«Les colonies du Haut et du Bas-Canada avant et à l’époque des rébellions»: étrangers, mais frères

Bien que d’origine écossaise et presbytérienne, Mackenzie, tient à expliquer Lamonde, est convaincu que «pour les Bas-Canadiens», issus de la Nouvelle-France, «le fait d’être français et catholiques ne les dévalorise pas» et qu’«il faut plutôt les juger sur leurs combats».
Photo: Norbert Robitaille Bien que d’origine écossaise et presbytérienne, Mackenzie, tient à expliquer Lamonde, est convaincu que «pour les Bas-Canadiens», issus de la Nouvelle-France, «le fait d’être français et catholiques ne les dévalorise pas» et qu’«il faut plutôt les juger sur leurs combats».

On ne l’a jamais si bien analysé : le Bas-Canada, futur Québec, et le Haut-Canada, futur Ontario, se rapprochaient dans l’esprit du chef patriote Louis-Joseph Papineau (1786-1871), tribun du premier, et du chef réformiste William Lyon Mackenzie (1795-1861), tribun du second. Cela ressort du livre novateur de l’historien Yvan Lamonde, Les colonies du Haut et du Bas-Canada avant et à l’époque des rébellions, dans lequel le sage Papineau complète le fougueux Mackenzie.

À la différence de Papineau, né au Bas-Canada et dont la famille est canadienne depuis des générations, Mackenzie est né en Écosse et arrive au Canada à l’âge de 25 ans. Ce qui ne l’empêche pas, dans une perspective progressiste, d’embrasser la cause du Haut-Canada, nouvelle colonie britannique où il a tôt fait de s’établir et de militer avec ceux que l’on appelle les « réformistes ».

Bien que d’origine écossaise et presbytérienne, Mackenzie, tient à expliquer Lamonde, est convaincu que « pour les Bas-Canadiens », issus de la Nouvelle-France, « le fait d’être français et catholiques ne les dévalorise pas » et qu’« il faut plutôt les juger sur leurs combats ». Conscient de leur esprit militant, l’historien souligne cependant que « tous les Canadiens ne sont pas patriotes ou réformistes ». Il précise qu’autant dans le Bas que dans le Haut-Canada « les majorités sont loyales ou indifférentes ».

La loyauté à la Couronne britannique et l’indifférence politique n’empêchent pas une résistance. Mais les 92 résolutions de 1834 que le Bas-Canada soumet à Londres pour obtenir de l’autorité coloniale plus d’autonomie et le Seventh Report of Grievances (Septième rapport sur les griefs) de 1835 que le Haut-Canada présente, à son tour, pour des motifs semblables, ne trouvent pas l’accueil escompté de la part du pouvoir impérial. La situation provoque la colère mesurée de Papineau et la déception plus intempestive de Mackenzie.

Les deux chefs politiques s’indignent de la soumission politico-religieuse à l’autorité coloniale que manifestent les revendicateurs modérés en exprimant le sentiment passif de la majorité. Si Mackenzie s’en prendà l’anglicanisme, religion officielle de l’Angleterre et reflet trop souvent de la loyauté britannique des conservateurs, Papineau se heurte au Bas-Canada à Étienne Parent, journaliste de Québec, voix influente des revendicateurs modérés, proches de la loyauté britannique du clergé catholique.

D’héritage français et catholique, le Bas-Canada restait culturellement étranger aux anglo-protestants du Haut-Canada, même à ceux qui fraternisaient politiquement avec sa minorité progressiste. Lamonde laisse s’échapper ce constat très troublant : « Oubliant leur antagonisme habituel, catholiques monarchistes et orangistes impérialistes [c’est-à-dire anticatholiques] font alliance contre » patriotes ou réformistes. À lui seul, le conservatisme politique aurait-il raison de tout ?

Les colonies du Haut et du Bas-Canada avant et à l’époque des rébellions

★★★ 1/2

Yvan Lamonde, PUL, Québec, 2022, 236 pages

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