Après les Philippines, la Malaisie menace de renvoyer des ordures au Canada

<p>Les importations de plastique par la Malaisie ont triplé depuis 2016 à 870 000 tonnes l’an passé.</p>
Photo: Mohd Rasfan Agence France-Presse

Les importations de plastique par la Malaisie ont triplé depuis 2016 à 870 000 tonnes l’an passé.

Après la menace des Philippines d’expédier 69 conteneurs d’ordures au Canada, c’est au tour de la Malaisie de signifier son intention de renvoyer des déchets au pays.

Ce pays d’Asie du Sud-Est renverra environ 3000 tonnes de déchets plastiques non recyclables à des pays tels que le Canada, les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie, afin d’éviter de devenir un «dépotoir» pour les pays riches, a annoncé mardi la ministre de l’Environnement, Yeo Bee Yin.

Elle a déclaré que plusieurs pays se sont tournés vers la Malaisie et d’autres pays en développement pour exporter leurs déchets, depuis que la Chine a décidé d’interdire l’importation de déchets plastiques l’an dernier.

La semaine dernière, les Philippines ont signalé qu’elles renverraient des douzaines de conteneurs d’ordures qui ont été illégalement expédiés dans ce pays en provenance du Canada entre 2013 et 2014.

La ministre malaisienne de l’Environnement a annoncé à son tour que 60 conteneurs remplis de déchets contaminés, entrés clandestinement en Malaisie, seront renvoyés dans leurs pays d’origine.

Ces conteneurs ont été interceptés avant d’atterrir dans des centres de traitement illégaux.

Dix des conteneurs devraient être renvoyés dans les deux prochaines semaines, a précisé la ministre, alors qu’elle montrait aux journalistes le contenu des déchets dans un port situé à l’extérieur de Kuala Lumpur.

Les déchets présentés comprenaient des cartons de lait contaminés provenant de l’Australie, des disques compacts du Bangladesh, ainsi que des balles de déchets électroniques et ménagers provenant des États-Unis, du Canada, du Japon, de l’Arabie saoudite et de la Chine. Yeo Bee Yin a avancé que les déchets en provenance de la Chine semblaient être des ordures de la France et d’autres pays qui avaient été réacheminés après une interdiction imposée par la Chine.

Une société de recyclage du Royaume-Uni a selon elle exporté plus de 50 000 tonnes métriques de déchets plastiques dans environ 1000 conteneurs en Malaisie au cours des deux dernières années.

«Ce n’est probablement que la pointe de l’iceberg. Une situation qui résulte de l’interdiction des déchets plastiques par la Chine, a déclaré la ministre en conférence de presse. La Malaisie ne sera pas un dépotoir pour le monde... nous allons riposter. Même si nous sommes un petit pays, nous ne pouvons pas être intimidés par les pays développés.»

Le gouvernement a sévi contre des dizaines d’installations illégales de recyclage du plastique qui s’étaient multipliées partout au pays.

Les autorités ont fermé 150 usines depuis le mois de juillet dernier. Plus tôt ce mois-ci, la Malaisie a également renvoyé cinq conteneurs de déchets en Espagne.

La ministre Yeo Bee Yin a déclaré que l’interdiction des déchets plastiques en Chine avait «ouvert les yeux du monde sur le fait que nous avons un énorme problème de déchets et de recyclage».

La semaine dernière, le président philippin, Rodrigo Duterte, a laissé savoir qu’il allait de l’avant pour renvoyer au Canada des déchets qui auraient été envoyés illégalement dans son pays il y a plusieurs années.

Les Philippines ont rappelé leur ambassadeur et leurs consuls du Canada après qu’Ottawa n’eut pas respecté l’échéance du 15 mai pour rapatrier ses déchets.

La ministre fédérale de l’Environnement soutient que les déchets canadiens qui pourrissent aux Philippines depuis près de six ans seront de retour en sol canadien avant la fin du mois de juin. Mercredi dernier, elle a indiqué qu’Ottawa avait octroyé un contrat à une entreprise de transport, Bolloré Logistics Canada, pour rapatrier 69 conteneurs remplis d’ordures ménagères et de déchets électroniques.

Les Philippines ont toutefois rejeté l’échéancier du Canada. Le porte-parole de la présidence, Salvador Panelo, a annoncé que M. Duterte avait ordonné à des responsables de trouver une société de transport maritime privée pour transporter les déchets jusqu’en territoire canadien.

À Port Klang, la ministre de l’Environnement Yeo Bee Yin a souligné que les citoyens des pays riches trient avec diligence leurs déchets dans le but de les recycler, mais que ces déchets aboutissent dans des pays en développement où ils sont recyclés illégalement, entraînant des risques pour l’environnement et la santé.

«Nous exhortons les pays développés à revoir leur gestion des déchets plastiques et à cesser de les expédier vers les pays en développement», a-t-elle déclaré, qualifiant de telles pratiques d’«injustes et sauvages».

Yeo Bee Yin s’est engagée à prendre des mesures contre les entreprises malaisiennes qui importent illégalement du plastique usagé en les qualifiant de «traîtres au développement durable du pays».