157 personnes perdent la vie dans l'écrasement d'un Boeing 737 MAX en Éthiopie

Des personnes s’affairant dans les décombres de l’avion qui s’est écrasé quelques minutes après son décollage.
Photo: Michael Tewelde Agence France-Presse Des personnes s’affairant dans les décombres de l’avion qui s’est écrasé quelques minutes après son décollage.

Au fond de l’immense cratère, à 50 kilomètres de la capitale éthiopienne, les décombres ne laissent même pas deviner que c’est un avion qui a écorché la terre ainsi. Cent cinquante-sept personnes — dont 18 Canadiens — ont trouvé la mort dans l’écrasement d’un avion d’Ethiopian Airlines, dimanche matin, juste après son décollage d’Addis-Abeba. La tragédie soulève des doutes sur la sécurité du modèle 737 Max de Boeing, dont un autre exemplaire s’était écrasé en octobre dernier.

Dans les heures suivant l’accident, le Parlement éthiopien a décrété pour lundi une journée de deuil national, tandis que des familles en pleurs étaient rassemblées à l’aéroport de Nairobi, où devait atterrir l’appareil. Les victimes de l’écrasement étaient de 35 nationalités différentes, selon des chiffres provisoires de la compagnie aérienne.

Au Canada, de nombreuses personnalités politiques ont offert leurs condoléances aux familles et proches touchés par l’hécatombe. Dans un communiqué publié dimanche après-midi, le premier ministre Justin Trudeau s’est dit « profondément attristé par le terrible écrasement d’avion ».

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a quant à elle indiqué que « des agents consulaires canadiens ont été immédiatement dépêchés à l’aéroport d’Addis-Abeba aujourd’hui et ont contacté les agences gouvernementales éthiopiennes pour vérifier les faits et veiller à ce que nous puissions fournir le soutien le plus efficace possible aux familles canadiennes en cette période difficile ».

Parmi les Canadiens ayant péri dans l’accident dont on connaît l’identité, on compte Pius Adesanmi (un professeur à l’Université Carleton), Amina Ibrahim Odowaa et sa fille, Sofia Faisal Abdulkadir, et Derick Lwugi (un comptable à la Ville de Calgary).

Les autorités ignorent pour l’instant la cause de la catastrophe.

L’accident n’a eu lieu que six minutes après le décollage de l’avion. Dans l’intervalle, le pilote avait fait part de problèmes aux contrôleurs et avait demandé l’autorisation pour faire demi-tour.

Le Boeing 737 Max avait été livré à la compagnie aérienne nationale en novembre dernier. Ethiopian Airlines, un membre du regroupement Star Alliance, est considérée comme l’une des lignes aériennes les plus sécuritaires d’Afrique.

Deuxième accident en six mois

Le 29 octobre dernier, un Boeing 737 Max 8 de la compagnie indonésienne Lion Air s’était abîmé en mer 13 minutes après son décollage, tuant 189 personnes. L’analyse des boîtes noires a révélé que l’appareil a piqué du nez 24 fois pendant son court vol. Les pilotes avaient réussi à redresser l’appareil plusieurs fois avant l’écrasement.

Cet accident et celui de dimanche présentent des similarités « dérangeantes », selon Jean Lapointe, un pilote retraité et expert en aviation civile. « D’abord, ce sont les mêmes appareils, un modèle à la fine pointe de Boeing. Puis, dans les deux cas, c’étaient des pilotes très bien qualifiés qui étaient aux commandes. Les deux avions n’ont pas atteint l’altitude qu’ils auraient dû dans le temps de vol. Et les pilotes des deux appareils ont demandé à rebrousser chemin, éprouvant des problèmes techniques. »

« C’est très rare qu’on voie autant de similitudes entre deux accidents en moins de cinq mois », a-t-il souligné.

