Assassinat de Rafic Hariri - Beyrouth se résout à une enquête internationale

De nombreux Libanais se recueillent sur la tombe de l’ancien premier ministre.
Photo: Agence Reuters De nombreux Libanais se recueillent sur la tombe de l’ancien premier ministre.

Beyrouth — Au lendemain de la publication du rapport de l'ONU sur les circonstances de l'assassinat de son ancien premier ministre Rafic Hariri, le Liban s'est résolu à accepter l'enquête internationale indépendante recommandée par ce document, bien que le «grand frère» syrien la juge «inutile».

Jusqu'à présent, les autorités libanaises, soutenues par la Syrie, avaient rejeté l'idée d'une telle enquête sur la mort de Hariri, le 14 février à Beyrouth, faisant valoir qu'une telle initiative porterait atteinte à la souveraineté du pays.

Selon le rapport, remis jeudi au secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, l'enquête libanaise sur le meurtre est entachée de «négligences graves et systématiques» des services de sécurité locaux, qui justifient cette enquête indépendante.

Le rapport, rédigé par le chef adjoint de la police irlandaise Peter Fitzgerald, met aussi en cause les services de renseignement militaires syriens, accusés d'avoir «tissé la toile de fond» de l'assassinat.

Il fait en outre état de menaces physiques directes du président syrien Bachar al-Assad à Hariri du temps où il était encore premier ministre mais s'était opposé à la volonté de Damas de prolonger le mandat présidentiel de son protégé libanais Émile Lahoud.

L'opposition libanaise antisyrienne, qui réclame depuis plus d'un mois une enquête indépendante sur la mort de Hariri, qui a démissionné à la fin de l'an dernier, s'est félicitée des conclusions de Fitzgerald allant dans le sens de sa revendication.

Interrogé à ce sujet lors d'une conférence de presse, le ministre libanais des Affaires étrangères, Mahmoud Hammoud, a dit «accueillir favorablement tous les moyens pouvant conduire à la vérité». «Nous n'avons rien à cacher», a-t-il assuré en déclarant attendre une résolution du Conseil de sécurité sur cette question.

Les États-Unis et la France, qui ont déjà parrainé à la fin de l'an dernier une résolution invitant la Syrie à évacuer ses militaires et services de renseignement du Liban, devraient déposer sous peu au Conseil de sécurité un nouveau texte portant création d'une telle commission d'enquête.

Hammoud s'est en revanche insurgé contre les reproches faits aux services de sécurité libanais de n'avoir pas pris de mesures de sécurité particulières pour protéger les personnalités de l'opposition, dont Hariri, que la rumeur publique tenait pour être en danger.

«Cette conclusion n'a rien à voir avec la réalité. Il n'y a aucun pays au monde où la sécurité soit totale. Personne ne peut prévenir des crimes contre la sécurité», a assuré le chef de la diplomatie libanaise.

La Syrie a pour sa part nié toute responsabilité dans l'assassinat de Hariri et douté du bien-fondé d'une enquête internationale. «L'enquête doit être menée par ceux qui sont responsables de ce genre de chose au Liban», a déclaré Fayçal Mekdad, son représentant permanent aux Nations unies.

Pour le député chrétien libanais Nassib Lahoud, le rapport de l'ONU «confirme qu'aboutir à la vérité s'avère impossible tant que restent en place les responsables [libanais] de la sécurité», dont l'opposition réclame la destitution depuis plus d'un mois.

L'ancien premier ministre chrétien Michel Aoun, en exil à Paris, a dit estimer que le président Lahoud, un maronite prosyrien, n'avait d'autre choix que d'accepter une enquête internationale «sous peine de faire lui-même figure d'accusé».

Comme d'autres personnalités d'opposition, Aoun met directement en cause la Syrie dans l'assassinat de Hariri, auquel Damas se dit totalement étranger. Pour Washington, les accusations du rapport contre la Syrie sont néanmoins «graves et troublantes».

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