Liban: Rice pose ses conditions

Le premier ministre libanais Fouad Siniora est allé accueillir la secrétaire d’État américaine Condolezza Rice lors de son passage à Beyrouth. Venant de Chypre, Mme Rice est arrivée hier en hélicoptère dans la capitale libanaise, ville pilonné
Photo: Agence France-Presse (photo) Le premier ministre libanais Fouad Siniora est allé accueillir la secrétaire d’État américaine Condolezza Rice lors de son passage à Beyrouth. Venant de Chypre, Mme Rice est arrivée hier en hélicoptère dans la capitale libanaise, ville pilonné

À peine arrivée dans la région, la secrétaire d'État américaine Condolezza Rice a exposé hier au Liban des propositions pour mettre fin à la guerre entre Israël et le Hezbollah, mais elle a souligné qu'un cessez-le-feu ne pouvait intervenir que dans le cadre d'un accord plus large. De son côté, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a dit qu'il plaiderait en faveur d'une trêve et du déploiement d'une force internationale dans le sud du Liban lors de la conférence ministérielle prévue demain à Rome.

Venant de Chypre, Mme Rice est arrivée en hélicoptère à Beyrouth, ville pilonnée à plusieurs reprises par l'aviation israélienne depuis le début de l'offensive de Tsahal, il y a 13 jours. Elle a fait part de sa sympathie au gouvernement libanais, mais n'a guère apporté d'espoir d'un arrêt immédiat du conflit. «Merci pour votre courage et votre fermeté», a-t-elle déclaré au premier ministre libanais Fouad Siniora, qui plaide jour après jour en faveur d'une trêve immédiate.

Statu quo impossible

La secrétaire d'État américaine a déclaré ensuite à Nabih Berri, président du Parlement libanais et chef du mouvement chiite Amal, que «la situation à la frontière ne saurait revenir à ce qu'elle était avant le 12 juillet», date de la capture de deux soldats israéliens, a-t-on rapporté de source politique libanaise. Mme Rice a ajouté qu'il n'y aurait pas de cessez-le-feu tant que la milice islamiste n'aurait pas libéré sans conditions les deux soldats et replié ses combattants à 20 km environ de la frontière.

M. Berri n'a pas rejeté la proposition américaine, mais a dit qu'il faudrait une séquence d'événements — «cessez-le-feu, échange de prisonniers et ensuite discussion de toutes les autres questions», dit-on de même source. Dirigeant pro-syrien, M. Berri joue un rôle d'intermédiaire entre M. Siniora et le Hezbollah depuis que la guerre a éclaté. Le secrétariat du premier ministre a même laissé entendre que M. Siniora était plus ouvert à la proposition de Mme Rice, précisant qu'il avait discuté des idées qu'elle a exposées et de «moyens de les développer».

La réunion entre la secrétaire d'État américaine et Nabih Berri s'est toutefois conclue par le maintien des «divergences», a indiqué une source libanaise. «Il n'y a pas eu d'accord car Mme Rice a insisté sur la mise en place d'un mécanisme de règlement global avant un cessez-le-feu», a précisé cette source proche du président du Parlement libanais. «Mme Rice a posé comme préalable à un cessez-le-feu un retrait du Hezbollah au-delà du fleuve Litani [à une vingtaine de kilomètres de la frontière libano-israélienne] et le déploiement d'une force internationale dans cette zone, ce qui faciliterait, selon elle, le retour des personnes déplacées», a ajouté cette source.

Du côté d'Israël, où Condolezza Rice est arrivée dans la soirée, on exige carrément la libération de ses soldats et le repli du Hezbollah comme préalable à l'arrêt de ses bombardements meurtriers.

Force internationale

Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a soutenu de son côté qu'il plaiderait en faveur d'une trêve et du déploiement d'une force internationale dans le Sud-Liban lors de la conférence ministérielle prévue demain à Rome pour tenter de dénouer la crise. «Ce qui compte, c'est que nous quittions Rome avec une stratégie concrète sur la manière dont nous allons traiter [la situation], et que nous ne partions pas les mains vides en tirant un trait, une fois encore, sur les espoirs de ceux qui sont pris dans ce conflit», a-t-il affirmé.

Concernant les modalités d'organisation de la force internationale qui sera au menu des discussions, M. Annan a déclaré qu'il avait d'abord envisagé une extension du contingent de l'ONU déjà en place au Liban (la FINUL). Mais il avait noté que plusieurs pays étaient favorables à une opération multinationale. «L'avantage avec une force qui ne vient pas de l'ONU, c'est que, parfois, les gouvernements parviennent à un déploiement beaucoup plus rapide, a précisé Kofi Annan. Mais certains se sentent plus à l'aise avec une force de l'ONU.»

