L'Église polonaise est secouée par ses prêtres collaborateurs

Le père Michal Czajkowski est bien l'agent secret Jankowski qui a collaboré avec la police politique communiste polonaise de 1960 à 1984.

Intellectuel de renom, professeur à l'université catholique du cardinal Stefan Wyszynski de Varsovie et coprésident du Conseil polonais des chrétiens et des juifs, le prêtre, âgé de 72 ans, a lui-même reconnu les faits. «Je veux demander pardon, particulièrement à ceux que j'ai blessés. Ma faute est indiscutable», a-t-il déclaré mardi 11 juillet après que le célèbre mensuel catholique Wiez a rendu publiques les conclusions d'un rapport confirmant les accusations portées contre lui.

Deux mois plus tôt, alors que l'affaire venait d'éclater dans les médias et d'ébranler l'opinion publique, le père Czajkowski avait pourtant fermement démenti les accusations de collaboration avec la police secrète communiste (SB). Résultat de plusieurs semaines d'enquête, le rapport publié par Wiez a été rédigé à quatre mains. Parmi lesquelles, celle d'Andrzej Friske, historien et membre du conseil de l'Institut de la mémoire nationale (IPN), qui abrite les archives de la police communiste.

Conclusions

Les conclusions sont formelles: pendant 24 ans, le père Czajkowski a renseigné la police politique sur les activités de l'opposition démocratique, en particulier sur les milieux gravitant autour de l'université catholique de Lublin (sud-est) et sur la curie de Wroclaw (sud-ouest).

Revenant sur l'affaire, la presse polonaise s'est longuement interrogée, cette semaine, sur les leçons à tirer. «Il faut pardonner et tourner la page», titrait, mercredi, le quotidien Rzeczpospolita, alors que Gazeta Wyborcza souligne les divisions, au sein de l'Église polonaise, sur les méthodes à adopter pour faire la lumière sur la collaboration du clergé.

L'opération visant à démasquer les anciens collaborateurs de la police communiste au sein du clergé est d'autant plus sensible pour l'Église que, selon l'IPN, 10 % à 15 % des religieux auraient à l'époque collaboré avec la SB.

Réactions

Archevêque de Lublin, Jozef Zycinski s'est félicité du rapport «objectif» et «responsable» publié par Wiez sur le «tragique» passé du père Czajkowski. De même, le rédacteur en chef de l'hebdomadaire catholique Tygodnik Powczechny, publié à Cracovie, le père Adam Boniecki, a applaudi la démarche scientifique adoptée par les auteurs du rapport.

Fin mai, le cardinal Stanislaw Dziwisz, archevêque de Cracovie, s'était en revanche opposé à l'initiative d'un prêtre de son diocèse, le père Tadeusz Isakowicz-Zaleski, de faire publier les noms de religieux ayant collaboré. Lui-même victime des services communistes dans les années 80, le père Isakowicz-Zaleski a estimé, après la publication du rapport, que «la seule méthode pour résoudre le problème de la collaboration des prêtres avec la SB, c'est d'enquêter, de purifier et d'expliquer».

S'invitant dans ce débat sensible, le pape Benoît XVI avait envoyé, le 25 mai, au premier jour de sa visite en Pologne, un message clair à l'attention de l'Église polonaise. Tout en prônant «une humble sincérité pour ne pas nier les péchés du passé», il avait demandé de ne pas se livrer à «de faciles accusations en absence de preuves réelles».