La sélection de bandes dessinées du mois du juillet

Détail d’une planche de la bande dessinée «Calfboy», de Rémi Farnos Rémi Farnos
Photo: La Pastèque Détail d’une planche de la bande dessinée «Calfboy», de Rémi Farnos Rémi Farnos

Les pigeons sont éternels

 

 

Pour le quatrième tome des aventures de MacGuffin et Alan Smithee, l’auteur Michel Viau (BDQ, Les années Croc) et l’illustrateur Ghyslain Duguay appuient à fond sur l’accélérateur de la référence cinématographique pour notre plus grand plaisir. On retrouve donc notre duo travaillant pour le S6, une agence de services secrets basée à Paris, plongé en plein coeur d’une mission ayant pour objectif de résoudre un curieux vol de pigeons voyageurs. Mission qui les mènera à la fois en Floride, à Cuba et en Louisiane, dans la deuxième moitié des années 1960. Évidemment, l’album est truffé de rappels des grands films d’espionnage, mais se veut aussi un hommage à la culture populaire, autant dans le scénario, dont les gags rappellent un peu la façon d’écrire de Goscinny, que dans le dessin, qui n’est pas sans évoquer le sens du détail de Jean-Paul Eid, époque Jérôme Bigras, ou encore l’univers pop de Red Ketchup. Si vous avez aimé l’OSS 117 de Jean Dujardin, vous y trouverez votre compte !


François Lemay


MacGuffin & Alan Smithee, tome 4 Paloma mi amor
★★★
Michel Viau et Ghyslain Duguay, Éditions du Tiroir, Braine-l’Alleud, 2022, 64 pages

 

Mon nom est Lise

 

C’est avec beaucoup de bonheur que nous retrouvons, pour une dernière fois, l’univers western déjanté de la série Calfboy, qui trouve sa conclusion dans ce troisième tome. Créée par l’auteur français Rémi Farnos (mention « Jeune Talent » du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême en 2014) en 2018, Calfboy raconte l’histoire de Lise, une jeune orpheline désirant devenir chasseuse de prime, et des frères Birden, deux voleurs un peu niais, mais combien attachants. Un peu plus sombre que les deux premiers albums (le thème de la vengeance est un filigrane), on y retrouve quand même ce qui a fait le succès de la série : des dessins qui laissent libre cours à l’imagination du lecteur, des dialogues un peu décalés et, surtout, ce désir constant de tenter un dernier coup (ou du moins de conclure le précédent) avant de se retirer pour de bon et de dépenser tout l’argent du butin. On sourit souvent et, une fois la lecture terminée, on se dit que c’est dommage que ça se termine là. On aurait pris quelques albums de plus.

François Lemay


Calfboy, tome 3
★★★
Rémi Farnos, La Pastèque, Montréal, 2022,80 pages

 

Lapinot le Gaulois

 

Lapinot, le fameux personnage animalier de Lewis Trondheim, tombe dans une forêt. Quand il reprend connaissance, il a encore ses oreilles, dents et pattes de Lapinot, mais il est habillé… en Astérix. Sans gros nez. N’empêche, pour Obélix et les autres, il EST Astérix. Le moment de déni passé (« C’est un tournage ? »), Lapinot opine : il est bel et bien dans l’univers des albums. Tout pareil, à cela près que Trondheim est Trondheim et que les massacres sont bigrement sanglants. Lapinot est horrifié : « Ça te fait rien, à toi, de tuer des gens ? » demande-t-il à Obélix. Qui répond comme Obélix : « Tu voudrais faire comment ? » On comprendra plus loin que la présence de Lapinot en Gaule n’est pas aussi arbitraire qu’il n’y paraît, et qu’il y a d’autres intrus. Extraordinairement habile, Trondheim respecte, dans Par Toutatis !, les codes d’une aventure « normale », l’humour de Goscinny, les caractères de chacun, tout en poursuivant la saga de Lapinot. La parodie se révèle hommage, tendre mise en abyme d’un fan reconnaissant. Et nous tous, fans d’Astérix et de Lapinot, jubilons. Dès le 9 août.

Sylvain Cormier


Les nouvelles aventures de Lapinot, tome 6 Par Toutatis !
★★★★★
Lewis Trondheim, d’après Goscinny et Uderzo, L’Association, Paris, 2022, 48 pages

 

Souterraine et souveraine

 

Ce n’est pas une bande dessinée, mais l’autobiographie illustrée de Trina Robbins, pionnière de l’underground des comics dans les années 1960. Fascinante et multiple, Robbins fut LA fille qui s’imposa parmi les pétés de chez Crumb. Amie de Joni Mitchell, elle est littéralement l’une des Ladies of the Canyon. Son parcours n’est pas facile à résumer en 232 pages : dans Last Girl Standing, on suit comme on peut le fil flou de ses souvenirs et tribulations, ponctués d’exploits et d’avancements majeurs. C’est à elle que l’on doit les premières publications à la fois féministes et entièrement dessinées par des femmes : l’essentiel Wimmens’s Comix, au premier chef. Son style très ligne claire, à l’opposé des cases touffues des gars de l’underground, l’a distinguée autant qu’une Claire Bretécher à Pilote. Ses planches radicales mais aussi lisibles que des Archie vont changer le destin des Betty et Veronica de l’Amérique. Sans la « déesse des bas-fonds du Lower East Side », il n’y aurait pas notre Zviane, et tant d’autres. Sa bio passionnante, ébouriffée, libre, est à 83 ans une réussite de plus.

Sylvain Cormier


Last Girl Standing
★★★★
Trina Robbins, traduit de l’américain par Marie-Paule Noël, Bliss Comics, Bordeaux, 2022, 232 pages
 

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