Les répercussions du conflit en Ukraine s’aggravent dans le monde

Photo: Darwin Doleyres Au fil des ans, des artistes ont laissé leur trace sur les murs de Montréal dans le cadre de Mural. Pour le 10e anniversaire du festival, «Le Devoir» présente une édition tapissée d’art urbain. Sur cette photo, la murale de l’artiste Phlegm, sur le boulevard Saint-Laurent à Montréal.

La ville stratégique de Severodonetsk, théâtre d’une bataille acharnée entre forces russes et ukrainiennes, se trouve « en grande partie » sous contrôle de Moscou, a indiqué mercredi le gouverneur de la région. Les discussions sur les exportations de céréales ukrainiennes, elles, demeurent dans l’impasse.

Et plus de 100 jours après le début de l’offensive russe, les conséquences négatives de la guerre dans le monde s’aggravent, tant sur le plan financier et alimentaire qu’énergétique, touchant 1,6 milliard de personnes, a de son côté affirmé le secrétaire général de l’ONU, António Guterres.

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a confirmé, dans une vidéo diffusée en soirée, la violence des combats menés à Severodonetsk : « Nous défendons nos positions en infligeant des pertes importantes à l’ennemi. C’est une bataille très dure, très difficile, probablement une des plus difficiles de cette guerre. »

« À bien des égards, le sort de notre Donbass [région disputée de l’est de l’Ukraine] se décide là », a-t-il résumé.

Les forces de Moscou « contrôlent une grande partie de Severodonetsk. La zone industrielle est encore à nous, il n’y a pas de Russes là-bas. Les combats se déroulent uniquement dans les rues à l’intérieur de la ville », avait affirmé sur Telegram Serguiï Gaïdaï, gouverneur de la région de Louhansk.

« Les Russes tirent sur tout, ils détruisent toutes les maisons de Severodonetsk, avec des tanks, de l’artillerie. Ils tirent sur la zone industrielle aussi, mais les combats sont en cours, nos gars résistent dans les rues », a-t-il ajouté.

La ville voisine de Lyssytchansk est, elle, entièrement contrôlée par l’armée ukrainienne, mais subit des bombardements « puissants et chaotiques », a encore indiqué M. Gaïdaï, accusant les forces russes de viser « délibérément » les hôpitaux et les centres de distribution d’aide humanitaire.

Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, avait affirmé mardi que les forces de Moscou avaient « totalement libéré » les zones résidentielles de Severodonetsk et contrôlaient désormais « 97 % » du territoire de la région de Louhansk.

Si beaucoup de civils ont évacué Severodonetsk et Lyssytchansk, plusieurs milliers y sont restés — des personnes âgées, les gens qui s’occupent d’elles ou ceux qui n’ont pas les moyens de partir ailleurs.

Front agricole

 

L’autre grande bataille se joue sur le front agricole. Le blocage des ports ukrainiens par la flotte russe de la mer Noire — à commencer par celui d’Odessa, principal port du pays — paralyse les exportations de céréales, notamment de blé, dont l’Ukraine était avant la guerre en passe de devenir le troisième exportateur mondial.

Les pays africains et moyen-orientaux sont les premiers touchés et craignent de graves crises alimentaires.

 

Quelque 20 à 25 millions de tonnes sont actuellement bloquées, des quantités qui pourraient tripler d’« ici à l’automne » pour atteindre 75 millions de tonnes, selon le président Volodymyr Zelensky.

Alors que Moscou accuse les Occidentaux d’être à l’origine de cette pénurie en raison de leurs sanctions, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a rencontré mercredi son homologue turc, Mevlüt Çavuşoğlu, à Ankara pour discuter de « corridors maritimes sécurisés » qui permettraient la reprise du transport de céréales en mer Noire.

À la demande de l’ONU, la Turquie a proposé son aide pour escorter les convois maritimes depuis les ports ukrainiens, malgré la présence de mines.

Lors d’une conférence de presse tenue après leurs discussions, M. Lavrov a assuré que la Russie était « prête à garantir la sécurité des navires qui quittent les ports ukrainiens […] en coopération avec nos collègues turcs ».

M. Çavuşoğlu a estimé de son côté « légitime » la demande de la Russie que soient levées les sanctions qui frappent indirectement ses exportations agricoles, pour faciliter les exportations ukrainiennes.

Il a cité les exportations « de céréales et d’engrais » russes, qui ne sont pas directement visées par les sanctions occidentales, mais qui sont de fait empêchées par la suspension des échanges bancaires et financiers. Les deux hommes n’ont cependant annoncé aucun mécanisme concret d’exportation des céréales aujourd’hui bloquées.

Vague de faim

 

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kouleba, a cependant balayé leurs déclarations. La pénurie de céréales est provoquée par « l’agression russe » en Ukraine et non par les sanctions contre Moscou, a-t-il affirmé.

Il a assuré que les discussions russo-turques, auxquelles l’Ukraine n’était pas conviée, avaient des « visées plus larges » que la question du transport des céréales.

Pour lui, la discussion doit se dérouler à l’ONU, et les autres efforts pour résoudre ce problème ne sont bienvenus « qu’à condition qu’ils tiennent compte des intérêts de sécurité de l’Ukraine ».

Mais le temps presse. « L’impact de la guerre sur la sécurité alimentaire, l’énergie et les finances est systémique, grave et s’accélère », a indiqué le secrétaire général de l’ONU.

« Pour les populations du monde entier, la guerre menace de déclencher une vague sans précédent de faim et de misère, laissant dans son sillage le chaos social et économique », a-t-il averti.

Négociations en cours

 

« Il n’y a qu’un seul moyen d’arrêter cette tempête qui se prépare : l’invasion russe de l’Ukraine doit cesser », a souligné António Guterres, en évoquant les négociations en cours sur « un accord global qui permettrait l’exportation sécurisée d’aliments produits en Ukraine par la mer Noire et un accès sans entrave aux marchés mondiaux pour les aliments et les engrais russes ».

La guerre a poussé quelque 6,5 millions d’Ukrainiens à fuir leur pays et a fait des milliers de morts : au moins 4200 civils, selon le dernier bilan de l’ONU, qui estime que les chiffres réels sont « considérablement plus élevés », et des milliers de militaires, même si les belligérants communiquent rarement leurs pertes.



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