Washington prêt à « engager un dialogue diplomatique » avec Moscou, mais pas sans conditions

Vladimir Poutine a répété que la Russie ne tolérera aucun système d’armements occidentaux « sur le pas de (sa) porte ».
Photo: Natalia Kolesnikova / AFP Vladimir Poutine a répété que la Russie ne tolérera aucun système d’armements occidentaux « sur le pas de (sa) porte ».

Les États-Unis sont prêts à « engager un dialogue diplomatique » avec la Russie « dès le début du mois de janvier », mais pas sans conditions, a fait savoir jeudi un haut responsable de la Maison-Blanche.

L’exécutif américain est prêt à négocier de manière tant bilatérale que multilatérale, au travers de « multiples canaux », a indiqué cette source.

La Maison-Blanche a toutefois fait savoir que ni la date ni le lieu d’une première rencontre n’avaient été fixés.

« Il y a certains points que la Russie a soulevés et que nous pensons pouvoir discuter, et d’autres dont (les Russes) savent que nous ne les accepterons jamais », a toutefois précisé le haut responsable, dans une première réaction à la conférence de presse annuelle du président russe Vladimir Poutine.

« Tout dialogue doit être basé sur un principe de réciprocité, c’est-à-dire que nos préoccupations devront aussi être mises sur la table », a ajouté le haut responsable.

Le secrétaire d’État Antony Blinken et le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg ont pour leur part assuré que « l’alliance (militaire) restait prête à mener un dialogue constructif avec la Russie », selon un communiqué publié jeudi côté américain, après un entretien entre les deux hommes.

« Nous continuons à suivre de près les mouvements alarmants de troupes russes et les déploiements à la frontière avec l’Ukraine », a indiqué le haut responsable de la Maison-Blanche.

Il a assuré que les États-Unis et leurs alliés se préparaient à prendre des « sanctions massives » si jamais la Russie attaquait l’Ukraine.

Poutine satisfait de la réaction américaine à ses exigences

« J’espère que la première réaction positive (des États-Unis), avec l’annonce du début des négociations (à Genève) en janvier, va nous permettre d’aller de l’avant », avait dit un peu plus tôt Vladimir Poutine lors de sa traditionnelle conférence de presse de fin d’année.

La Russie a présenté deux projets de traités pour bannir tout élargissement de l’Alliance atlantique, notamment à l’Ukraine, et mettre fin aux activités militaires occidentales à proximité des frontières russes. Selon Moscou, il s’agit du seul moyen de juguler l’escalade des tensions.

« Il ne doit y avoir aucune avancée de l’OTAN vers l’Est, la balle est dans leur camp, ils doivent nous répondre », a-t-il noté.

Il a répété que la Russie ne tolérera aucun système d’armements occidentaux « sur le pas de (sa) porte ». Mardi, M. Poutine avait menacé ses rivaux de « mesures militaires et techniques » si ses revendications n’étaient pas acceptées.

« Quand vont-ils cogner ? »

Ses exigences, lourdes de conséquences pour l’architecture sécuritaire européenne, ont été jugées « inadmissibles » par de nombreuses voix occidentales.

La Russie est suspectée de préparer une invasion de l’Ukraine, une ex-république soviétique désormais pro-occidentale dont une partie du territoire, la Crimée, a déjà été annexée par la Russie en 2014. Plus de 100 000 soldats russes seraient déployés à la frontière.

M. Poutine a estimé que la politique de l’Ukraine et de ses alliés occidentaux, notamment concernant la guerre contre des séparatistes pro-Russes dans l’Est ukrainien, constituait une menace pour Moscou.

« Nous ne pouvons pas vivre en regardant au-dessus de notre épaule en se disant : que va-t-il se passer ? quand vont-ils cogner ? »

Interrogé par la suite sur la répression de l’opposition russe, qui s’est considérablement accentuée en 2021, M. Poutine a jugé qu’il ne s’agissait pas de museler des détracteurs mais de contenir des opérations d’influence étrangères.

« Je vous rappelle ce que disent nos adversaires depuis des siècles : la Russie ne peut être vaincue, elle ne peut être détruite que de l’intérieur », a-t-il dit. Selon lui, c’est ce qui a entraîné la chute de l’URSS il y a 30 ans.

Tout au long de l’année, médias, ONG, journalistes, avocats et militants ont été visés par diverses poursuites. Dernière cible en date : l’ONG Memorial, pilier de la défense des droits en Russie, est visée par deux procès pour la dissoudre.

L’année avait commencé par l’arrestation du principal opposant Alexeï Navalny. Puis tout son mouvement a été interdit pour « extrémisme ».

Le président russe l’a qualifié jeudi de criminel, en référence à sa condamnation dans une affaire de fraude, jugée montée de toutes pièces par l’opposition : « Des taulards, il y en a toujours eu. Il ne faut pas commettre de crimes. »

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