Trudeau en vedette, Hollande en coup de vent

Le premier ministre Trudeau s’est prononcé contre la discrimination envers les personnes LGBT, dimanche, lors du Sommet de l’OIF.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le premier ministre Trudeau s’est prononcé contre la discrimination envers les personnes LGBT, dimanche, lors du Sommet de l’OIF.

Alors que les premiers ministres Philippe Couillard et Justin Trudeau quittaient Antananarivo, le XVIe sommet de la Francophonie s’est terminé dimanche sous le signe de la lutte contre le terrorisme. Les pays francophones « paient un lourd tribut face à cette menace asymétrique qu’est le terrorisme. Une plus grande mutualisation de nos expériences, de nos moyens et de nos renseignements est nécessaire », a indiqué lors de la conférence de presse de clôture la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) Michaëlle Jean. « On a reçu des engagements des pays membres », assure-t-elle.

C’est notamment le cas du Québec, qui a parrainé, avec le Bénin, une résolution sur la radicalisation menant à la violence. Reprenant les conclusions du sommet de l’UNESCO tenu le 30 octobre à Québec, l’OIF propose de créer un réseau francophone de lutte contre la radicalisation. Concrètement, il s’agit de mettre en réseau les centres de prévention de la radicalisation, dit Philippe Couillard. « Ça vise à mettre en commun les bonnes pratiques. […] Les gens vont venir voir ce qu’on fait et nous allons aller voir ce qui se fait en France ou ailleurs. »

Le premier ministre quitte ce sommet satisfait d’avoir aussi été, lors d’une session à huis clos, parmi les premiers intervenants à s’opposer à l’admission de l’Arabie saoudite. Le problème n’est cependant que reporté puisque la question reviendra sur le tapis au prochain sommet. Le XVIIe sommet de l’OIF tiendra d’ailleurs en Arménie, les trois derniers s’étant tenus en Afrique. Pour ne pas créer de mécontents, le suivant atterrira en Tunisie, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la Francophonie.

Trudeau et LGBT

Le premier ministre canadien a été l’une des vedettes de ce sommet light où il a dénoncé la discrimination que subissent, notamment dans des pays membres de l’OIF, les homosexuels et les transgenres (LGBT). Le sujet a beaucoup fait réagir et il a été mentionné dans la presse malgache. Interrogé sur la raison pour laquelle il avait décidé de venir en Afrique pour parler spécifiquement de cette question, Justin Trudeau a affirmé qu’« il faut toujours en parler […]. Et s’il y a des conversations qui mettent des gens mal à l’aise, tant mieux ! ».

Ses propos sur l’égalité des femmes semblent avoir été moins bien reçus. L’éditorialiste du quotidien L’Express de Madagascar ne semble guère priser qu’on vienne de l’étranger faire la leçon aux Malgaches sur le sujet. Il rappelle que Madagascar a eu quatre reines au XIXe siècle et plusieurs femmes ministres depuis les années soixante, dont une ministre de la Défense. Il s’inquiète aussi de voir ces sommets se limiter à « une longue liste de bonnes intentions ».

Le Québec songe par ailleurs à organiser un événement sur les droits des LGBT dans la francophonie, ont révélé Philippe Couillard et la ministre des Relations internationales, Christine St-Pierre. Mais, « l’événement ne sera pas parrainé par la Francophonie », précise le premier ministre.

Visite éclair de Hollande

Interrogée sur la venue d’à peine vingt chefs d’État et de gouvernements, dont moins d’une dizaine d’Africains, une des plus faibles assistances depuis la création de l’OIF, Michaëlle Jean a dit ne pas être déçue. Elle trouve même cette participation « tout à fait réjouissante parce que tous les pays de l’espace francophone étaient représentés ici. […] Certains chefs d’État n’ont pu être là parce que d’autres obligations les retenaient », dit-elle en rappelant que cette semaine seulement, le Cameroun avait subi deux attaques de Boko Haram. Pourtant, même le président François Hollande n’a fait qu’un saut à Antananarivo, alors que la tradition veut qu’il participe à la conférence de presse finale aux côtés du secrétaire général. Il avait pour l’occasion cédé sa place à Justin Trudeau, qui n’est intervenu qu’une seule fois en lisant un court texte.

Ce sommet s’achève par l’admission de la Corée du Sud, de l’Ontario et de l’Argentine comme observateurs ainsi que de la Nouvelle-Calédonie comme membre associé. L’OIF a définitivement mis fin à la pause souhaitée après l’élargissement de 2012 qui avait vu le Qatar se joindre comme membre associé contre la volonté de son secrétaire général. « Ça aussi, c’est formidable, de voir la famille s’élargir », a déclaré Michaëlle Jean.

Les Ontariens ravis

Visiblement comblée de cette décision, la ministre ontarienne de la Francophonie, Marie-France Lalonde, s’est dite « très excitée d’être ici. C’est un moment important pour les Franco-Ontariens. » Elle voit dans cette présence des possibilités intéressantes pour l’économie ontarienne, notamment TFO média, l’agriculture et le numérique. Quant à la nécessité d’un quatrième siège pour le Canada qui est le seul pays à en compter plus de deux, elle rappelle que l’Ontario est « la province qui a le plus de francophones hors Québec. […] On vient renforcer la voix des Franco-Ontariens à l’international ».

Pour un pays aussi pauvre que Madagascar, à qui l’on a coupé les fonds depuis le putsch de 2009, l’exercice semblait avoir été profitable. L’île a signé cette semaine 22 accords avec le Maroc seulement. Ce sommet prend toute son importance à quelques jours de la Conférence des bailleurs et investisseurs pour Madagascar qui se tiendra les 1er et 2 décembre à l’UNESCO à Paris.


 
1 commentaire
  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 28 novembre 2016 09 h 05

    Très excitée d'être ici (sic)

    Ça promet....!