D'Oxfam-Québec à Jeunesse Canada monde - « L'avenir du monde est sur les bancs d'école »

Jessica Nadeau Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Coopération internationale

Désengagés, les jeunes? Ce n'est certainement pas le constat que font les responsables des organisations de solidarité internationale, qui observent plutôt une recrudescence de la participation des jeunes dans les mouvements de coopérants. Non seulement ils sont de plus en plus nombreux à s'engager, mais ils sont également plus informés que jamais, au point où les organisations doivent adapter leurs formations. Tour d'horizon sur l'engagement des jeunes dirigeants de demain.

Chaque année, au mois de mai, ils sont des milliers à descendre dans la rue pour réclamer un monde plus juste, des jeunes du secondaire qui viennent de partout au Québec et qui convergent vers le parc Lafontaine, à Montréal, pour participer à la marche du Club 2/3, la division jeunesse d'Oxfam-Québec. Pour eux, c'est l'aboutissement d'une année d'engagement au quotidien dans leur école respective sur le thème de la solidarité internationale, de la citoyenneté active et de la consommation responsable.

«Le feeling de gang, c'est incontournable quand tu es adolescent, explique le cofondateur de l'organisme, Jean-Pierre Denis. Quand on est entouré de 15 000 jeunes qui veulent la même chose que soi, c'est très valorisant et ça favorise l'émergence de la citoyenneté active.»

Tournée d'écoles

C'est en 1970, au retour d'un voyage initiatique en Haïti, que Jean-Pierre Denis, alors âgé de 15 ans, fonde le Club 2/3. Lui et ses compagnons de voyage décident de faire la tournée des écoles de leur quartier pour témoigner de ce qu'ils ont vu.

L'adolescent de l'époque était loin d'imaginer que son petit groupe, formé autour de l'animateur de pastorale de l'école, deviendrait, quarante ans plus tard, une véritable institution pour les jeunes qui souhaitent changer le monde. Mais il était convaincu d'une chose, c'est que cette expérience l'avait changé à jamais. «On avait fait un deal, à notre retour d'Haïti, qu'on ne se coucherait pas un seul soir sans avoir essayé de contribuer à la construction d'un monde plus juste.»

Ce monde plus juste, il tente de l'atteindre par le biais des jeunes qui le suivent, plus nombreux que jamais, dans son rêve d'adolescent. À travers les activités du Club 2/3 dans les écoles, il sensibilise les jeunes pour les amener à un certain niveau de sensibilisation et leur propose des actions concrètes qu'ils peuvent appliquer dans leur quotidien.

«On forme les futurs dirigeants, les prochains députés, maires, directeurs de grande entreprise, consommateurs, citoyens... L'avenir du monde est sur les bancs d'école en ce moment. On leur inculque une meilleure compréhension du monde, on leur suggère des pistes d'action pour être de jeunes citoyens du monde. Ça prend du temps, mais c'est ça, l'éducation.»

Qui sont ces jeunes qui choisissent de s'engager? «Le profil type, répond Jean-Pierre Denis, c'est certainement trois filles pour un gars. Et je soupçonne le gars d'être là parce qu'il y a trois filles!»

Ce qu'ils réclament? De la justice. Et un développement durable, qui passe par une vision économique autre que celle qui prévaut actuellement. «Pour les jeunes d'aujourd'hui, l'environnement et la justice sociale, c'est intimement lié.»

Une soif d'engagement


Pour Katina Binette, responsable du programme Québec sans frontières, un programme de stages d'initiation à la coopération internationale destiné aux jeunes de 18 à 35 ans, il n'y a pas de modèle unique. «C'est très varié. On a des jeunes qui viennent d'arriver au cégep et qui souhaitent vivre une expérience à l'international, certains sont interpellés par l'aspect plus culturel et la découverte d'un autre pays. Il y en a d'autres qui sont à l'université et qui veulent travailler dans l'humanitaire plus tard, qui voient donc le stage comme une porte d'entrée.»

Selon elle, le point commun de tous ces coopérants, c'est l'attrait de la découverte et le besoin de s'engager. «Ces jeunes-là s'engagent même ici, au Québec, dans différentes sphères, ils ont une soif d'engagement et d'action citoyenne.»

Elle observe, depuis une quinzaine d'années, que la solidarité internationale jouit d'une popularité croissante auprès des jeunes, un phénomène qu'elle attribue notamment aux nouvelles technologies. «Avec l'arrivée d'Internet, il y a une nouvelle ouverture sur le monde, ça fait en sorte que les jeunes ont envie de partir à la découverte et de s'engager.»

Les jeunes qu'elle côtoie — ils sont, bon an mal an, environ 350 à s'engager bénévolement comme coopérants aux quatre coins du monde — représentent bien, selon elle, la jeunesse québécoise. «Ce sont des jeunes très dynamiques, qui sont très engagés, que ce soit en environnement ou sur le plan social et politique... Ce sont des jeunes informés, politisés et très critiques en général. Même nous, les organisations qui offrent des stages, nous avons dû nous adapter. Avant, nous donnions des formations de base. Maintenant, il faut augmenter le niveau des connaissances parce qu'ils sont déjà très informés, très engagés.»

Quelle place pour les jeunes ?

Et si les jeunes peuvent parfois sembler apathiques ou désengagés, c'est peut-être parce que la société ne leur laisse pas assez de place, estime pour sa part Sébastien Maillette, coordonnateur de l'engagement du public pour l'organisme Jeunesse Canada monde.

«On les incite à s'engager, mais on ne les invite pas nécessairement à participer aux réunions d'importance, on ne leur demande pas de participer ou même d'écouter et de mettre en pratique leurs suggestions. Ils sont généralement relégués à de petites tâches mineures qui ne les inspirent pas toujours à maintenir leur engagement.»

Par la coopération internationale, les jeunes trouvent bien souvent leur voie. Ils partent à la découverte du monde, mais ils se rencontrent en chemin, constate Sébastien Maillette.

«On pousse les jeunes à choisir un chemin de carrière assez tôt et, souvent, ils ne sont pas prêts. Ils arrivent au cégep ou à l'université et ne sont pas certains de leur choix. Plusieurs décident de prendre une année sabbatique et en profitent pour voyager. Mais ils ne voient pas à quel point ça les aide à découvrir qui ils sont, quelle est leur place, non seulement dans le monde, mais dans leur société et leur collectivité. Plusieurs jeunes nous disent, au retour, que le voyage a changé leur vie et qu'ils savent désormais ce qu'ils veulent faire.»

Certains les qualifieront d'utopistes, de «pelleteux de nuages». Jean-Pierre Denis, le fondateur du Club 2/3, répond qu'il n'y a rien de mal à alimenter l'utopie. Au contraire. C'est, selon lui, d'abord et avant tout une question de survie. «Si on est conscient, mais réellement conscient des enjeux et du monde dans lequel on vit, il n'y a que deux possibilités: l'utopie ou la mort. Nous autres, on a choisi l'utopie...»

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Collaboratrice du Devoir