La coopération internationale, c’est largement l’affaire des jeunes

Une consultation élargie tenue en 2012-2013 par l’Observatoire jeunesse Oxfam-Québec auprès des jeunes coopérants québécois dénote que ceux-ci jettent un regard assez critique sur la coopération dans ses formes actuelles.
Photo: Éric St-Pierre Une consultation élargie tenue en 2012-2013 par l’Observatoire jeunesse Oxfam-Québec auprès des jeunes coopérants québécois dénote que ceux-ci jettent un regard assez critique sur la coopération dans ses formes actuelles.

Ils ont entre 16 ans et le milieu de la trentaine. Plusieurs ont poursuivi des études en vue de faire carrière en coopération internationale et ont effectué des stages bénévoles dans des pays étrangers durant et même après leur parcours scolaire. Ces jeunes-là ne s’embarrassent pas de frontières dans leur vision du monde : ils aspirent plutôt à ce que leurs compétences et leurs idées soient davantage reconnues.

Telle est la ligne directrice ressortant d’une consultation élargie tenue en 2012-2013 par l’Observatoire jeunesse Oxfam-Québec (OJOQ) auprès des jeunes coopérants québécois. Au point de départ, cette question était posée : quelle est la place qui leur est réservée en coopération internationale ? Rafaëlle Sinave, coordonnatrice de cet organisme qui a pris sa forme actuelle avec l’intégration du Club 2/3 en 2005, se charge de sa présentation : « Il y a un engagement accru d’Oxfam à l’endroit des jeunes qui s’est alors produit et qui a engendré des changements. »

L’OJOQ apparaît comme une instance décisionnelle majeure sur le plan de leur engagement : « Oxfam peut compter sur l’Observatoire à titre d’organisation consultative ; on forme en quelque sorte un comité permanent du conseil d’administration composé de 15 membres jeunesse qui sont constamment consultés sur le plan stratégique et sur les différentes décisions qui sont prises ; deux d’entre eux siègent d’office au conseil d’administration. Notre priorité, c’est que le volet jeune demeure au coeur des priorités pour Oxfam. »

 

En phase d’écoute

L’OJOQ assure de plus une sorte de veille globale sur ce qui se passe sur le plan de la jeunesse et de la coopération au Québec : « C’est la raison pour laquelle on mène des travaux comme la consultation que nous avons tenue : on s’intéresse aux enjeux émergents du développement international et aux défis auxquels les jeunes sont confrontés, dans ce contexte-là, au Québec, au Canada et ailleurs. On a donc comme un double mandat, interne et externe. »

Une prise de conscience est devenue l’élément déclencheur de la consultation, signale la coordonnatrice : « On s’est rendu compte que ce que nous avions en commun, nous les jeunes, c’est que nous sommes formés, engagés et expérimentés ; on voulait pour cette raison exercer une sorte d’influence sur la coopération d’aujourd’hui ; on voyait aussi que notre génération se montre très critique envers cette coopération dans sa forme actuelle. »

Il a donc été décidé de laisser la parole sur ce sujet à des jeunes âgés de 16 à 35 ans appartenant à divers milieux pour connaître leur point de vue : « On se disait surtout que, pour développer des pratiques ancrées dans la réalité contemporaine actuelle, il est quand même important que les acteurs de la coopération soient sensibilisés à ce que la jeunesse pense de celle-ci. » Quelque 250 jeunes ont donc répondu à six questions, sous la forme de groupes de discussion à l’échelle de tout le Québec, dans différents contextes ou événements auxquels ils participaient.

Revendications

« Les jeunes jettent un regard assez critique sur la coopération dans ses formes actuelles », lance Rafaëlle Sinave, au terme des échanges qui ont eu lieu : « On voit au fond qu’ils dénoncent l’idée d’une vision unique du développement qui s’impose aux pays du Sud. Ils s’en prennent aussi à la trop grande dépendance envers le financement du gouvernement de la part des organisations de la société civile au Québec ; celle-ci entraîne vraiment des conséquences importantes dans leurs pratiques. »

Après avoir cerné les causes de cette perte d’autonomie, la coordonnatrice tire cette conclusion : « Les jeunes disent que les organismes de coopération internationale à but non lucratif sont davantage préoccupés de se conformer aux exigences du bailleur de fonds et d’assurer leur propre survie, plutôt que de répondre réellement aux besoins de leurs partenaires locaux. » Une telle critique est souvent apparue et, à partir de ce constat désolant, ils lancent cette idée : « Ils considèrent qu’il serait intéressant d’envisager la mise sur pied d’une agence québécoise de solidarité internationale ; ce serait là une bonne façon de préserver l’expertise du Québec en cette matière, dans un contexte où, sous la gouverne fédérale, la coopération se teinte du spectre commercial. »

Finalement, pour faire suite à la consultation, l’OJOQ tiendra une journée de réflexion le 13 novembre, durant laquelle les participants seront invités à échanger autour de cette question : « Au-delà des stages, quelle est la place des jeunes en coopération internationale ? »

Au-delà du bénévolat

Mia Choinière remplit depuis peu les fonctions de secrétaire bénévole de l’Observatoire jeunesse Oxfam-Québec. Détentrice d’un bac en coopération internationale de l’Université d’Ottawa, elle exerce sur le plan professionnel les fonctions d’analyste de projets en rapport avec le développement international ; elle figure de la sorte comme une exception dans un monde où les jeunes arrivent difficilement à trouver du travail en fonction des compétences acquises.

Après avoir effectué un stage au Vietnam durant ses études et à la suite de diverses expériences, elle apporte ce témoignage personnel sur le jeune coopérant québécois : « J’ai plusieurs amis qui se sont peu à peu désillusionnés parce qu’ils n’arrivaient pas à entamer une carrière dans leur domaine, même s’ils étaient adéquatement formés et s’ils détenaient une maîtrise ou un doctorat et même s’ils avaient effectué plusieurs stages. »

Face à une telle réalité, quelles sont les aspirations des jeunes en coopération par rapport à leurs interventions sur le terrain et à la place qu’ils occupent dans les organismes ? « Au départ, ils font preuve d’un certain idéalisme, mais il y a certains principes qu’on devrait respecter dans la coopération internationale. Quand je fais des évaluations de grandes fondations, il apparaît souvent que les orientations stratégiques des programmes sont dictées par les bailleurs de fonds ; il existe vraiment un décalage entre ce qui devrait être et ce qui se passe en ce moment. »

Elle vante l’apport des jeunes dans ce milieu, tant sur le plan des compétences que des initiatives, mais elle déplore du même souffle que « leurs idées ne soient pas très bien reçues. Une autre de leurs aspirations, ce serait de sentir que leur contribution est vraiment valorisée et qu’il y a une place pour eux. C’est bien qu’ils puissent faire valoir leur point de vue pendant une consultation, mais, par la suite, ce serait encore mieux s’ils pouvaient prendre des décisions et gérer des budgets. »