Vers un rapprochement Iran–États-Unis

Donald Trump s’est montré ouvert à une rencontre avec son homologue iranien lors d’une conférence de presse commune avec Emmanuel Macron.
Photo: Ludovic Marin Agence France-Presse Donald Trump s’est montré ouvert à une rencontre avec son homologue iranien lors d’une conférence de presse commune avec Emmanuel Macron.

Après la crise, l’apaisement. Le sommet du G7, qui a été bouclé lundi après quatre jours de rencontres entre les leaders des sept pays démocratiques les plus développés, a ouvert la voie à une rencontre entre les présidents américain, Donald Trump, et iranien, Hassan Rohani, en tension depuis plusieurs mois au sujet de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien. Une main tendue qui « éloigne les tambours de la guerre », mais sans pour autant annoncer un changement de tonalité dans les relations houleuses entre les deux pays, estime un spécialiste de l’Iran.

« Tout ça a l’air d’un coup de théâtre, mais ce rapprochement a été très bien préparé, note Pierre Pahlavi, professeur au Collège des Forces canadiennes de Toronto en entrevue au Devoir. Les Occidentaux ont pris conscience que l’Iran était en train de leur échapper au profit du bloc sino-russe et cette perspective n’est pas acceptable pour des raisons géopolitiques, géostratégiques, économiques et énergétiques. Le G7 vient donc de servir de prétexte pour ranimer une relation agonisante, mais [cela] ne laisse pas présager une transformation majeure des rapports entre l’Occident et l’Iran. »

Lors d’une conférence de presse commune avec Emmanuel Macron, hôte du sommet, Donald Trump s’est montré ouvert à une rencontre avec son homologue iranien, si les « circonstances » étaient réunies. Pour le président français, ce G7 a créé les « conditions » favorables à un tel rapprochement. « J’ai la conviction que, s’il y a une rencontre au plus haut niveau, un accord peut être trouvé sur l’Iran », a-t-il indiqué, en soulignant que le sommet entre les deux hommes pourrait avoir lieu « dans les prochaines semaines ».

J’ai la conviction que s’il y a une rencontre au plus haut niveau, un accord peut être trouvé sur l’Iran

Dimanche, le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, a fait une apparition surprise remarquée à Biarritz, en France, où le sommet s’est tenu. Depuis trois semaines, des sanctions américaines le ciblent personnellement. Invité par le président français, le ministre iranien des Affaires étrangères a ainsi permis de « dessiner un chemin » vers une rencontre entre Trump et Rohani, a précisé M. Macron.

« Rien n’est fait et les choses sont encore éminemment fragiles », a souligné le chef d’État français. Mais « des discussions se sont amorcées » et « des avancées » ont eu lieu, a-t-il assuré. Le président iranien « s’est montré ouvert » à une rencontre avec le président Trump lundi matin, ce qui constitue pour Emmanuel Macron un « vrai changement ». « J’ai un bon pressentiment », a-t-il ajouté.

« Domestiquer l’Iran »

Les relations diplomatiques entre les États-Unis et l’Iran se sont dangereusement dégradées depuis que Donald Trump a annoncé le retrait de son pays de l’accord sur le nucléaire iranien, négocié en 2015 à Vienne par le gouvernement de Barack Obama, et imposé des sanctions économiques après que des conditions de l’accord eurent été symboliquement transgressées par Téhéran. Ces tensions diplomatiques, sur fond d’attaques de pétroliers et d’enflures verbales de la part de Trump sur Twitter, se jouent alors que l’Iran marque une présence forte dans plusieurs conflits régionaux, notamment au Yémen, dans la Goutha orientale et sur le pourtour d’Israël, ce qui n’est pas pour plaire aux États-Unis et à ses alliers du Moyen-Orient.

« Depuis 2016, les Occidentaux tentent la méthode forte, avec l’isolement et les sanctions, pour réduire l’influence de l’Iran dans cette partie du globe, dit M. Pahlavi, mais cela n’a rien donné. En redonnant la place au dialogue, nous sommes peut-être en train d’entrer dans une période où la méthode douce est mise de l’avant. Cette désescalade est une de plus dans un contexte où, depuis 40 ans, l’Occident essaie de se rapprocher de Téhéran dans une logique de tension à géométrie variable. »

Selon lui, une rencontre entre Donald Trump et Hassan Rohani risque toutefois de donner de « belles images », mais pourrait être aussi vaine que les rencontres entre le président américain et le dictateur de la Corée de Nord, Kim Jong-un. « Ce que veulent les États-Unis, c’est la fin totale des activités nucléaires de l’Iran et un retrait du pays des conflits dans sa région, deux choses impossibles à atteindre puisqu’elles portent atteinte à la souveraineté. Depuis des décennies, l’Occident rêve de domestiquer l’Iran pour en faire un pion docile et facilement manipulable sur l’échiquier international. Mais cela ne se produira pas. »

À Biarritz, M. Trump et M. Macron ont rappelé leur objectif commun d’éviter que l’Iran n’acquière l’arme nucléaire, tout en s’assurant que la violence n’explose pas dans la région. Washington souhaite également un accord plus long que celui négocié à Vienne, avec la possibilité de contrôle d’un nombre plus grand de sites à l’intérieur du pays. La coopération de Téhéran pourrait entraîner la levée de sanctions économiques.

Avec l’Agence France-Presse