Une deuxième vague de confinements traverse le monde

La police montée était déployée à Medellín, en Colombie, afin de faire respecter les quarantaines strictes imposées dans certaines zones.
Photo: Joaquin Sarmiento Agence France-Presse La police montée était déployée à Medellín, en Colombie, afin de faire respecter les quarantaines strictes imposées dans certaines zones.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’est inquiétée lundi du trop grand nombre de pays qui, face au virus, « prennent la mauvaise direction » et a prévenu que le retour à la normale n’était pas pour demain, alors que des villes continuent à se reconfiner et que l’Amérique du Sud est désormais la deuxième région parmi les plus endeuillées.

« Trop de pays prennent la mauvaise direction », a déploré le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus. « Si les principes élémentaires ne sont pas suivis, cette pandémie ne pourra aller que dans une seule direction. Cela va aller de mal en pis », a-t-il assuré.

« Je veux être franc avec vous : il n’y aura pas de retour à l’ancienne normalité dans un avenir prévisible », a-t-il encore lancé, au lendemain d’une journée record de 230 000 nouveaux cas de coronavirus.

Au Maroc, la ville de Tanger, peuplée d’environ un million d’habitants, devait être reconfinée à partir de lundi midi après l’apparition de foyers épidémiques.

Les transports publics y seront suspendus, les cafés, centres commerciaux, marchés et espaces publics fermés, et les contrôles renforcés, afin que les habitants ne quittent leur domicile « qu’en cas de nécessité extrême », a précisé le ministère de l’Intérieur.

C’est le cas également aux Philippines, où environ 250 000 habitants de Manille vont à nouveau être confinés après une flambée de cas.

 

Bras de fer en Catalogne

La situation en Catalogne fait, elle, l’objet d’un bras de fer entre les autorités régionales, qui veulent reconfiner chez elles près de 200 000 personnes de la ville de Lérida et de communes environnantes, et la justice, qui s’y oppose.

Alors que le tribunal de cette ville « a décidé de ne pas ratifier » ces mesures « contraires au droit », le président régional indépendantiste catalan, Quim Torra, a affirmé lundi qu’il adopterait un décret-loi pour les imposer.

Dans les rues de Lérida, les boutiques restaient souvent ouvertes tout comme les terrasses des cafés, et les habitants, masqués, continuaient de sortir, mais la population était déconcertée.

« Si l’un dit une chose, l’autre dit l’inverse, les gens eux-mêmes ne savent pas ce qu’ils peuvent ou ne peuvent pas faire », constatait Eugène Badila, agent commercial de 41 ans, tandis que sa collègue, Sabrina Pigaro, 32 ans, tranchait : « Nous devrions nous confiner à nouveau pendant un certain temps, jusqu’à ce que tout cela soit passé. »

Le gouvernement central a de son côté exclu de réimposer l’état d’alerte pour faire face à ce foyer. L’état d’alerte est un régime d’exception qui a permis d’imposer mi-mars dans le pays un confinement très strict, qui n’a été levé totalement que le 21 juin.

« Il faut prendre des mesures supplémentaires » dans la région de Lérida, mais « les instruments dont nous disposons sont suffisants pour contrôler l’épidémie », a assuré le ministre de la Santé, Salvador Illa.

Plus de 120 nouveaux foyers sont actifs actuellement en Espagne, où la pandémie a fait à ce jour plus de 28 406 morts.

L’Amérique latine et les Caraïbes sont devenues lundi la deuxième région parmi les plus touchées au monde par la pandémie, derrière l’Europe, avec plus de 144 760 décès officiellement recensés.

Elle dépasse ainsi les bilans des États-Unis et du Canada (plus de 144 000 morts).

Le Brésil est le pays le plus endeuillé de la région et dénombre à lui seul 72 833 décès, suivi du Mexique (plus de 35 006 morts).

En Colombie, le confinement est renforcé depuis lundi à Bogotá, après l’assouplissement décidé par le gouvernement en raison de l’effondrement économique. Jusqu’au 23 août, des zones sont mises en « quarantaines strictes », afin de laisser chez elles 2,5 millions de personnes à tour de rôle.

En Afrique du Sud, pays le plus touché du continent, le président, Cyril Ramaphosa, a décidé de réimposer dimanche un couvre-feu en raison de la remontée des cas quotidiens de contamination. Les visites familiales seront aussi interdites.

L’inquiétude demeure aussi forte en Australie : après le reconfinement pour six semaines décidé jeudi dernier pour Melbourne, la deuxième ville du pays, les habitants de Sydney ont été priés lundi de limiter lundi les soirées festives après l’apparition d’un nouveau foyer épidémique dans un pub.

Quant aux effets économiques de la crise sanitaire, le Fonds monétaire international (FMI) se montre encore pessimiste pour le Moyen-Orient. Il a abaissé ses prévisions de croissance à leur plus bas niveau en un demi-siècle, en raison du « double choc » de la faiblesse des prix du pétrole et de la pandémie.

L’ONU, elle, a averti que la récession mondiale due au nouveau coronavirus risquait de pousser vers la faim entre 83 et 132 millions de personnes supplémentaires.

La pandémie a fait plus de 571 817 morts dans le monde depuis que le bureau de l’OMS en Chine a fait état de l’apparition de la maladie fin décembre.

Une faible immunité à la maladie

Par ailleurs, l’immunité acquise après avoir guéri de la COVID-19 disparaîtrait la plupart du temps en quelques mois, selon une étude réalisée par le King’s College de Londres, ce qui risque de compliquer la mise au point d’un vaccin efficace à long terme.

« Les vaccins en cours de développement devront soit générer une protection plus forte et plus durable par rapport aux infections naturelles, soit être administrés régulièrement », a expliqué un médecin britannique indépendant, le Dr Stephen Griffin (Université de Leeds).

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