La Force intérimaire des Nations unies au Liban, dont la présence remonte à 1978, est constituée de 2000 hommes, mais son mandat est faible. Condoleeza Rice a donc plutôt demandé la constitution d'une force «solide» pour la remplacer. La France et la Turquie sont pressenties pour prendre la direction d'une telle force, et l'Italie, la Grèce et le Brésil seraient prêts à y participer. Il n'est toutefois pas exclu que le Hezbollah s'oppose à une telle initiative militaire internationale, à supposer qu'une force efficace de cette nature puisse être mise sur pied.

M. Annan a en outre affirmé que l'on ne pouvait désarmer le Hezbollah «par la force uniquement» et qu'un accord politique appuyé par les pays de la région était nécessaire. Le secrétaire général a aussi souhaité que la conférence de Rome soit l'occasion de formuler des concepts pour un cessez-le-feu à court terme, ou trêve, qui permette de mettre fin aux massacres «des deux côtés» et d'acheminer l'aide humanitaire. Il faudrait ensuite travailler à la mise en place d'un cessez-le-feu à long terme, car «personne ne veut revenir à la situation antérieure, y compris les Libanais», a-t-il précisé.

Les combats se poursuivent

Mais malgré les appels au cessez-le-feu d'une partie de la communauté internationale, Israël et le Hezbollah poursuivaient les hostilités hier. Les troupes de l'État hébreu ont étendu leurs opérations dans le sud du Liban, s'emparant des hauteurs de Bint Djbeil, baptisée «capitale de la résistance» en raison de son soutien au Hezbollah durant l'occupation israélienne de 1982 à 2000. La progression des chars en direction de Bint Djbeil, à 4 km environ à l'intérieur du territoire libanais, visait à rechercher des combattants du Hezbollah et des sites de tirs de roquettes. Israël a l'intention de procéder à un ratissage de la ville, devenue, selon le général Miri Regev, porte-parole de l'armée, un centre de tir de roquettes Katioucha «pour les terroristes du Hezbollah».

Par ailleurs, des tirs de roquettes ont atteint Haïfa, Nahariya et la ville frontalière de Shlomi, faisant au moins quatre blessés. Bint Djbeil est située à environ deux kilomètres au nord de Maroun al-Ras, autre bastion du Hezbollah sous contrôle israélien depuis la fin de semaine. Une grande partie des 30 000 habitants de Bint Djbeil ont fui, mais pas tous.

D'après le général israélien Alon Friedman, l'opération terrestre dans le sud du Liban a pris de l'ampleur et devrait se poursuivre pendant encore dix jours, en même temps que les raids aériens. L'aviation israélienne a d'ailleurs tué au moins huit personnes et en a blessé une cinquantaine hier dans le sud du pays. Un raid aérien a aussi frappé un faubourg chiite de Beyrouth.

Le Hezbollah a pour sa part dit avoir abattu un hélicoptère israélien et touché cinq chars au cours des combats. L'armée israélienne s'est contentée de dire qu'un de ses hélicoptères s'était écrasé et que ses deux occupants avaient été tués. Elle a aussi fait savoir que deux de ses soldats avaient été tués dans des affrontements avec le Hezbollah.

L'organisation Human Rights Watch a par ailleurs accusé l'artillerie israélienne d'avoir utilisé des munitions à fragmentation lors d'une attaque sur le village de Blida dans le sud du Liban, le 19 juillet, qui a fait un mort et blessé au moins 12 civils, dont sept enfants. Selon Human Rights Watch, les enquêteurs de l'organisation ont photographié des munitions à fragmentation dans l'arsenal des équipes de l'artillerie israélienne à la frontière israélo-libanaise.

Depuis le début des hostilités le 12 juillet, 384 personnes ont été tuées au Liban, dont 20 soldats libanais et 11 militants du Hezbollah, selon les services de sécurité libanais. En Israël, le bilan s'élève à

36 morts, dont 17 civils tués par les roquettes du Hezbollah et 19 soldats tombés au combat. Au moins 600 000 Libanais sont déplacés, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Et malgré les nombreuses évacuations d'étrangers, il semble qu'un groupe de 300 Américains et une centaine d'Européens restaient bloqués dans des villages au sud du port de Tyr, selon un responsable militaire allemand.

Avec l'Agence France-Presse, Associated Press et Reuters

À voir en vidéo