Roman québécois - Des voix dans la tête

Zoé a 26 ans, Alec en a 40, ils sont ensemble depuis six ans et filent en apparence un bonheur parfait. Mais elle veut un bébé alors que lui n'en veut pas («Je n'aurai pas d'enfants avec une fille qui retourne aux études, qui pense les arrêter, qui se plaint de son travail, qui ne veut pas le lâcher [...], une fille qui ne sait pas ce qu'elle veut!»). Il y a moins de six mois, pourtant, Alec était encore le soleil de sa vie, sa lumière, sa respiration, celui qui la comblait et la rendait heureuse. Mais cela, c'était il y a six mois.

Alors, Zoé le quitte. Pour voir... Pour voir d'un peu plus près, par exemple, un séduisant prof de psychologie — la quarantaine avancée, propriétaire de BMW et... marié. Foudroyé par le départ de Zoé, malmené par sa conscience, Alec sombre de plus en plus profondément dans le désarroi.

Aux prises avec des voix dans sa tête, des images qui dansent sous ses paupières, Alec se laisse ballotter par les événements. «J'étais si sûr d'elle. Si certain, c'est écoeurant. Là, tu t'aperçois que tu t'es trompé, hein mon coco, tout a ses limites ici-bas, tout a ses limites sauf toi, tu es le con illimité, le brave boxeur qui ne lance jamais la serviette avec son moral bungee ridicule. Arriveras-tu au bout de cette écoeuranterie, tu as peur de quoi, d'arriver au bout, je suppose? Oui, je sais, l'amour, on veut pas toucher la limite de ça. Qui voudrait cesser d'aimer?»

Et parce que «la femme est nombreuse», Zoé discute de la situation avec deux de ses amies. De brefs chapitres de dialogues bruts entre copines, de conseils et de commentaires stratégiques, alternent ainsi avec les épisodes d'introspection galopante d'Alec.

Un roman à la prose essoufflante, servi par une narration qui mêle allégrement le flux de la conscience et la description classique. Normand Corbeil, dont c'est le second roman après Un congé forcé (l'Hexagone, 1996), nous donne ici quelque chose d'un peu informe et de vaguement indigeste. On comprend bien que l'auteur ait cherché, par cette logorrhée narrative, à transmettre l'obsession et l'incompréhension qui étranglent son personnage — jusqu'à la folie et la cacophonie narrative. Mais on cherche en vain où se trouve dans ces pages «l'invention formelle» que nous vante l'éditeur, le monologue intérieur faisant partie de la boîte à outils du romancier depuis une centaine d'années déjà...

Variation no 6543 sur le thème de la rupture amoureuse, Voix nous offre une approche somme toute classique de l'amour et du couple, désamorcée par une conclusion surprenante. Une fin rocambolesque et précipitée, où les deux hommes se retrouvent aphasiques après une altercation violente — et un diagnostic d'«état schizoïde borderline» pour Alec. Un roman sensible mais brouillon, qui se perd dans son intention de vouloir tout dire.