Un avocat d’Assange dénonce une demande d’extradition «politique»

Julian Assange fait face à 18 chefs d’accusation et à une peine d’emprisonnement pouvant atteindre 175 ans, s’il est conduit devant la justice américaine.
Photo: Daniel Leal-Olivas Agence France-Presse Julian Assange fait face à 18 chefs d’accusation et à une peine d’emprisonnement pouvant atteindre 175 ans, s’il est conduit devant la justice américaine.

La demande d’extradition, formulée par les États-Unis, contre Julian Assange, actuellement détenu au Royaume-Uni, repose sur « des arguments non étayés par des faits précis » et sur une « rhétorique mensongère », estime Antoine Vey, un des avocats du fondateur de WikiLeaks, en entrevue au Devoir. Et « ce manque tonitruant de preuve » ne peut plus justifier la criminalisation de « quelqu’un qui a permis de dénoncer des crimes » et encore moins un transfert aux États-Unis où rien d’autre qu’un procès politique l’attend, a-t-il ajouté au deuxième jour de l’examen de cette demande par un tribunal de Londres mardi.

« Si cette extradition devait se produire, ce serait une chose inhumaine et abominable », a indiqué M. Vey, joint au téléphone à son bureau parisien, car elle n’est pas fondée en droit. Lundi, les procureurs américains n’ont pas été capables de démontrer la réalité des risques que Julian Assange aurait fait peser sur des sources compromises, selon Washington, dans plusieurs pays à travers le monde par la divulgation de documents par WikiLeaks.

Devant la justice britannique, les avocats américains ont affirmé en effet que des sources avaient disparu dans la foulée des révélations de WikiLeaks, en ajoutant qu’il leur était impossible de démontrer un lien de cause à effet. « Tous les arguments dans ce procès ne sont pas d’ordre juridique, ils sont politiques, poursuit l’avocat. Et c’est ce qu’il ne faut pas perdre de vue. »

Si cette extradition devait se produire, ce serait une chose inhumaine et abominable

 

Après les représentants du gouvernement américain la veille, les avocats de Julian Assange ont pris la parole mardi devant la juge Vanessa Baraitser pour s’opposer à l’extradition réclamée par les États-Unis qui accusent l’Australien de 48 ans de piratage informatique et d’espionnage. Arrêté en avril dernier dans l’ambassade de l’Équateur où il vivait reclus depuis sept ans, M. Assange fait face désormais à 18 chefs d’accusation et à une peine d’emprisonnement pouvant atteindre 175 ans, s’il était conduit devant la justice américaine.

« Il est difficile d’imaginer un exemple aussi évident de demande d’extradition qui déforme autant les faits tels qu’ils sont connus par le gouvernement américain », a indiqué Mark Summers, membre de l’équipe de défense internationale de Julian Assange, dans la salle d’audience de la cour de Woolwich, au sud-est de Londres. « Vous aurez, le moment venu, à déterminer si » cette demande est « juste, exacte et correcte », a-t-il dit. Ce tribunal doit, entre autres, statuer si la demande d’extradition n’est pas disproportionnée ou incompatible avec des droits de la personne.

Traitement « inhumain »

Julian Assange est dans la ligne de mire des autorités américaines depuis 2010 et depuis la publication par son site spécialisé dans la diffusion d’informations confidentielles de plus de 700 000 documents classifiés sur les activités militaires et diplomatiques américaines. Le coulage d’information s’est joué avec la complicité de l’ex-analyste en sécurité de l’armée américaine Chelsea Manning.

Or, quoi qu'en disent les Américains, « ce qui est en jeu dans ce dossier, c’est bien le traitement auquel Julian Assange va être exposé en cas d’extradition, affirme Antoine Vey. Il ne va pas être en mesure de se défendre équitablement et va devoir faire face à des traitements inhumains et dégradants, comme l’a été Chelsea Manning. »

En ouverture de ce deuxième jour d’audience, les avocats du lanceur d’alerte ont d’ailleurs dénoncé les conditions imposées à leur client durant l’examen de cette demande d’extradition. « Hier [lundi], M. Assange a été menotté onze fois, mis à nu deux fois » à la prison de Belmarsh où il est détenu et a été « placé dans cinq cellules différentes », a souligné son avocat Edward Fitzgerald, en indiquant qu’un tel traitement pouvait « affecter cette procédure. » Les dossiers consultés par Julian Assange durant l’audience lui ont été confisqués par les gardiens de la prison lundi soir.

L’audience de mardi a d’ailleurs été écourtée en raison de l’état de fatigue de Julian Assange, a indiqué Antoine Vey. « Il est très diminué, dit-il. Mais cela n’a rien de nouveau, puisque nous le répétons depuis longtemps : la condition dans laquelle il se trouve aujourd’hui ne lui permet pas de se défendre convenablement. » La semaine dernière, 117 médecins provenant de 18 pays ont signé une lettre dans la revue scientifique The Lancet appelant les autorités britanniques à transférer Julian Assange de la prison à haute sécurité où il se trouve vers un hôpital universitaire pour une évaluation de son état de santé. Le groupe y réitère ses « graves préoccupations concernant la santé physique et mentale de Julian Assange », et ce, en raison du refus d’accès à des soins et d'une torture psychologique prolongée. Ces médecins remettent également en question l’« aptitude d’Assange à participer aux procédures d’extradition américaines ».

Les audiences sur l’extradition de Julian Assange se poursuivent jusqu’à vendredi à Londres, pour reprendre ensuite le 18 mai prochain.

Avec l’Agence France-Presse