Le président du Kosovo accusé de crimes de guerre

Le président Hashim Thaci, photographié en uniforme lors d’une inspection des Forces de sécurité du Kosovo en 2018
Armend Nimani Agence France-Presse Le président Hashim Thaci, photographié en uniforme lors d’une inspection des Forces de sécurité du Kosovo en 2018

Le président kosovar Hashim Thaci, l’ancien chef de la guérilla indépendantiste, a été rattrapé par son passé : le procureur du tribunal spécial pour le Kosovo l’a accusé mercredi de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

Hashim Thaci est notamment accusé de « meurtres, disparition forcée de personnes, persécutions et tortures » pendant le conflit contre la Serbie à la fin des années 1990, a déclaré le tribunal qui siège à La Haye.

Un juge « examine actuellement l’acte d’accusation pour décider s’il convient de confirmer les charges », procédure qui pourrait mener à une inculpation en bonne et due forme.

M. Thaci a « interrompu » son voyage à Washington où il était attendu à un sommet prévu pour samedi avec la Serbie et sera de retour au Kosovo jeudi, a annoncé son cabinet, sans préciser où il se trouve pour le moment.

D’après un journaliste de la chaîne de télévision albanaise Top Channel qui l’a interviewé à l’aéroport de Tirana avant l’annonce de sa mise en accusation, le chef de l’État kosovar a pris dans l’après-midi un vol pour Francfort en route pour Washington.

L’émissaire américain pour ce dossier, Richard Grenell, a précisé sur Twitter que « les discussions de samedi » à la Maison-Blanche, qui visent à relancer le dialogue de paix gelé depuis fin 2018, étaient maintenues, mais uniquement entre le président serbe, Aleksandar Vucic, et le premier ministre kosovar, Avdullah Hoti.

Créé en 2015, le tribunal spécial pour le Kosovo est chargé d’enquêter sur les crimes présumés commis par la guérilla indépendantiste kosovare albanaise (UCK), principalement à l’encontre des Serbes, des Roms et des opposants albanais à la guérilla pendant et après le conflit de 1998-1999.

Président du Kosovo depuis 2016, M. Thaci fait l’objet de dix chefs d’accusation déposés le 24 avril et rendus publics mercredi, a souligné le tribunal.

Ces accusations concernent également Kadri Veseli, l’ex-patron du renseignement de la guérilla kosovare et actuel dirigeant du Parti démocratique du Kosovo (PDK), ainsi que « d’autres personnes ».

D’après l’acte d’accusation, « Hashim Thaci, Kadri Veseli et les autres suspects accusés sont pénalement responsables de près de 100 meurtres », a fait savoir le tribunal.

Le tribunal « a commis une erreur » en rendant public l’acte d’accusation juste avant le sommet entre le Kosovo et la Serbie, a réagi Hysni Gucati, le président de l’association des anciens combattants du Kosovo, qualifiant cette démarche de « complètement politique ».

L’annonce du bureau du procureur pourrait en effet être liée au sommet du 27 juin, au cours duquel « la dissolution du tribunal spécial pourrait être sur la table des négociations », analyse Vigan Corolli, professeur en droit à l’Université de Pristina, la capitale du Kosovo.

« Campagne secrète »

Dernier conflit en ex-Yougoslavie, la guerre du Kosovo entre forces serbes et guérilla indépendantiste kosovare albanaise a fait plus de 13 000 morts. Elle s’est terminée quand une campagne occidentale de bombardements a contraint les forces serbes à se retirer.

Le différend qui oppose Belgrade à son ancienne province méridionale est l’un des conflits territoriaux les plus épineux d’Europe.

La Serbie refuse de reconnaître l’indépendance proclamée en 2008 par le Kosovo après la guerre.

« Nous savons que la Serbie est celle qui a commis des crimes au Kosovo. C’est pourquoi c’est une mauvaise nouvelle pour moi », a réagi mercredi Qazim Fazlia, un retraité vivant à Pristina. « Ce tribunal est injuste, car il ne juge que les soldats de l’UCK. »

Mercredi, le tribunal spécial pour le Kosovo a évoqué « une campagne secrète » de MM. Thaci et Veseli pour empêcher sa création et enrayer son travail « afin de garantir qu’ils ne soient pas traduits en justice ».

« Le procureur spécialisé a jugé nécessaire d’émettre cet acte d’accusation public en raison des efforts répétés d’Hashim Thaci et de Kadri Veseli pour entraver et saper le travail » du tribunal.

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