D’Istanbul à Rome, un parfum de normalisation flotte sur l’Europe

Des touristes fréquentent le Colisée de Rome. Après avoir rouvert la basilique Saint-Pierre, Pompéi et la tour de Pise, l’Italie espère redonner de la vigueur au secteur du tourisme, crucial pour son économie.
Photo: Andreas Solaro Agence France-Presse Des touristes fréquentent le Colisée de Rome. Après avoir rouvert la basilique Saint-Pierre, Pompéi et la tour de Pise, l’Italie espère redonner de la vigueur au secteur du tourisme, crucial pour son économie.

Du Colisée à Rome au grand bazar d’Istanbul, des commerces de Moscou à certaines écoles d’Angleterre : l’Europe a rouvert lundi de multiples monuments et lieux publics sans pour autant crier victoire face au nouveau coronavirus, toujours très actif sur la planète.

Si les précautions sanitaires d’usage et les strictes restrictions imposées aux voyages ont empêché l’afflux de grandes foules, de hauts lieux touristiques ont recommencé à accueillir le public sur le Vieux Continent, tandis que l’Amérique latine se débat toujours avec une épidémie galopante.

« Nous profitons de l’absence des touristes étrangers pour venir nous balader », se réjouit Pierluigi, un Romain venu visiter pour la première fois le Colisée avec son épouse.

Site touristique le plus fréquenté de la péninsule, l’imposant amphithéâtre de la Rome antique a accueilli près de 300 personnes, qui avaient effectué une réservation en ligne, loin des 20 000 touristes quotidiens habituels.

Plus de 33 000 morts

« Le sentiment de vide a mis en évidence la grande beauté de cet endroit, et sa fragilité », confie à l’AFP Alfonsina Russo, l’architecte en chef de l’édifice fermé pendant presque trois mois.

Après avoir déjà rouvert la basilique Saint-Pierre de Rome, Pompéi, la Galerie Borghèse ou encore la tour de Pise, l’Italie espère redonner de l’aplomb à un secteur du tourisme crucial pour son économie, mais sinistré par la pandémie, qui a fait plus de 33 000 morts sur son sol.

En Espagne, c’est l’emblématique musée Guggenheim, à Bilbao, célèbre pour ses courbes sinueuses, qui a rouvert ses portes, et à Istanbul le grand bazar, inaccessible au public depuis le 23 mars, une fermeture d’une durée inédite en près de six siècles d’existence.

« La vie continue et on attend les clients », affirme Yasar Sabuncu, un des quelque 30 000 commerçants du vaste marché couvert, après avoir rouvert son échoppe aux rayons garnis de souvenirs et de maroquineries.

« Enfin de l’air frais »

Malgré un récent rebond du nombre de nouveaux cas quotidiens, Moscou a allégé le carcan des restrictions en autorisant ses commerces non alimentaires à rouvrir et ses habitants à sortir faire des courses, en portant masques et gants, et à se balader, jusqu’à trois fois par semaine selon un système de créneaux.

« C’est la première fois en trois mois que je me promène avec mon amie », se félicite Liza Astachevskaïa, une lycéenne de 17 ans rencontrée dans les allées du célèbre parc Gorki. « On peut enfin respirer de l’air frais et revoir nos endroits préférés. »

Alors que le Royaume-Uni est le pays d’Europe le plus endeuillé par la pandémie avec plus de 38 000 décès, le pays a, malgré les critiques, rouvert certaines écoles fermées depuis la mi-mars.

Sur fond de polémique avec un gouvernement accusé d’avoir tardé à agir et un proche conseiller du premier ministre, Boris Johnson, Dominic Cummings, sous pression pour avoir pris des libertés avec les règles de déplacement, le ministre de l’Éducation, Gavin Williamson, a souligné dans la presse le « besoin d’aller de l’avant ».

Cette étape de déconfinement, la plus importante dans le royaume à ce jour, a aussi vu la réouverture des marchés extérieurs et de certains commerces, comme les concessions automobiles, et la reprise de courses de pigeons et de chevaux.

Dans le monde, la pandémie a fait plus de 372 000 victimes pour plus de 6,1 millions de cas, selon un décompte réalisé par l’AFP à partir de sources officielles. Un bilan sans doute largement sous-évalué.

En dépit des craintes d’une seconde vague, de nombreux autres pays européens ont allégé les restrictions sanitaires.

En Slovénie, un décret symbolique déclarant « la fin de la pandémie » est entré en vigueur, jalon célébré par le survol d’avions militaires.

Les équipes engagées dans le Championnat d’Espagne de football ont repris l’entraînement collectif, dernière étape avant la reprise de la Liga prévue le 11 juin, tandis que les Pays-Bas et la Finlande ont rouvert leurs restaurants et cafés, et la Norvège tous ses bars.

Les Français, eux, attendent avec impatience la réouverture des cafés et restaurants mardi, ainsi que la levée de l’interdiction de se déplacer à plus de 100 km de chez eux.

Ailleurs dans le monde

Malgré les signes de reflux, la pandémie fait encore ressentir ses effets aux quatre coins du monde. Le premier ministre arménien, Nikol Pachinian, a annoncé avoir été infecté par le nouveau coronavirus avec sa famille, alors que l’épidémie s’aggrave dans ce petit pays du Caucase dont les hôpitaux sont surchargés.

L’Iran a aussi fait état d’un pic inédit depuis deux mois, avec près de 3000 nouvelles contaminations en 24 heures.

« Les gens semblent penser que le coronavirus est terminé », mais il est « loin de l’être », a averti le ministre de la Santé, Saïd Namaki. « Nous avons imploré les gens de ne pas organiser de mariages ou des funérailles, mais ils n’ont pas écouté. »

Sur le continent africain, écoles et universités ont rouvert au Cameroun et en Tanzanie bien que l’épidémie y progresse toujours, tandis que l’Afrique du Sud a reporté d’une semaine la reprise prévue dans de nombreuses écoles, mal préparées.

Le tableau reste sombre également en Amérique latine, devenue l’épicentre de la pandémie, qui y a officiellement contaminé plus d’un million de personnes.

Au Brésil, de loin le pays le plus touché de la région avec plus de 500 000 cas et près de 30 000 morts, l’épidémie s’accompagne d’une montée des tensions politiques sur la façon d’y faire face. Des affrontements ont éclaté dimanche soir à Sao Paulo entre partisans et adversaires du président, Jair Bolsonaro.

Le chef d’État d’extrême droite minimise la gravité de l’épidémie, s’oppose aux mesures locales de confinement et a même pris un bain de foule dimanche à Brasilia, bravant les règles de distanciation physique prônées pour freiner la contagion.

Avec Fulya Ozerkan à Istanbul et Romain Colas à Moscou

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