Zelensky, le résistant ukrainien

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, le 16 juin dernier
Natacha Pisarenko Associated Press Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, le 16 juin dernier

« J’ai besoin de munitions, pas d’un taxi », répond sèchement aux émissaires du président américain, Joe Biden, le président hors norme de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky. Ils lui offrent de l’évacuer. Washington juge sa vie en péril après l’invasion de son pays par la Russie, déclenchée le 24 février 2022, sur l’ordre du président russe, Vladimir Poutine. L’ex-comédien et animateur de télévision devient guerrier de la résistance.

Ce n’est rien de moins qu’une métamorphose pour un homme que la presse internationale ne prenait, hier encore, pas tout à fait au sérieux, allant jusqu’à le comparer, dans la foire électorale, aux candidats fantaisistes, comme le Français Coluche ou l’Italien Beppe Grillo. Installés depuis longtemps dans l’ancienne Union soviétique, les journalistes français Régis Genté et Stéphane Siohan étaient à même d’écrire la biographie de ce président rivé à sa capitale, Kiev, malgré l’invasion.

Grâce à une vidéo qui fait le tour du monde, le voilà non plus en complet-veston avec une cote de popularité, chez ses concitoyens, de 38 %, mais mal rasé et en tee-shirt kaki avec le soutien de 91 % des Ukrainiens. Le 1er mars, il déclare aux médias, en particulier à CNN et à Reuters, qu’il s’agit d’une guerre livrée contre « la vie, la démocratie, la liberté », donc contre le « monde entier ».

Genté et Siohan ont compris que la volonté de Poutine de nier l’originalité culturelle de l’Ukraine pour mieux annexer son territoire à la Russie repose sur une profonde ambiguïté linguistique. Ils expliquent : « L’erreur fondamentale du pouvoir russe est d’assimiler le fait de parler russe à une russophilie ou même à une appartenance à la nation russe. » Ils signalent qu’en mars 2022 une foule de russophones du sud-est de l’Ukraine a crié aux soldats russes envahisseurs de retourner chez eux.

Zelensky lui-même, né en Ukraine en 1978 de parents scientifiques juifs, très intégrés au pays, a eu le russe comme langue maternelle et seulement adopté ensuite par patriotisme l’ukrainien comme langue usuelle. Devant Poutine, qui qualifie les dirigeants ukrainiens de « bande de drogués et de néonazis », Zelensky, dont l’arrière-grand-père et trois grands-oncles furent exterminés selon le plan hitlérien à cause de leur judéité, offre, comme démenti, un déchirant témoignage.

Genté et Siohan rappellent que, depuis 2014, l’extrême droite ukrainienne n’obtient jamais plus de 2 % aux élections. D’autre part, ils précisent que l’orthodoxie du pays a récemment acquis son autonomie religieuse en ne reconnaissant plus la primauté du patriarcat de Moscou, patriarcat trop proche du Kremlin. La diabolisation du pouvoir détenu à Kiev, cette lubie qui a germé dans l’esprit de Poutine, ne serait que le symptôme le plus baroque et le plus criant du déclin de la Russie sur la scène mondiale, puis de sa dérisoire nostalgie impériale.

Volodymyr Zelensky Dans la tête d’un héros

★★★ 1/2

Régis Genté et Stéphane Siohan, Robert Laffont, Paris, 2022, 200 pages

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