Les soldats ukrainiens se retirent de Lyssytchansk

L’état-major des forces armées ukrainiennes a pointé la «supériorité multiple» de l’armée russe sur le plan matériel.
Photo: Aris Messinis Agence France-Presse L’état-major des forces armées ukrainiennes a pointé la «supériorité multiple» de l’armée russe sur le plan matériel.

L’armée ukrainienne a confirmé dimanche soir son retrait de Lyssytchansk, ville stratégique de l’est de l’Ukraine dont la prise avait été revendiquée quelques heures plus tôt par Moscou, qui dit contrôler toute la région de Lougansk.

« Afin de préserver les vies des défenseurs ukrainiens, la décision a été prise de se retirer » de la ville, a annoncé l’état-major des forces armées ukrainiennes dans un communiqué.

« Dans les conditions d’une supériorité multiple des troupes russes en artillerie, en forces aériennes, en systèmes de lancement de missiles, en munitions et en personnel, continuer la défense de la ville aurait eu des conséquences fatales », ajoute ce communiqué.

Après des semaines de combats dévastateurs, la prise de Lyssytchansk, qui comptait 95 000 habitants avant la guerre, permet à Moscou de progresser dans son plan de conquête de l’intégralité du Donbass, bassin industriel de l’est de l’Ukraine largement russophone et en partie contrôlé par des séparatistes prorusses depuis 2014.

L’armée russe pourra ainsi avancer vers Sloviansk et Kramatorsk, deux villes majeures plus à l’ouest, touchées dimanche par des tirs de roquettes.

Dans la matinée, le ministère russe de la Défense, cité par les agences de presse russes, avait annoncé que l’armée russe et ses alliés séparatistes avaient pris « le contrôle complet de Lyssytchansk et d’autres villes proches ».

Selon un communiqué, le ministre russe de la Défense « Sergueï Choïgou a informé (le président Vladimir) Poutine de la libération de la république populaire de Lougansk », l’une des deux entités séparatistes, avec celle de Donetsk, combattant depuis 2014 pour faire sécession de l’Ukraine.

« La ville est en feu »

Dimanche matin, le gouverneur de la région de Lougansk, Serguiï Gaïdaï, avait indiqué à propos de Lyssytchansk que « la ville est en feu ». Selon lui, l’assaut russe a été beaucoup plus violent que sur la ville jumelle de Severodonetsk, sur la rive orientale de la Donets, tombée fin juin.

Dès samedi, le représentant de l’armée séparatiste de Lougansk, Andreï Marotchko, avait publié sur la messagerie Telegram une vidéo dont il disait qu’elle montrait la mairie de Lyssytchansk.

Un peu plus à l’ouest, des frappes russes ont touché plusieurs quartiers de Sloviansk, selon le maire de cette ville d’environ 100 000 habitants avant la guerre, Vadym Liakh, qui a fait état de « six morts et 15 blessés ».

« Des tirs au lance-roquettes multiple sur Sloviansk, les plus importants depuis longtemps. Il y a 15 incendies », a encore déclaré Vadim Liakh dans une vidéo publiée sur Facebook.

Tetiana Ignatchenko, une porte-parole de la région de Donetsk à laquelle appartient Sloviansk, a réitéré l’appel des autorités aux habitants pour qu’ils quittent la région, alors que la ligne de front n’est plus qu’à quelques kilomètres de Sloviansk.

Bombardements plus forts

 

Siversk, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Lyssytchansk, pourrait être la prochaine bataille, et les forces ukrainiennes semblent vouloir s’appuyer sur une ligne de défense entre cette ville et Bakhmout, afin de protéger Sloviansk et Kramatorsk, deux villes à haute valeur symbolique.

Siversk a été pilonnée dans la nuit, ont raconté dimanche à l’AFP des habitants et un responsable local. « C’était intense et ça tirait de tous les côtés », a indiqué à l’AFP une femme réfugiée dans une cave d’immeuble.

« Depuis une semaine, les bombardements sur la ville ont progressivement augmenté, surtout ces derniers jours avec de l’artillerie lourde », a déclaré à l’AFP le premier adjoint au maire, Rouslan Bondarevskiï, alors que dans les locaux de la mairie, des cartons d’aide humanitaire de la Croix-Rouge étaient distribués dimanche aux habitants.

