«Ce qui nous lie»: un exercice électoraliste avant tout

Sous la direction éditoriale de Sol Zanetti, les auteurs et autrices réaffirment dans l’ouvrage leur adhésion au projet indépendantiste à travers de courts chapitres thématiques.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Sous la direction éditoriale de Sol Zanetti, les auteurs et autrices réaffirment dans l’ouvrage leur adhésion au projet indépendantiste à travers de courts chapitres thématiques.

Fruit de l’effort collectif de la députation de Québec solidaire, l’essai Ce qui nous lie. L’indépendance pour l’environnement et nos cultures est paru le mois dernier en marge du congrès consacré à la préparation de la prochaine campagne électorale. Sous la direction éditoriale de Sol Zanetti, les auteurs et autrices réaffirment dans l’ouvrage leur adhésion au projet indépendantiste à travers de courts chapitres thématiques présentant les avantages de cette option, mais échouent à en faire valoir l’immédiate nécessité.

D’entrée de jeu, Gabriel Nadeau-Dubois évoque dans son texte la nécessité d’imaginer l’indépendance hors des habituelles querelles Québec-Canada. Toutefois, force est d’admettre qu’utiliser l’État fédéral comme repoussoir est une stratégie trop utile pour s’en priver. Ainsi apprend-on dans Ce qui nous lie que l’exploitation destructrice du territoire relève principalement de la volonté d’Ottawa, tandis que sont passés sous silence les « efforts » québécois en la matière. Rappelons à cet effet que la gestion des forêts demeure de compétence provinciale. Dans la même veine, aussi imposant soit-il, le projet colonial canadien ne saurait faire oublier que la colonisation massive de l’Abitibi dans le sillage de la crise économique de 1929 a été planifiée à partir de Québec.

Cette propension des députés de Québec solidaire à attribuer à des forces extérieures l’origine des maux vécus ici a ceci de commode qu’elle permet de faire l’économie d’une introspection potentiellement douloureuse. À ce titre, l’insistance sur l’action délétère des multinationales a pour effet de masquer les inégalités « ordinaires ». Nul besoin, en effet, d’être milliardaire pour contribuer à la paupérisation de la population, mais le parti a tout avantage à ménager les sensibilités des classes plus aisées dont il courtise désormais le vote. De même, s’il est souvent question dans l’ouvrage de protection de l’environnement, les textes sont avares de détails concernant les sacrifices à faire en vertu de ce rapport nouveau à la nature.

L’idée la plus féconde de la publication consiste à présenter l’indépendance du Québec comme favorisant l’autonomisation des peuples autochtones, entre autres par la possibilité offerte de court-circuiter l’inique Loi sur les Indiens fédérale. Il est toutefois dommage que ce projet d’alliance nouvelle ne soit pas approfondi davantage en dehors des textes signés par l’artiste Natasha Kanapé Fontaine et par le militant Michaël Ottereyes, d’autant plus qu’il est initialement présenté comme central.

Pourquoi avoir choisi de réunir sous le thème de l’indépendance une série de mesures dont la majorité peut être réalisée dans le cadre fédéral actuel ? En voyant défiler au long de la lecture les noms des figures marquantes du Parti québécois, dont on exalte au passage l’histoire, on comprend qu’il s’agissait avant tout d’occuper l’ancien créneau du parti de René Lévesque, quitte à remettre à plus tard la tâche d’identifier ce qui nous lie réellement.

Ce qui nous lie L’indépendance pour l’environnement et nos cultures

★★ 1/2

Sous la direction de Sol Zanetti, Écosociété, Montréal, 2021, 136 pages

À voir en vidéo