Paroles de femmes

24 autrices prêtent leur voix à des victimes anonymes.
Photo: Actes Sud 24 autrices prêtent leur voix à des victimes anonymes.

Complément à la série manifeste présentée sur Arte en octobre, laquelle consistait en 24 courts métrages portant sur la violence faite aux femmes, H24 réunit 24 brefs récits inspirés de faits divers écrits par 24 autrices de 11 pays sous la direction de Nathalie Masdurand et Valérie Urrea. Parmi ces personnalités qui prêtent leur voix à des femmes anonymes, mentionnons l’écrivaine américaine Siri Hustvedt, la politicienne française Christiane Taubira et la romancière finlandaise Sofi Oksanen.

Comme son sous-titre l’indique, ce livre percutant relate 24 heures dans la vie d’une femme parce que les agresseurs frappent à toute heure. « Il nous faut cette urgence quand c’est une femme qui crie, de prendre sa défense, qu’elle soit transgenre ou cis », écrit la Camerounaise Jo Güstin dans « Le cri défendu », où une femme affirme fièrement ne plus avoir peur de passer à l’action pour défendre ses sœurs. Hélas, elles ne sont toutefois pas nombreuses dans H24, certaines s’adressant à nous post-mortem.

Du flirt insistant au féminicide, en passant par les insultes sexistes, les attouchements et le viol, ces 24 récits narrés à la première personne illustrent avec justesse l’humiliation, la tristesse, la peur et la détresse que vivent les femmes à un moment ou l’autre de leur vie, quand ce n’est pas au quotidien, peu importe leur âge, leur origine. Dans « Signes », de l’Allemande Angela Lehner, c’est du point de vue de l’homme que nous est racontée l’agression. « Non mais quelle salope hystérique ! Je voulais rendre service », dit-il en tentant de trouver le soutien des passagers de l’autobus après avoir fait une proposition indécente à une femme qui voulait simplement s’asseoir après une dure journée de travail.

On ne lit pas H24 avec plaisir tant chaque récit renvoie douloureusement à une réalité qu’on peut avoir vécue ou dont on a pu être témoin, mais on ne le lit pas moins avidement. Si certaines histoires sont plus légères, comme celle d’Alice Zeniter, « 10 cm au-dessus du sol », où une femme est contrainte par ses employeurs à porter des talons hauts, l’union de ces 24 voix féminines forme un puissant cri du cœur dont on ne peut ignorer la portée.

 

H24

★★★★

Collectif, Actes Sud et Arte Éditions, Paris, 2021, 187 pages

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