«Dictionnaire amoureux d’Istanbul»: Istanbul, ville aimée

Le dernier ouvrage de Metin Arditi
Photo: Plon/Grasset Le dernier ouvrage de Metin Arditi

Depuis des siècles, la ville captive les esprits. De Byzance à Constantinople puis à Istanbul, ce lieu convoité, à la jonction du Bosphore et de la mer de Marmara, a été pendant des siècles le creuset du brassage de multiples influences culturelles, religieuses, ethniques et architecturales.

Aux yeux de Metin Arditi, écrivain suisse francophone d’origine turque, né à Ankara en 1945 dans une famille d’origine séfarade (des juifs chassés d’Espagne au XVe siècle), Istanbul est la « ville insaisissable par excellence », résultat de l’empilage de cultures qui s’y sont installées au fil de ses vingt siècles d’existence.

Mais dès l’âge de sept ans, après y avoir passé « une petite enfance tendre et douce », Metin Arditi a dû s’exiler dans un internat en Suisse, revenant passer tous ses étés à Istanbul — ou dans une île où sa famille possédait une résidence. Une rupture qui a pu alimenter chez lui très tôt la nostalgie de cette ville fascinante et tentaculaire.

Dans les rues de l’Istanbul de son enfance, où les accents et les langues se mélangeaient, se croisaient Turcs, Grecs, Juifs séfarades, Juifs ashkénazes, Arméniens, Russes et « Levantins ». Et malgré toutes les juxtapositions et tous les métissages, à Istanbul, pour lui, « l’Orient finit toujours par avoir le dessus. »

Auteur d’une quinzaine de romans, il nous offre son Dictionnaire amoureux d’Istanbul, enchanté, forcément subjectif et lacunaire. « Seuls les esprits candides, dit-il, éprouveront le sentiment d’avoir saisi cette ville. Les autres courront derrière elle, cherchant à la comprendre. Ce sont eux qui en retireront les plaisirs les plus délicats. »

Revendiquant pour sa part une relation « passionnelle, admirative, charnelle » avec la ville, assez peu contemporaine, Metin Arditi s’intéresse surtout aux fabuleuses mosquées de la ville, parle baklava et café turc, convoque les derviches tourneurs ou le i sans point, la confiture de roses et l’aubergine. Car « si Proust avait grandi en Turquie, sa madeleine aurait un arôme d’aubergines en train de griller sur le feu ».

Il nous livre au passage des recettes et des adresses, en plus d’une promesse éternelle : « Istanbul échappera toujours à ceux qui sauront l’aimer. »

Dictionnaire amoureux d’Istanbul

★★★

Metin Arditi, Plon/Grasset, Paris, 2022, 530 pages

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