«La bibliothèque de minuit»: livre de comptes

Coincée entre la vie et la mort, Nora Seed se retrouve donc dans cette «bibliothèque de minuit» dont elle est l’unique usagère.
Photo: Mazarine Roman Coincée entre la vie et la mort, Nora Seed se retrouve donc dans cette «bibliothèque de minuit» dont elle est l’unique usagère.

« Dix-neuf ans avant de décider de mourir, Nora Seed était à Bedford, bien au chaud dans la petite bibliothèque de l’école Hazeldene. » Ce sont les mots de départ de La bibliothèque de minuit de Matt Haig, auteur anglais qui pratique la fiction jeunesse et pour adultes, de même que la non-fiction, avec talent, succès… et bonheur (puisque c’est l’un de ses sujets de prédilection).

Dix-neuf ans plus tard, Nora Seed est ailleurs et nulle part, dans une « bibliothèque ». C’est qu’à 35 ans, elle a jugé que sa vie était un ratage complet et elle a décidé de se l’enlever. Avec, encore là, un succès relatif.

Coincée entre la vie et la mort, elle se retrouve donc dans cette « bibliothèque de minuit » dont elle est l’unique usagère. Et pour cause : tous les livres qui s’y trouvent renferment une des vies qu’elle aurait pu vivre si… Si elle n’avait pas arrêté la compétition en natation. Si elle n’avait pas lâché le groupe de musique qu’elle avait formé avec son frère. Si elle était devenue glaciologue. Si elle avait accepté d’épouser Dan — ça, c’est tout récent et encore très douloureux.

Or, comme le savent depuis longtemps les amateurs de fantastique et comme tout le monde l’a découvert à présent grâce aux récentes productions Marvel et à des œuvres plus sobres, comme la série Parallèles ou plus éclatées comme le film Tout, partout, tout à la fois, il existe une multitude d’univers mettant en scène chacune des vies que nous aurions vécues si nous avions pris telle décision plutôt que telle autre. Nora va avoir l’occasion d’en découvrir une multitude. Peut-être pour corriger les erreurs passées. Peut-être pour remettre des pendules à l’heure. Peut-être pour… pour quoi, au juste ? Parce qu’une vie heureuse, c’est quoi, exactement ?

Oups ! Cela sent la morale édifiante et le livre de croissance personnelle. La bibliothèque de minuit n’est pas cela. Pas du tout. Matt Haig ne pontifie pas, ne tente pas d’élever ni d’éclairer. Il divertit au moyen d’un récit fantastique plutôt sombre au début et porté par une protagoniste pas particulièrement aimable. Sauf qu’on se laisse apprivoiser par elle au fil de l’histoire. Parce que les erreurs qu’elle commet, les obstacles qu’elle rencontre, les doutes qui l’emplissent sont, eux, extrêmement familiers.

Et on émerge de cette bibliothèque comme il se doit après un séjour parmi les livres : avec le sourire.

La bibliothèque de minuit

★★★

Matt Haig, traduit de l’anglais par Dominique Haas, Mazarine, Paris, 2022, 408 pages

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