L’afroféministe bell hooks n’est plus

Originaire de Hopkinsville, au Kentucky, bell hooks a publié son premier livre de poèmes, «And There We Wept», en 1978.
Photo: Domaine public Originaire de Hopkinsville, au Kentucky, bell hooks a publié son premier livre de poèmes, «And There We Wept», en 1978.

L’écrivaine militante afroféministe bell hooks est décédée mercredi des suites d’une longue maladie, à l’âge de 69 ans.

De son vrai nom Gloria Jean Watkins, bell hooks avait choisi ce pseudonyme, qu’elle écrivait sans majuscules pour ne pas mettre l’accent sur son nom, mais bien « sur la substance du livre », en référence à son arrière-grand-mère, Bell Blair Hooks.

Originaire de Hopkinsville, au Kentucky, bell hooks a publié son premier livre de poèmes, And There We Wept, en 1978. Elle a depuis publié une quarantaine d’ouvrages, dont les thèmes principaux étaient le racisme, le féminisme, les débats sur le genre, l’amour, mais aussi la solidarité entre femmes. Enseignante, elle considérait la pédagogie comme un « travail politique », mentionnait Estelle Ferrarese dans un article consacré à son œuvre dans la revue Recherches féministes. bell hooks se décrivait comme « socialiste et “féministe révolutionnaire” », écrit Ferrarese. « Concevant d’un côté l’université comme un lieu d’éducation à la conscience critique, bell hooks appelle, de l’autre, les intellectuels à aller parler “dans les églises et dans les maisons” », écrit-elle.

Sororité politique

Parmi ses influences majeures, elle citait Martin Luther King et James Baldwin. « Martin Luther King a été mon maître parce qu’il m’a fait comprendre l’importance de la communauté bien-aimée », disait-elle en entrevue au Appalachian Review, en 2012.

Ferrarese cite le texte le plus connu de bell hooks, Sororité : la solidarité politique entre les femmes, paru en 1984. « Elle refuse de fonder la solidarité sur une sympathie réciproque née de la souffrance partagée. C’est, en lieu et place d’une condition victimaire universelle, un engagement politique qui doit en être le fondement », écrit-elle.

La famille de bell hooks a fait paraître un communiqué pour indiquer son décès. « Nous sommes honorés que Gloria ait reçu de nombreux prix et ait connu une renommée internationale pour ses travaux en tant que poète, autrice, féministe, professeure, critique culturelle et militante », écrit-elle.

Pour Gabriella Garbeau, propriétaire de la librairie Racines, qui vise à « célébrer les écrivains autochtones et racisés », bell hooks a ouvert la voie à d’autres écrivaines afroféministes.

Traductions tardives

La propriétaire déplore cependant que plusieurs titres de bell hooks ne soient toujours pas traduits en français. All About Love est d’ailleurs l’un des meilleurs vendeurs de la librairie, qui souligne le décès de l’écrivaine et militante en offrant 15 % de rabais sur ses ouvrages. Au dos de ce livre, on peut lire que le magazine Utne a nommé bell hooks parmi les « 100 visionnaires qui peuvent changer votre vie ». Ses essais Ne suis-je pas une femme ? et De la marge au centre : théorie féministe ont pour leur part été traduits très tardivement en français.

Pour Estelle Ferrarese, « l’œuvre de bell hooks a donc la particularité d’être écrite dans une large mesure au passé ; d’un bout à l’autre, elle contemple un échec, une promesse évanouie, celle des luttes féministes (et, parallèlement, celle du mouvement de libération des Noirs) ».

Il restera à la relève de faire mentir ce constat.

Sur sa page Facebook, la librairie Racine, qui se trouve rue Saint-Hubert, à Montréal, a annoncé qu’elle espérait pouvoir organiser un événement à la mémoire de l’autrice.

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