Washington va développer de nouveaux missiles

Washington avait suspendu début février sa participation au traité INF en accusant Moscou de fabriquer des missiles non conformes au traité.
Photo: Pavel Golovkin Associated Press Washington avait suspendu début février sa participation au traité INF en accusant Moscou de fabriquer des missiles non conformes au traité.

Les États-Unis ont annoncé vendredi le développement de nouveaux missiles conventionnels quelques heures après avoir acté avec la Russie la mort de l’emblématique traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI, ou INF en anglais), semblant justifier les craintes d’une relance de la course aux armements.

Après six mois de dialogue de sourds et d’accusations réciproques de violations, Russie et États-Unis ont laissé expirer l’ultimatum lancé par l’administration de Donald Trump en février, en s’accusant mutuellement d’être responsable de la fin de ce texte bilatéral datant de la Guerre froide.

Les Américains affirment que Moscou a accru ses capacités d’une manière incompatible avec ce traité, qui concerne les missiles d’une portée de 500 à 5500 km et avait permis dans les années 1980 l’élimination des missiles russes SS20 et américains Pershing, au coeur de la crise des euromissiles.

« Les faits sont clairs. La Fédération de Russie produit et déploie une capacité offensive qui était interdite par le traité FNI », a déclaré le ministre américain de la Défense, Mark Esper.

« Maintenant que nous nous sommes retirés, le ministère de la Défense va poursuivre pleinement le développement de ces missiles conventionnels tirés depuis le sol, dans une réponse prudente aux actions de la Russie », a-t-il précisé.

Le retrait des États-Unis avait été formalisé vendredi matin par le secrétaire d’État, Mike Pompeo, depuis Bangkok, où il assistait à des réunions régionales.

La Russie a répliqué en accusant Washington d’avoir « commis une grave erreur » et d’avoir créé « une crise pratiquement insurmontable ». Elle a de nouveau proposé un « moratoire sur le déploiement d’armes de portée intermédiaire », ce que l’OTAN a rejeté.

Le secrétaire général de l’Alliance atlantique, Jens Stoltenberg, a assuré que les Occidentaux ne voulaient pas « d’une nouvelle course aux armements ». Mais les signaux envoyés par Moscou et Washington suscitent de sérieuses préoccupations, en particulier en Europe.

Pays neutre aux premières loges de la Guerre froide, l’Autriche s’est inquiétée de la « menace » planant désormais sur l’Europe et elle a appelé Moscou et Washington à s’engager de façon « volontaire » à ne pas déployer de missiles nucléaires de moyenne portée sur le continent.

« La fin de ce traité accroît les risques d’instabilité en Europe et érode le système international de maîtrise des armements », a renchéri Paris.

Washington avait suspendu début février sa participation au traité en accusant Moscou de fabriquer des missiles non conformes au traité. Cette suspension avait ouvert une période de transition de six mois qui se terminait ce vendredi.

Nouvelle course aux armements ?

« Les États-Unis ont évoqué leurs inquiétudes auprès de la Russie dès 2013 », a rappelé Mike Pompeo, qui se targue du « plein soutien » des pays membres de l’OTAN. Mais Moscou a « systématiquement repoussé durant six ans les efforts américains pour que la Russie respecte à nouveau » le texte, a-t-il ajouté.

En cause, les missiles russes 9M729, qui représentent selon lui une « menace directe » pour les Américains et leurs alliés bien que la Russie assure qu’ils ont une portée maximale de 480 km.

Plusieurs discussions entre les deux puissances rivales se sont révélées infructueuses depuis février. Elles avaient même des raisons de vouloir sortir de ce texte qui fut négocié par Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev en décembre 1987.

Les faits sont clairs. La Fédération de Russie produit et déploie une capacité offensive qui était interdite par le traité FNI.

Le Pentagone veut avoir les mains plus libres pour moderniser son arsenal afin de contrer la montée en puissance de la Chine, qui cherche à affirmer sa suprématie militaire en Asie.

Et côté russe, le Kremlin n’est pas mécontent de se débarrasser d’un outil jugé à l’avantage de Washington.

« Le monde va perdre un outil précieux contre la guerre nucléaire », avait regretté dès jeudi le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres.

Il ne reste désormais en vigueur qu’un seul accord nucléaire bilatéral entre Moscou et Washington : le traité START, qui maintient les arsenaux nucléaires des deux pays bien en deçà du niveau de la guerre froide et dont le dernier volet arrive à échéance en 2021.

« Les chances qu’il soit prolongé sont faibles. Dans ces conditions, plus rien ne limitera la nouvelle course aux armements nucléaires entre les États-Unis et la Russie », pronostique l’analyste russe Alexandre Saveliev.

Si le gouvernement Trump a promis pour l’heure de ne pas déployer de nouveaux missiles nucléaires en Europe, il n’a fait aucune promesse sur le déploiement d’armes conventionnelles.