«Match», récit d’une relation toxique

Le dernier livre de Lili Boisvert explore la façon dont une relation abusive peut s’installer avec perniciosité.
Photo: VLB Éditeur Le dernier livre de Lili Boisvert explore la façon dont une relation abusive peut s’installer avec perniciosité.

Alors que plusieurs lecteurs attendent le dernier tome de sa trilogie fantastique Anan, l’autrice et journaliste Lili Boisvert est plutôt revenue à ses premières amours — littéralement — avec une œuvre féministe. Au cœur du court roman Match., on découvre Émilie Martin, une femme dont le profil est un quasi-copier-coller de celui de la femme qui occupe désormais le poste de directrice adjointe de l’information au journal Métro.

Autofiction ? Difficile d’y voir autre chose, Émilie étant une jeune écrivaine et journaliste qui s’est lancée dans divers projets féministes, valeur qui lui est intrinsèque. C’est alors qu’à travers cette carrière qui prend son envol apparaît Ludwig, grâce à un match sur une application de rencontres. Mystérieux, vulnérable et charismatique, celui qui avait au premier coup d’œil le potentiel d’être l’amour d’une vie lui fait plutôt vivre un enfer d’un an et demi. Se déploient alors, doucement au début, puis de façon assumée, insultes diverses et manipulations abusives.

Peu à peu, la « femme forte », que tous s’entêtent à lui rappeler qu’elle est, commence à se perdre de vue et à s’oublier au profit de celui qu’elle aime. Elle endure même une sexualité problématique et rigide sans broncher afin d’éviter une énième crise de colère. On y retrouve d’ailleurs le principe du cumshot, sujet du premier livre de Lili Boisvert. Cette idée d’emprise de la femme demeure, bien que l’essai ait été remplacé au profit de la fiction. « Il disait qu’il se sentait obligé de me respecter, et que ça nuisait à son désir », raconte Émilie Martin.

Des phrases criantes de vérité comme celle-ci, qui demandent au lectorat de reprendre son souffle un instant tant elles choquent, abondent dans l’œuvre : « Et puis il fallait que je me souvienne que je ne vivais pas dans un monde égalitaire, et que j’arrête de me comporter comme si c’était le cas. Il fallait que je baisse mes attentes. »

Match. met en lumière, avec un éclairage cru, l’une des formes les plus banales et les plus pernicieuses, mais pas moins violente pour autant, que peut prendre une relation toxique. La femme n’est pas toujours une héroïne et l’homme un meurtrier. Parfois, c’est un aveuglement, des propos malsains et l’illusion que tout va bien.

 

Match.

★★★ 1/2

Lili Boisvert, VLB éditeur, Montréal, 2022, 192 pages

À voir en vidéo