Navalny n’est plus un prisonnier d’opinion aux yeux d’Amnesty International

L’opposant russe Alexeï Navalny dans un tribunal de Moscou le 20 février
Photo: Kirill Kudryavtsev Agence France-Presse L’opposant russe Alexeï Navalny dans un tribunal de Moscou le 20 février

Amnesty International ne considère plus depuis mercredi l’opposant russe Alexeï Navalny comme un « prisonnier de conscience » en raison de propos passés haineux. L’organisme de défense des droits de la personne continue toutefois de réclamer sa libération et juge politiques les poursuites à son encontre.

« Certains de ces commentaires, que [M.] Navalny n’a pas dénoncés publiquement, relèvent de l’appel à la haine, ce qui est en contradiction avec la définition du prisonnier de conscience donnée par Amnesty », a indiqué l’organisation à l’AFP, assurant toutefois qu’elle « continuera à se battre pour sa liberté ».

Alexeï Navalny est emprisonné depuis la mi-janvier, au moment de son retour en Russie. Il avait été arrêté par la police en sortant de l’avion, de retour d’un long séjour en Allemagne où il a passé plusieurs mois de convalescence après un grave empoisonnement dont il accuse le Kremlin. L’opposant de 44 ans a été condamné à deux ans et demi de prison dans une affaire de fraude datant de 2014 qu’il dénonce comme politique.

Dans les années 2000, Alexeï Navalny avait participé à plusieurs défilés de la Marche russe, rassemblement annuel de groupuscules d’extrême droite ou monarchistes, usant alors régulièrement d’un discours nationaliste et raciste pour critiquer notamment les migrants d’Asie centrale ou les républiques musulmanes du Caucase russe.

Devenu le principal opposant au Kremlin, il a depuis lissé son discours, abandonnant cette rhétorique qu’il a justifiée par sa volonté de parler à toutes les sphères de l’opposition à Vladimir Poutine. La décision d’Amnesty International a provoqué un torrent de critiques de la part des alliés d’Alexeï Navalny, qui estiment que l’organisation a cédé à une campagne organisée pour le diffamer.

Léonid Volkov, coordinateur des QG de l’opposant dans les régions russes, a jugé sur Twitter que Amnesty « s’est fait nourrir de merde et elle a aimé ça ». Ivan Jdanov, directeur du Fonds de lutte contre la corruption de M. Navalny, a lui plus sobrement jugé « honteux » les critères d’attribution du statut de prisonnier de conscience.

Moscou durcit le ton

Le président russe, Vladimir Poutine, a signé mercredi de nouvelles lois renforçant les amendes prévues pour des violations commises par des manifestants ou des géants du Web. Ces nouvelles dispositions interviennent après trois jours de manifestations fermement réprimées, fin janvier et début février, pour exiger la libération de l’opposant Alexeï Navalny. Selon la nouvelle législation, les manifestants reconnus coupables d’avoir désobéi aux forces de l’ordre à plusieurs reprises pourront recevoir jusqu’à 20 000 roubles d’amende (350 dollars canadiens) ou 30 jours de prison. Auparavant, la législation prévoyait pour ce motif une amende de 5000 roubles (environ 85 $). Un manifestant reconnu coupable de ces faits pour la première fois risque désormais une amende multipliée par quatre, jusqu’à 4000 roubles (près de 70 $), ou bien une peine de 15 jours de prison ou encore 120 heures de travaux d’intérêt général. Ces sanctions peuvent être lourdes en Russie où le salaire moyen par mois tourne autour de 50 000 roubles (850 $). Le président a aussi signé une loi prévoyant jusqu’à 2500 roubles d’amende (43 $) pour la publication d’informations par des auteurs ne précisant leur statut d’« agents de l’étranger ». Une autre nouvelle mesure prévoit pour sa part jusqu’à un million de roubles d’amende (17 000 $) pour les plateformes numériques qui violeraient plus d’une fois les règles de l’« Internet souverain ».