À Kramatorsk, centre administratif du Donbass sous contrôle ukrainien, une roquette Smertch a touché dimanche un quartier résidentiel sans faire de blessés, selon le maire Oleksandr Gontcharenko.

 

À Kharkiv, deuxième ville d’Ukraine, dans le Nord-Est, les habitants ont été réveillés une nouvelle fois à 04 h 00 « par des attaques de roquettes » russes, selon le gouverneur de la région, Oleg Sinegoubov, qui a également fait état de « tirs » dans la matinée sur plusieurs districts.

Sur le front sud, le commandement opérationnel régional ukrainien a indiqué qu’en 24 heures, l’armée russe avait mené « neuf frappes aériennes avec des hélicoptères de combat K-52 et deux bombardements sur l’île des Serpents », reprise mercredi par les forces de Kiev dans le nord-ouest de la mer Noire.

À Melitopol, une ville occupée par les forces de Moscou, l’armée ukrainienne a « mis hors service » dans la nuit de samedi à dimanche une base militaire russe, selon le maire en exil de la commune, Ivan Fedorov.

Evgueni Balitski, chef de l’administration prorusse de la région, a indiqué que des maisons situées à proximité de la base avaient été endommagées et que des obus étaient « tombés sur le territoire de l’aérodrome », tout en assurant qu’il n’y avait pas de blessés.

L’armée russe a affirmé avoir abattu dimanche à l’aube trois missiles ukrainiens lancés contre la ville de Belgorod, proche de la frontière avec l’Ukraine, où un responsable local avait auparavant annoncé la mort d’au moins quatre personnes après des explosions.

« Les défenses antiaériennes russes ont abattu les trois missiles Totchka-U à sous-munitions lancés par les nationalistes ukrainiens contre Belgorod. Après la destruction des missiles ukrainiens, les débris de l’un d’entre eux sont tombés sur une maison », a déclaré le porte-parole du ministère russe de la Défense, Igor Konachenkov.

Depuis l’invasion russe de l’Ukraine, le 24 février, Moscou a accusé Kiev à plusieurs reprises d’avoir frappé le sol russe, en particulier dans la région de Belgorod.

« Idée absurde »

Dans un entretien accordé dimanche à la télévision allemande ARD, le chancelier Olaf Scholz a déclaré qu’une « capitulation sans condition » de l’Ukraine, comme l’exige Vladimir Poutine, ou « une paix imposée » à l’Ukraine n’était pas acceptable.

« Quand je parle avec Poutine, je lui dis toujours : “Gardez à l’esprit que les sanctions que nous (l’Union européenne) imposons à la Russie actuellement resteront, l’idée d’une paix qui serait imposée est absurde, vous devriez plutôt concentrer vos efforts pour parvenir à un règlement juste avec l’Ukraine” », a-t-il ajouté.

Dans un message vidéo samedi soir, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a dénombré « 2610 » villes et villages « sous occupation russe ». Mais depuis le début de la guerre, l’armée ukrainienne est « parvenue à en libérer 1027 », a-t-il assuré.

« Des centaines ont été complètement détruites par l’armée russe et doivent être totalement reconstruites », a-t-il ajouté. La question de la reconstruction du pays doit être au coeur d’une conférence internationale lundi et mardi à Lugano, en Suisse.

M. Zelensky a rencontré dimanche le premier ministre australien Anthony Albanese, qui a promis d’augmenter de 100 millions de dollars (sans préciser s’ils étaient australiens ou américains) son soutien militaire à l’Ukraine avec notamment la livraison de nouveaux véhicules blindés, lors du premier déplacement à Kiev d’un chef de gouvernement australien.

M. Albanese a également affirmé que le président russe Vladimir Poutine recevra « l’accueil qu’il mérite » s’il participe au sommet du G20 en novembre à Bali, en Indonésie.

« Si M. Poutine assiste à cette réunion […], il recevra l’accueil qu’il mérite qui n’est pas celui d’un ami, de quelqu’un qui respecte l’état de droit international », a-t-il lancé.

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