentat a replongé les habitants de Nairobi dans le traumatisme de l’attaque du centre commercial Westgate en 2013, qui avait fait 67 morts lors d’un siège de quatre jours. L’intervention des forces de sécurité avait alors été vivement critiquée.

Mercredi, M. Kenyatta a salué leur travail : « Plus de 700 civils ont été évacués du complexe depuis le début de l’attaque jusqu’au petit matin. »

La brigade antiterroriste était arrivée rapidement sur place, à bord d’un véhicule blindé, et les opérations de mise en sécurité des personnes prises au piège dans les bureaux ont été bien coordonnées.

En revanche, des proches des victimes rassemblés devant la morgue Chiromo s’impatientaient mercredi de ne pas pouvoir accéder aux locaux pour déterminer si leur parent faisait partie des victimes.

« Je suis ici depuis 6 h du matin, je suis quasi sûr que mon beau-frère est mort, mais j’aimerais qu’on nous laisse voir son corps, parce qu’on doit en être sûrs », se désespérait Francis Magutu, 35 ans.

Un photographe de l’AFP avait vu mardi les cadavres de cinq victimes, affalées sur leur table à la terrasse d’un restaurant. Non loin gisait le corps d’un kamikaze qui avait activé sa ceinture d’explosifs.

Le complexe DusitD2 abrite un hôtel d’une centaine de chambres appartenant au groupe thaïlandais Dusit Thani, des restaurants et plusieurs immeubles de bureaux dans un cadre verdoyant, près du centre de la capitale kenyane.

L’attaque a suscité une vague de condamnations, du secrétaire général de l’ONU, António Guterres, au président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki, et de l’Union européenne.

Le Kenya a déjà été la cible d’attentats djihadistes de grande ampleur. Le 7 août 1998, l’attentat contre l’ambassade américaine avait fait 213 morts et 5000 blessés. Après l’attaque du Westgate le 21 septembre 2013, un commando a abattu de sang-froid 148 personnes à l’Université de Garissa, pour la plupart des étudiants, le 2 avril 2015.