Israël intensifie ses raids

Le Liban a continué hier d'être la cible de raids israéliens qui ont fait plus de 200 morts depuis le début de l'offensive, alors que le Hezbollah libanais a de nouveau bombardé aux roquettes Haïfa, la troisième ville d'Israël, malgré les appels à un cessez-le-feu.

Au sixième jour de l'offensive israélienne, au moins 46 civils ont été tués, dont 12 par un missile qui a touché de plein fouet leur minibus au sud de Beyrouth. Neuf soldats ont également péri, alors que les corps de dix membres d'une même famille ont été retirés des décombres d'un immeuble visé la veille par un raid aérien.

L'armée israélienne a intensifié ses raids contre plusieurs cibles au Liban, dont le port de Beyrouth, et le Hezbollah a tiré des dizaines de roquettes sur le nord d'Israël, notamment sur Haïfa, faisant neuf blessés. L'aviation a mené des raids incessants contre des positions et institutions du Hezbollah, des dépôts d'essence, des stations radars, des bases de l'armée libanaise, des ponts et des routes, ainsi que le port de Beyrouth.

En Israël, six personnes ont été blessées dans des tirs de roquettes du Hezbollah sur Haïfa, à une quarantaine de kilomètres de la frontière du Liban. La veille, huit personnes avaient péri dans une attaque similaire. Trois personnes ont été blessées dans le village israélien de Talel par les tirs d'une quinzaine de roquettes. D'autres se sont abattues à Saint-Jean d'Acre et, pour la première fois, près de Afoula et Nazareth. Au total, 12 personnes ont péri en Israël depuis mercredi dernier.

Et hier soir, une véritable pluie de roquettes Katioucha tirées par le Hezbollah à partir du Liban s'est abattue sur la Haute-Galilée, dans le nord d'Israël, a-t-on appris de source militaire israélienne. Pas moins de 17 kibboutz (village collectifs) et localités ont été touchés par ces salves.

L'opération israélienne, la plus importante depuis l'invasion du Liban en 1982, a coûté la vie à au moins 195 civils et à 12 soldats, et blessé plus de 400 personnes depuis son lancement.

Au moins une semaine

L'opération israélienne, menée depuis le 12 juillet, se poursuivra «au moins une semaine encore», a affirmé le général Moshé Kaplinski, chef d'état-major adjoint de l'armée. Israël disposerait en effet d'environ une semaine avant que la pression internationale ne devienne trop forte pour poursuivre avec la même intensité son offensive au Liban, ont estimé hier des sources proches de la sécurité israélienne.

L'État hébreu a été soutenu jusqu'à maintenant par les États-Unis, qui ont mis de l'avant son «droit de se défendre» et se sont montrés bien moins critiques que l'Union européenne et les Nations unies. Mais Washington ne pourra pas empêcher éternellement qu'un cessez-le-feu soit exigé, affirment ces sources israéliennes et des diplomates occidentaux.

Tout en soutenant sa campagne militaire, les États-Unis ont commencé à réclamer qu'Israël achève son opération sans trop tarder, a expliqué un diplomate occidental.

Les membres du Conseil de sécurité de l'ONU discutent du déploiement d'une force de sécurité multilatérale dans le Liban-Sud, une décision qui entraverait sérieusement la poursuite des raids israéliens.

À New York, le Conseil de sécurité de l'ONU a examiné un appel des pays du G8, qui se sont prononcés pour l'envoi sur place d'une force de stabilisation, mais aucune décision n'a été annoncée à l'issue de deux heures de consultations à huis clos. Plus tôt, en Russie, le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan a demandé à toutes les parties de conclure une trêve pour permettre la mise en place d'une force internationale de stabilisation à la frontière israélo-libanaise.

«L'heure de vérité»

Dans un discours très ferme, le premier ministre israélien Éhoud Olmert a affirmé que son pays était «à l'heure de vérité» et allait continuer la lutte contre «le terrorisme». «Nous frapperons quiconque veut nous frapper et toute infrastructure terroriste, jusqu'à ce que le Hezbollah et le Hamas cessent de nous attaquer», a-t-il dit à la Knesset.

Il a affirmé qu'Israël n'avait pas cherché le conflit avec le Liban et le Hezbollah ni avec les activistes du Hamas dans la bande de Gaza. Mais maintenant que les forces israéliennes sont déployées sur le terrain, a-t-il ajouté, elles ne reculeront pas avant que les objectifs soient atteints.

Le premier ministre a ajouté qu'Israël se battait «pour ce qui est une évidence dans n'importe quel pays éclairé, le droit à une vie normale». «Il est des jours dans la vie d'une nation où elle doit faire face à la réalité et dire "trop, c'est trop". Et je le dis à tout le monde, nous en avons assez», a ajouté Olmert.