Le 737 Max est la nouvelle génération de l’avion commercial le plus vendu au monde. En activité depuis 2017, il est équipé de moteurs moins gourmands en carburant que la version précédente. Les moteurs de la version Max étant cependant plus grands que ceux de l’ancien modèle, ils ont dû être déplacés sur les ailes. Pour éviter que ce changement dans la répartition de la masse fasse perdre à l’appareil sa portance, un système automatique pouvant réorienter l’orientation du nez de l’avion a été implanté.

Or, à la lumière du rapport préliminaire rendu public un mois après l’accident de Lion Air, une défaillance de ce système est apparue comme l’hypothèse la plus plausible pour expliquer l’écrasement. Les pilotes n’auraient pas été en mesure de reprendre le contrôle de l’appareil. Dans les années précédant la mise en service du 737 Max, Boeing aurait convaincu les autorités et ses clients que les pilotes aux commandes de la version remotorisée ne devaient pas être tenus de suivre de nouvelles formations — question de diminuer les coûts d’adoption du nouvel appareil —, selon une enquête du New York Times publiée le mois dernier.

Dans la foulée de la catastrophe, plusieurs syndicats de pilotes s’étaient plaints que leurs membres n’avaient jamais été mis au courant de ce nouveau dispositif. Boeing a fait valoir, elle, que les protocoles déjà maîtrisés par les pilotes permettaient de réagir aux problèmes pouvant être causés par la mise à jour logicielle.

Cependant, depuis l’automne dernier, il est certain que tous les pilotes des 737 Max ont obtenu de l’information sur ce nouveau système logiciel, et peut-être même de l’entraînement supplémentaire, explique Jean Lapointe. Les pilotes du vol 302 d’Ethiopian Arilines ne faisaient pas exception.

Des 737 Max chez Air Canada

Air Canada exploite depuis 2017 des Boeing 737 Max 8. Dans sa flotte, on compte actuellement 24 de ces appareils.

Jointe dimanche, la ligne aérienne a expliqué avoir offert son aide et surveiller de près l’enquête sur l’écrasement du vol 302 d’Ethiopian Airlines. Elle n’émet pas de doutes quant à ses propres appareils 737 Max. « Leur performance est excellente autant du point de vue de la sécurité, de la fiabilité que du niveau de satisfaction de la clientèle », a écrit une porte-parole dans un courriel adressé au Devoir.

« Nous suivons les recommandations et tous les avis que nous recevons des fabricants et des organismes gouvernementaux de réglementation en matière de sécurité », poursuivait-elle.

Au syndicat des pilotes, on dit être « activement entrés en discussion avec Air Canada et Boeing » et « suivre la situation de très près à mesure qu’elle se développe ».

Avec La Presse canadienne et Agence France-Presse

Les victimes canadiennes identifiées

Dix-huit Canadiens figurent parmi les victimes de l’écrasement d’un avion d’Ethiopian Airlines, dimanche, peu après le décollage de l’aéroport de Bole, à Addis-Abeba, en Éthiopie.

Parmi eux, Pius Adesanmi, un professeur de l’Université Carleton, Danielle Moore, une jeune femme de 24 ans, Amina Ibrahim Odowaa, une femme d'Edmonton âgée de 33 ans, et sa fille, Sofia Faisal Abdulkadir, ainsi que Derick Lwugi, un comptable et père de Calgary.

La Chine interdit à ses compagnies de faire voler leurs Boeing 737 MAX 8

Pékin - La Chine a demandé lundi aux compagnies aériennes chinoises de suspendre les vols de leurs Boeing 737 Max 8, après l'écrasement la veille d’un avion de même modèle d’Ethiopian Airlines, qui effectuait la liaison entre Addis-Abeba et Nairobi.

Leur utilisation pourra reprendre après confirmation par les autorités américaines et par Boeing « des mesures prises pour garantir avec efficacité la sécurité des vols », a indiqué le Bureau chinois de l’aviation civile dans un communiqué.