Le ton monte entre Bolsonaro et Macron

Ces attaques personnelles entre Emmanuel Macron et Jair Bolsonaro marquent une très nette escalade dans les tensions entre les deux pays.
Photo: Jacques Witt Archives Agence France-Presse Ces attaques personnelles entre Emmanuel Macron et Jair Bolsonaro marquent une très nette escalade dans les tensions entre les deux pays.

Tendues depuis des semaines, les relations entre les autorités françaises et brésiliennes se sont brutalement dégradées ces derniers jours, avec un échange d’insultes et de propos fort peu diplomatiques, sur fond de crise environnementale et politique.

Depuis son élection à la tête du Brésil en octobre, le courant n’est jamais passé entre le président d’extrême droite Jair Bolsorano, ouvertement climatosceptique, et son homologue français Emmanuel Macron, qui se pose en champion de la lutte internationale et concertée contre le réchauffement de la planète.

Choisissant d’employer un terme que les diplomates et les hommes politiques préfèrent éviter la plupart du temps, la présidence française a accusé vendredi M. Bolsonaro d’avoir « menti » sur son engagement à respecter l’Accord de Paris sur le climat.

« Je l’ai vu une première fois, il m’a dit la main sur le cœur “Je vais tout faire pour la reforestation et l’engagement des accords de Paris pour pouvoir signer le Mercosur” », a déclaré lundi un Emmanuel Macron visiblement courroucé, au cours d’une conférence de presse en marge du sommet du G7 à Biarritz.

« Quinze jours après, il faisait le contraire en limogeant des scientifiques. On peut dire qu’il ne m’a pas dit la vérité », a-t-il ajouté.

Le président français a ensuite rappelé l’affront diplomatique inédit qu’a subi début juillet, lors d’une visite au Brésil, son ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.

Jair Bolsonaro, qui avait rendez-vous avec lui, mais n’a pas apprécié qu’il rencontre également des ONG environnementales, a annulé la rencontre à la dernière minute, puis a posté sur les réseaux sociaux une photo le montrant chez le coiffeur, à l’heure prévue pour le rendez-vous.

« Une urgence capillaire », a raillé le chef de la diplomatie française.

Commentaires désobligeants

Mais ce sont les propos, là aussi mis en ligne, de Jair Bolsonaro à l’égard de la première dame française, Brigitte Macron, qui ont conduit Emmanuel Macron à souhaiter ouvertement, devant les caméras du monde entier, que « le peuple brésilien ait très rapidement un président qui se comporte à la hauteur ».

M. Bolsonaro a en effet commenté la publication d’un internaute brésilien qui se moquait du physique de la première dame française, qui apparaissait sur une photo désavantageuse, le comparant à celui de Michelle Bolsonaro, rayonnante le jour de l’investiture de son mari.

« Vous comprenez maintenant pourquoi Macron persécute Bolsonaro ? » pouvait-on lire à côté de photos des deux couples présidentiels. « C’est la jalousie [...] de Macron, je parie », a écrit l’internaute, Rodrigo Andreaça.

« N’humilie pas [Macron], mec — MDR (“mort de rire”) », a répondu en commentaire le président brésilien.

Il s’agit là de « propos extraordinairement irrespectueux à l’égard de mon épouse », a estimé lundi le chef de l’État français. « Qu’est-ce que je peux vous dire ? C’est triste, c’est triste, mais c’est triste d’abord pour lui et pour les Brésiliens. »

« Je pense que les Brésiliens qui sont un grand peuple ont un peu honte de voir ces comportements », a encore dit M. Macron.

« Calhorda »

Dimanche, le ministre brésilien de l’Éducation Abraham Weintraub a par ailleurs qualifié Emmanuel Macron de « calhorda ». Ce terme, lui aussi inconnu du langage diplomatique et qui n’a pas d’équivalent en français est à la croisée de « tricheur », « crétin » et « connard ».

Selon lui, « Macron n’est pas à la hauteur de ce débat [sur les incendies en Amazonie]. C’est juste un crétin opportuniste qui cherche le soutien du lobby agricole français », a écrit le ministre en référence à l’opposition annoncée du président français à l’accord de libre-échange UE-Mercosur.

Le président brésilien, ancien militaire pointilleux sur tout ce qui semble toucher à la souveraineté nationale, n’a pas apprécié les pressions exercées par la France, avant et pendant le sommet de Biarritz, pour que son administration agisse plus énergiquement contre les dramatiques incendies en Amazonie.

« Nous ne pouvons accepter qu’un président, Macron, lance des attaques déplacées et gratuites contre l’Amazonie ni qu’il ne déguise ses intentions derrière l’idée d’une “alliance” de pays du G7 pour “sauver” l’Amazonie, comme si c’était une colonie », a écrit lundi Jair Bolsonaro sur son compte Twitter.