L’accord sur Idlib est fragilisé

Les armes lourdes des insurgés devaient être retirées avant le 10 octobre, tandis que les djihadistes devaient avoir quitté les lieux à la mi-octobre.
Photo: Ugur Can DHA via Associated Press Les armes lourdes des insurgés devaient être retirées avant le 10 octobre, tandis que les djihadistes devaient avoir quitté les lieux à la mi-octobre.

La province d’Idlib et des zones avoisinantes ont fait l’objet d’un accord russo-turc pour éviter un assaut du régime de Bachar al-Assad, mais l’accord est menacé, les djihadistes occupant toujours la zone qu’ils devaient évacuer avant lundi.

En vertu de l’accord, une « zone démilitarisée » devait être établie aux limites de la province d’Idlib pour séparer les territoires contrôlés par le régime de ceux tenus par les insurgés et les djihadistes. Dominée par les djihadistes du groupe Hayat Tahrir al-Cham (HTS), Idlib a accueilli ces dernières années des dizaines de milliers de rebelles et de civils, évacués d’autres bastions insurgés reconquis par le régime au terme d’offensives dévastatrices.

En mai dernier, l’émissaire de l’ONU Staffan de Mistura a affirmé que « si le scénario de la Ghouta se [répétait] à Idlib, il pourrait être six fois pire » en matière de destruction et de victimes. La Ghouta orientale, bastion insurgé aux portes de Damas, a été reconquise en début d’année par le régime au terme d’une offensive ayant tué plus de 1700 civils, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

Début septembre, les mises en garde se sont multipliées contre la perspective d’un assaut du régime contre Idlib. Les forces du régime ont bombardé des positions rebelles et djihadistes dans la province et largué des tracts appelant les habitants à se rendre.

« Un massacre pourrait avoir lieu si une pluie de missiles s’y abattait », a déclaré le président turc, Recep Tayyip Erdogan, dont le pays, parrain des rebelles, est opposé à un assaut qui risque de provoquer un afflux de réfugiés vers sa frontière.

Le 7 septembre, un sommet tripartite à Téhéran sur le sort d’Idlib, réunissant les présidents russe, turc et iranien, s’est soldé par un échec.

Accord en construction

Le 17 septembre, Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan se sont retrouvés à Sotchi et se sont entendus pour instaurer une « zone démilitarisée ». Selon cet accord, une zone tampon de 15 à 20 km de large devait être créée dans la province d’Idlib et dans des secteurs des régions voisines d’Alep, Hama et Lattaquié. Elle devait séparer les territoires insurgés d’Idlib des secteurs gouvernementaux adjacents.

Les armes lourdes des insurgés devaient quant à elles en être retirées avant le 10 octobre, tandis que les djihadistes devaient avoir quitté les lieux à la mi-octobre. Un peu plus d’une semaine plus tard, Jaich al-Ezza, le groupe rebelle actif dans le nord de la province de Hama, a annoncé qu’il rejetait l’initiative russo-turque.

De son côté, HTS, qui contrôle avec d’autres groupes djihadistes environ 60 % de la future zone démilitarisée, ne s’est jamais prononcé publiquement sur l’accord. Le groupuscule Houras al-Din, lié à al-Qaïda, l’a lui rejeté. Cependant, la première échéance du 10 octobre, qui concerne le retrait des armes lourdes, semble avoir été respectée.

Pas de reddition

Le 12 octobre, des habitants autour d’Idlib ont reçu des avertissements sur leurs téléphones portables de la part de l’armée syrienne. « Éloignez-vous des combattants. Leur destin est scellé », disait l’un de ces messages.

Le lendemain, plusieurs tirs au mortier venant de la future zone tampon ont visé une position militaire à Jourine, dans le nord de la province voisine de Hama ainsi que des secteurs dans celle d’Alep, selon l’OSDH. Et selon l’OSDH, le régime a aussi bombardé par intermittence ces derniers jours la zone tampon.

Le 14, les djihadistes ont indiqué vouloir poursuivre le combat contre le régime. « Nous n’abandonnerons pas le choix du djihad et du combat », affirme HTS, qui ne dit toutefois pas clairement s’il rejette l’accord.

Dans la nuit du 14 au 15, l’OSDH indique que la date limite fixée pour le départ des djihadistes est passée sans aucun signe montrant que ceux-ci se sont retirés de la future zone « démilitarisée ». Le 15, le chef de la diplomatie syrienne, Walid Mouallem, affirme que Damas a besoin de « temps » pour vérifier la mise en oeuvre de l’accord.