Nétanyahou proche de la sortie?

Malgré le ralliement contre l’actuel premier ministre annoncé dimanche, rien n’est encore fait pour le chef de l’opposition israélienne, Yaïr Lapid, qui a encore 4 députés à convaincre pour former une coalition de 61 élus capable de tourner la page de l’ère Nétanyahou. Sinon, d’ici mercredi soir, une cinquième élection en deux ans pourrait être déclenchée.
Photo: Jack Guez Agence France-Presse Malgré le ralliement contre l’actuel premier ministre annoncé dimanche, rien n’est encore fait pour le chef de l’opposition israélienne, Yaïr Lapid, qui a encore 4 députés à convaincre pour former une coalition de 61 élus capable de tourner la page de l’ère Nétanyahou. Sinon, d’ici mercredi soir, une cinquième élection en deux ans pourrait être déclenchée.

L’annonce de la création prochaine d’une coalition pour tenter de faire tomber le premier ministre d’Israël, Benjamin Nétanyahou, pourrait avoir des répercussions importantes sur l’avenir du principal intéressé, qui a des démêlés avec la justice. Des experts doutent cependant que cela ait pour effet de calmer les tensions entre Palestiniens et Israéliens.

Surnommé le « magicien » pour sa capacité à s’accrocher au pouvoir, M. Nétanyahou, qui accumule 12 années de suite à la tête de l’État hébreu, se retrouve maintenant dans une situation périlleuse au moment où des partis politiques aux visions divergentes envisagent sérieusement de s’unir au sein d’une coalition pour former un nouveau gouvernement.

Le chef de la formation de droite radicale Yamina, Naftali Bennett, a en effet apporté dimanche son soutien au chef de l’opposition israélienne, Yaïr Lapid, un centriste, dans l’objectif de former un « gouvernement du changement ».

« Dans ces instants de vérité, il faut savoir prendre ses responsabilités », a déclaré M. Bennett dimanche dans un discours télévisé. « Yaïr et moi avons nos différences, mais nous partageons l’amour de ce pays », a-t-il ajouté.

Toutefois, malgré ce ralliement de poids, rien n’est officiel, puisque Yaïr Lapid a encore 4 députés à rallier pour former une coalition de 61 élus capable de tourner la page de l’ère Nétanyahou. Il devra ainsi tenter d’obtenir le soutien d’au moins une des deux formations arabes israéliennes du pays.

En situation de conflit, la population se rallie derrière le gouvernement

 

Si les deux politiciens ne réussissent pas ce pari d’ici mercredi soir, une cinquième élection en deux ans pourrait être déclenchée dans ce pays en pleine crise politique.

« Il se peut que, si M. Bennett ne réussit pas [à former un gouvernement], M. Nétanyahou ait l’occasion de dissoudre le Parlement et qu’il y ait une cinquième élection en deux ans. Et il se peut qu’il gagne cette élection », évoque au Devoir Henri Habib, professeur émérite à l’Université Concordia et spécialiste de la politique au Moyen-Orient. 

Benjamin Nétanyahou a d’ailleurs cinglé dans la foulée ce projet de coalition, qui serait selon lui « un danger pour la sécurité de l’État d’Israël », en le qualifiant « d’arnaque du siècle ». Dans les derniers jours, il a tenté en vain de convaincre M. Bennett et le chef d’un petit parti de droite, Gideon Saar, d’entamer des discussions avec lui en vue de former une coalition gouvernementale.

Le premier ministre a d’ailleurs tout intérêt à s’accrocher au pouvoir pour tenter d’éviter d’avoir à subir les conséquences potentielles des accusations criminelles de corruption, de fraude et d’abus de confiance auxquelles il fait face, note M. Habib.

« Si M. Nétanyahou ne réussit pas à rester premier ministre, il sera jugé devant un tribunal et il pourrait finir en prison. C’est pour ça que c’est essentiel pour lui de rester premier ministre », explique l’expert.

Des tensions qui persistent

L’annonce de la création prochaine de cette coalition survient après des semaines de tensions marquées par la guerre de 11 jours entre l’État hébreu et le Hamas palestinien, le mouvement islamiste au pouvoir dans la bande de Gaza. Celle-ci a causé la mort de 254 Palestiniens et de 12 Israéliens entre le 10 et le 21 mai. Un conflit qui a bénéficié à M. Nétanyahou sur le plan politique, selon les trois experts consultés par Le Devoir.

« Une chose dont je suis absolument certain, c’est qu’une des raisons du déclenchement des hostilités de Jérusalem contre les familles palestiniennes, pour les déposséder, c’était entre autres pour consolider sa base », dit Rachad Antonius, professeur de sociologie de l’Université du Québec à Montréal. « En situation de conflit, la population se rallie derrière le gouvernement », rappelle-t-il.

Les experts doutent néanmoins que l’arrivée probable d’un nouveau gouvernement de coalition en remplacement de M. Nétanyahou ait pour effet de réduire ces tensions. Naftali Bennett, un ancien conseiller et ministre au sein du gouvernement Nétanyahou, est aujourd’hui à la tête d’un parti qui prône l’annexion de près des deux tiers de la Cisjordanie, un territoire palestinien occupé par l’armée israélienne depuis 1967.

« Maintenant, en Israël, beaucoup d’observateurs notent qu’il n’y a plus de gauche contre l’occupation [des territoires palestiniens]. Les gens qui s’opposent vraiment à la guerre, ils sont très peu », constate M. Antonius.

D’ailleurs, même si cette nouvelle coalition réussit à rallier des formations un peu plus à gauche, elle pourra difficilement prendre des décisions politiques « draconiennes », analyse le professeur Harold Waller, du Département de sciences politiques de l’Université McGill. Il ne s’attend donc pas à « des changements surprenants » dans les façons de faire d’Israël en ce qui a trait à la gestion des territoires palestiniens occupés.

À son arrivée à la tête du Likoud en 2009, Benjamin Nétanyahou avait rapidement multiplié les projets de construction dans les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée, jugées contraires au droit international. Celles-ci ont d’ailleurs vu leur population s’accroître de 50 % au cours de la dernière décennie, qui a aussi été marquée par une série d’affrontements entre le Hamas et Israël.

Afin de calmer de façon durable les relations entre Israël et les autorités palestiniennes, « une solution à deux États » s’impose, estime Henri Habib. Une position qu’a d’ailleurs évoquée le président américain, Joe Biden, dans les dernières semaines. Selon M. Antonius, cependant, un appel à la négociation ne sera pas suffisant pour atteindre cet objectif.

« Ça prend des sanctions. Sinon, Israël n’a aucune raison de négocier sérieusement », conclut-il.

Avec l’Agence France-Presse  

Rencontre au Caire sur le cessez-le-feu en Israël

Le chef de la diplomatie israélienne, Gabi Ashkenazi, a discuté dimanche avec son homologue égyptien, Sameh Choukri, des moyens de « raviver le chemin de la paix et de renforcer le cessez-le-feu à Gaza », d’après un message du ministère égyptien des Affaires étrangères sur Twitter. Il s’agissait de la première visite d’un chef de la diplomatie israélienne au Caire depuis 13 ans. Négocié par l’Égypte, pays lié depuis 1979 par un traité de paix avec Israël et médiateur traditionnel entre Palestiniens et Israéliens, un cessez-le-feu a été instauré le 21 mai après une nouvelle guerre dévastatrice entre Israël et le Hamas. Les tractations s’intensifient depuis le début de la trêve pour empêcher de nouvelles violences.

À voir en vidéo