Accord nucléaire: l’Iran renvoie la balle aux États-Unis

Le président iranien Hassan Rohani
Photo: Présidence iranienne / Agence France-Presse Le président iranien Hassan Rohani

Le président iranien, Hassan Rohani, a appelé mardi les États-Unis à « faire le premier pas », en levant toutes les sanctions contre son pays, jetant un froid sur la possibilité à court terme d’une rencontre avec son homologue américain, Donald Trump.

Le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif a, lui, souligné le même jour avoir décrit, lors de sa visite-surprise au G7 de Biarritz, une telle rencontre comme « inimaginable » même si Washington décidait de réintégrer l’accord international visant à limiter le programme nucléaire iranien.

Les tensions entre les États-Unis et l’Iran, des ennemis jurés, se sont exacerbées depuis le retrait de Washington en 2018 de ce pacte, suivi du rétablissement de lourdes sanctions américaines contre l’Iran.

Une légère décrispation était toutefois apparue à l’occasion du sommet du G7 en France ces derniers jours, Donald Trump — qui ne cesse de fustiger l’Iran — n’écartant pas le principe d’une rencontre avec M. Rohani.

« Vous devez retirer toutes les sanctions illégales, injustes et erronées contre la nation iranienne », a réagi M. Rohani dans un discours retransmis sur la télé d’État.

« La clé d’un changement positif est entre les mains de Washington », car l’Iran a déjà exclu de faire ce qui inquiète le plus les États-Unis : la fabrication d’une bombe atomique, a-t-il argué. « Si, honnêtement, c’est votre seule préoccupation, celle-ci a déjà été exclue » par une fatwa du guide suprême Ali Khamenei en 2003.

« Alors, faites le premier pas. Sans [la levée des sanctions], le verrou ne sera pas débloqué », a lancé M. Rohani.

Tensions dans le Golfe

La montée des tensions irano-américaines avec des attaques mystérieuses contre des navires dans la région du Golfe en mai et juin, un drone abattu et des pétroliers saisis, a fait craindre une escalade incontrôlable.

Mais à la question « est-il réaliste que vous rencontriez M. Rohani dans les prochaines semaines ? », posée lundi par la presse en France, Donald Trump a répondu par l’affirmative.

Le même jour, le président français Emmanuel Macron, qui défend l’accord nucléaire, a indiqué que les discussions au G7 avaient créé « les conditions d’une rencontre et donc d’un accord » entre MM. Trump et Rohani.

La possibilité d’une telle rencontre a été néanmoins bien accueillie par les marchés financiers, inquiets des tensions dans le Golfe, une région cruciale pour les échanges mondiaux de pétrole.

« L’espoir grandit que les tensions puissent être tempérées après l’initiative de M. Macron pour faciliter une rencontre entre Donald Trump et son homologue iranien », a estimé James Hugues, analyste pour la firme de courtage AxiTrader.

À Téhéran, la monnaie nationale, le rial, s’est redressée. Sur le marché noir, il fallait 112 000 rials pour un dollar mardi, contre 117 500 il y a une semaine, selon le site Bonbast, qui suit les fluctuations des taux de change.

Disant espérer que cette rencontre puisse s’organiser « dans les prochaines semaines », M. Macron a toutefois prévenu que « rien n’est fait » et que « les choses sont éminemment fragiles ».

Les propos tenus en Asie par M. Zarif illustrent cette fragilité : « À Biarritz, j’ai dit que les perspectives d’une rencontre entre le président iranien et Trump étaient inimaginables » tant que Washington ne revenait pas dans l’accord nucléaire. « Et même dans ce cas, nous n’aurons pas de négociations bilatérales. »

Rohani critiqué par son aile dure

Dès lundi, M. Rohani s’était dit ouvert au dialogue, ce qui lui a valu les critiques de l’aile dure du régime.

Mais le lendemain, il a insisté sur le fait que les États-Unis devaient « revenir sur leurs erreurs » et se conformer aux engagements pris dans l’accord nucléaire de 2015 qui reposait sur une levée des sanctions en échange de l’engagement iranien de ne pas se doter de l’arme nucléaire.

Mais, après le rétablissement de sanctions américaines étouffant son économie, Téhéran a riposté en rompant avec des engagements pris aux termes du pacte. Il menace de continuer à le détricoter s’il n’obtient pas de contreparties.

« Nous cherchons à résoudre les problèmes d’une manière rationnelle, mais nous ne cherchons pas des occasions de poser pour des photos », a averti M. Rohani.

La possible rencontre Rohani-Trump a été dénoncée comme « une occasion de poser pour une photo », pas plus, à la une du journal iranien Javan, proche des Gardiens de la Révolution, alors que les deux présidents doivent être à New York pour l’Assemblée générale fin septembre.

Un sentiment partagé par une partie des Iraniens.

Pour Valiollah Tavakoli, travailleur autonome à Téhéran, « la situation des gens empire chaque jour ». « Comme le dit le guide suprême, les négociations avec l’Amérique sont inutiles. »