Le prix Femina décerné à Clara Dupont-Monod

Éditrice et journaliste de 48 ans, Clara Dupont-Monod raconte dans «S’adapter» l’arrivée d’un enfant handicapé dans une fratrie.
Photo: Facebook / Éditions Stock Éditrice et journaliste de 48 ans, Clara Dupont-Monod raconte dans «S’adapter» l’arrivée d’un enfant handicapé dans une fratrie.

Le jury du prix Femina, qui ouvre la saison des prix littéraires en France, a remis lundi le prix du roman français à Clara Dupont-Monod pour S’adapter, et le prix du roman étranger au Turc Ahmet Altan pour un roman écrit en prison.

Réuni au musée Carnavalet à Paris, le jury, qui a la spécificité d’être exclusivement féminin, a choisi cette lauréate au huitième tour, avec six voix, contre cinq à Thomas B. Reverdy pour Climax  (Flammarion).

Éditrice et journaliste de 48 ans, Clara Dupont-Monod raconte dans S’adapter (éditions Stock) l’arrivée d’un enfant handicapé dans une fratrie.

Ce prix, « je voudrais le dédier à tous les êtres différents, qui sont quand même 12 millions en France, et à toutes leurs fratries, tous ceux qui s’en occupent », a-t-elle commenté devant la presse.

L’autrice, prévenue par son éditeur, a raconté avoir été surprise par la nouvelle. « C’est très émouvant : ça va au-delà du livre, ce que ce prix couronne, et c’est ça qui me touche », a-t-elle expliqué.

Le Femina est le premier des grands prix littéraires d’automne remis en France, avant le Médicis mardi, le Grand Prix du roman de l’Académie française jeudi, et les prix Goncourt et Renaudot le 3 novembre.

Interdit de voyage

Le prix Femina du roman étranger est allé à Ahmet Altan pour Madame Hayat (Actes Sud), roman écrit en prison qui n’est pas encore paru dans sa langue d’origine.

Le jeune narrateur tombe amoureux de cette dame plus âgée que lui, dont il écrit qu’« elle n’était pas belle à proprement parler, mais elle avait quelque chose de plus attirant encore que la beauté, un pétillement de vitalité ».

Sorti de prison en avril après sa condamnation pour participation au coup d’État manqué de 2016, qu’il nie fermement, l’écrivain et journaliste de 71 ans ne peut quitter son pays.

« Malheureusement, je ne pourrai pas être avec vous aujourd’hui […] voyager hors de Turquie m’étant interdit », a-t-il déclaré dans une vidéo de remerciement au jury.

Dans une lettre lue à la presse par son éditeur français, Timour Muhidine, l’auteur a dédié ce prix Femina « à toutes les femmes turques et kurdes injustement emprisonnées ».

L’administration et ses dérives

Enfin, le prix de l’essai a été décerné à Annie Cohen-Solal pour Un étranger nommé Picasso  (Fayard), qui raconte comment le maître espagnol n’a jamais acquis la nationalité française.

L’historienne, interrogée par l’AFP, s’est dite ravie. « Il se trouve que Picasso a 140 ans aujourd’hui ! C’est un homme qui ne s’est jamais plaint de ce qui lui est arrivé, alors que pendant des décennies, il a vécu quelque chose que vivent tous les étrangers : il allait au commissariat tous les deux ans mettre ses empreintes. Il n’en a jamais dit un mot », a rappelé la gagnante.

Quand il demande la nationalité en 1940, « c’est un obscur fonctionnaire de guichet, un petit bonhomme avec un pouvoir exorbitant, un véritable pétainiste, qui a enterré son dossier. J’ai découvert son nom, et j’ai pu comprendre comment même un grand génie n’est pas à l’abri de l’administration », a-t-elle ajouté.

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