Le mouvement contre le racisme systémique prend de l’ampleur

De Bristol à Budapest en passant par Madrid et Rome, des dizaines de milliers d’Européens ont dénoncé le racisme et les violences policières dimanche.
Photo: Danny Lawson Associated Press De Bristol à Budapest en passant par Madrid et Rome, des dizaines de milliers d’Européens ont dénoncé le racisme et les violences policières dimanche.

Les tensions raciales ravivées par la mort de George Floyd aux États-Unis ont mené à de nouvelles manifestations aux quatre coins du pays dimanche. Le débat a même gagné le milieu politique, les démocrates ayant appelé à une transformation profonde de la police. Le mouvement a aussi trouvé écho ailleurs dans le monde, notamment en Europe où des milliers de personnes sont descendues dans les rues.

Les manifestants américains ne décolèrent pas et continuent de dénoncer le racisme et la violence des forces policières à travers les États-Unis, depuis la mort de George Floyd, cet homme afro-américain tué le 25 mai par un policier blanc, Derek Chauvin, à Minneapolis. La police de Minneapolis a entre-temps annoncé qu’elle interdisait désormais la technique dangereuse des « prises d’étranglement ». Cela n’a pas empêché la majorité du conseil municipal de soutenir dimanche la dissolution du service de police.

Le débat a également gagné le camp démocrate dimanche. Plusieurs élus comptent s’attaquer à ce qu’ils estiment être le fruit d’un racisme qui gangrène l’histoire de leur pays depuis l’esclavage, en présentant lundi devant le Congrès une loi pour réformer la police.

« Nous devons être honnêtes sur la nature de ces problèmes, nous savons que nous luttons contre 400 ans de racisme systémique dans le pays », a plaidé Val Demings, élue afro-américaine de la Chambre des représentants, auprès de la chaîne CBS.

Ancienne cheffe de la police d’Orlando, en Floride, et pressentie comme une possible colistière de Joe Biden lors de l’élection de novembre, elle a jugé que le racisme devait être éliminé de la police, mais aussi d’autres pans de la société, éducation et logement en tête.

Le Justice and Policing Act qui sera présenté devant les deux Chambres entend créer un registre national pour les policiers commettant des bavures, rendre plus faciles les poursuites judiciaires contre eux et repenser le recrutement et la formation des agents. L’avenir d’une telle loi est toutefois incertain puisque, si les démocrates ont la majorité à la Chambre des représentants, ils sont minoritaires au Sénat.

Du côté républicain, l’opposition se fait déjà ressentir. Le président Donald Trump a accusé les démocrates de vouloir « couper les vivres de la police » et plaidé pour « des forces de l’ordre efficaces et bien payées ».

« Je ne pense pas qu’il y ait un problème de racisme systémique chez les forces de l’ordre de notre pays », a déclaré pour sa part le secrétaire à la Sécurité intérieure, Chad Wolf.

À moins de 150 jours de la présidentielle, il est à parier que le débat va s’imposer dans la campagne électorale.

Ailleurs dans le monde

Le mouvement d’indignation s’est également propagé dans le reste du globe cette fin de semaine, notamment en Europe. De Bristol à Budapest en passant par Madrid et Rome, des dizaines de milliers d’Européens ont dénoncé le racisme et les violences policières dimanche.

À Madrid, en Espagne, ils n’étaient pas moins de 3000 à s’être rassemblés devant l’ambassade des États-Unis. Noirs et Blancs, ils ont dénoncé la mort de George Floyd, répétant ses derniers mots, « Je ne peux pas respirer ».

« Le racisme n’a pas de frontières, a confié Leinisa Seemdo, une traductrice de 26 ans, Espagnole originaire du Cap Vert. J’ai vécu en Chine, au Portugal et maintenant en Espagne, et, dans chaque pays, j’ai connu la discrimination à cause de ma couleur de peau. »

« Je suis un Africain blanc, et je sens parfois la peur et le mépris uniquement parce que je suis étranger. Imaginez si j’étais noir », a commenté Michael Taylor, originaire du Botswana, qui manifestait quant à lui à Rome, en Italie. Une manifestation imprévue a réuni sur la vaste Piazza del Popolo des milliers de jeunes qui se sont agenouillés en silence, le poing levé, pendant neuf minutes, le temps pendant lequel le policier Derek Chauvin a appuyé son genou sur le cou de George Floyd, jusqu’à sa mort, à Minneapolis.

À Bruxelles, ils étaient près de 10 000 Belges à exprimer leur colère devant le palais de justice. Des actes de vandalisme ont été commis après le rassemblement et la police a arrêté 150 personnes.

Vêtus de noir, des milliers de Suisses ont défilé à Lausanne avec des pancartes proclamant « Ma couleur n’est pas une menace ».

À Copenhague, quelque 15 000 personnes ont manifesté pacifiquement afin d’inciter le gouvernement danois à dénoncer les violences contre la communauté noire aux États-Unis.

En Suède voisine, à Göteborg, près de 2000 personnes se sont rassemblées, mais la manifestation a été rapidement dissoute en raison de la limitation des rassemblements fixée à 50 personnes dans le pays en temps de pandémie. Plusieurs incidents ont éclaté : bagarres entre manifestants, jets d’objets contre les policiers et des vitrines.

Bravant aussi l’interdiction des autorités, des milliers de Britanniques ont manifesté à Londres ainsi que dans d’autres villes du Royaume-Uni, notamment à Bristol. Dans cette ville du sud-ouest au passé esclavagiste, une statue du négrier Edward Colston a été déboulonnée puis piétinée par les manifestants.

La veille, des manifestations se sont également déroulées de l’Australie à la Tunisie en passant par la France, les protestataires dénonçant aussi le racisme dans leur propre pays.

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