Il a en outre dénoncé «l'axe du mal» qui passe par Téhéran et Damas, l'accusant d'être responsable des violences lancées depuis le Liban contre Israël. «Nous ne cherchons pas la guerre, mais si elle est nécessaire, nous ne nous déroberons pas», a-t-il affirmé.

M. Olmert a déjà posé trois conditions à un cessez-le-feu au Liban: libération des deux soldats, arrêt des tirs de roquettes et application d'une résolution de l'ONU (1559) sur le désarmement du Hezbollah.

Le Hezbollah a dit qu'il n'accepterait qu'un cessez-le-feu inconditionnel. «Toute condition pour un cessez-le-feu est inacceptable», a affirmé Abdallah Kassir, membre du conseil central de la formation chiite.

Évacuation

Entre-temps, les opérations d'évacuation de leurs ressortissants ont été lancées par plusieurs ambassades occidentales après la fermeture de l'aéroport international de Beyrouth, plusieurs fois bombardé (voir le texte en page A 6).

Pour sa part, le premier ministre libanais Fouad Siniora a déclaré hier qu'Israël a déjà infligé des milliards de dollars de dégâts aux infrastructures du pays. «Israël est à présent un pays terroriste qui commet chaque jour un acte de terrorisme», a dit le premier ministre libanais. «Ce qu'Israël a entrepris, c'est de mettre ce pays en morceaux.»

Siniora, chef du premier gouvernement antisyrien du Liban depuis près de 20 ans, a déclaré que les pertes matérielles représentaient des milliards de dollars et s'ajoutaient aux préjudices causés aux commerçants et aux investisseurs. «Israël essaie de ramener le pays 50 ans en arrière», a-t-il dit.

Siniora et son gouvernement se sont désolidarisés la semaine dernière de l'attaque transfrontalière du Hezbollah.

Par ailleurs, le ministre des Affaires étrangères iranien, Manouchehr Mottaki, et des responsables syriens se sont rencontrés hier en Syrie pour discuter du conflit entre le Hezbollah et Israël, rapporte l'agence officielle de presse Sana. Mottaki, en Syrie pour une brève visite, a remis au président Bachar al-Assad une lettre de son homologue Mahmoud Ahmadinejad. Selon Sana, le président iranien y promet de venir en aide à la Syrie en cas de menaces.

À Gaza

L'armée israélienne a poursuivi ses raids aériens contre des ministères palestiniens, afin de maintenir la pression sur le gouvernement du Hamas, tenu responsable par Israël de l'enlèvement de son soldat. Pour la deuxième fois en cinq jours, l'armée israélienne a frappé le ministère des Affaires étrangères à Gaza, qui a été entièrement détruit.

«Le bombardement des ministères palestiniens prouve que le but de ces actions est de paralyser le travail du gouvernement palestinien et de détruire les fondements du système politique palestinien», a déclaré le premier ministre du Hamas Ismaïl Haniyeh.

Par ailleurs, des chars, des véhicules blindés et des bulldozers étaient présents au centre de Beit Hanoun où deux Palestiniens ont été tués, selon le directeur de la municipalité Sofiane Hamed.

Des tireurs d'élite israéliens ont pris le contrôle des immeubles les plus hauts, a-t-il précisé. Selon lui, «l'armée israélienne contrôle près de 80 % de la ville». L'armée israélienne a confirmé qu'elle opérait dans la ville «car les tirs de roquettes se sont poursuivis». Huit roquettes artisanales se sont en effet abattues en territoire israélien, sans faire de victimes, selon l'armée.

L'opération «Pluie d'été», destinée à retrouver le soldat enlevé et mettre fin aux tirs de roquettes, a fait au moins 86 morts palestiniens, en grande majorité des civils, et un soldat israélien a été tué.

Ryad réagit

L'Arabie Saoudite a durci ses critiques hier à l'encontre des activistes du Hezbollah et du Hamas, affirmant qu'ils avaient permis à Israël de déclencher une guerre contre leurs peuples.

«Certains groupes et certains éléments se sont marginalisés et se sont mis à prendre seuls des décisions dont Israël a tiré parti pour mener une guerre meurtrière contre le Liban et pour emprisonner le peuple palestinien tout entier», dit un communiqué du gouvernement saoudien.

«L'Arabie Saoudite se tient aux côtés des forces nationales légitimes et sensées du Liban et de la Palestine occupée pour combattre ces dangers menaçant la nation arabe et musulmane», ajoute le communiqué.

La semaine dernière, l'Arabie Saoudite avait déjà implicitement critiqué le mouvement chiite libanais et ses soutiens iraniens en imputant aux «éléments de l'intérieur» du Liban et à ceux «qui sont derrière eux» la responsabilité des affrontements avec Israël.

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