Astérix au pays du mythe

C’est le premier album sans Uderzo dans les parages.
Photo: Les éditions Albert René/Goscinny-Uderzo C’est le premier album sans Uderzo dans les parages.

Que l’on soit d’accord ou pas avec l’idée qu’Astérix ait survécu à la mort de ses deux créateurs, Goscinny en 1977 et Uderzo en 2020, il n’en demeure pas moins que la parution d’une nouvelle aventure demeure un événement littéraire majeur qui chatouille la curiosité du lectorat. Depuis qu’ils ont pris les rênes de la série il y a de cela près de 10 ans, le dessinateur Didier Conrad et l’auteur Jean-Yves Ferri ont lancé cinq albums, dont le plus récent, Astérix et le Griffon, paraît jeudi.

Un album différent, dans lequel on ressent une certaine détente de la part des créateurs, qui se permettent même de nous offrir un récit un peu plus introspectif que d’habitude alors que c’est dans les lointaines steppes de l’est, chez les Sarmates, un peuple nomade chez qui ce sont les femmes qui vont à la guerre, que se retrouvent nos héros. Leur quête ? Trouver, avant les Romains, une créature mythologique : le Griffon, mi-aigle, mi-lion. L’auteur, Jean-Yves Ferri, nous parle de ce qui a mené les Gaulois dans cette aventure.

C’est le premier album, donc, sans Uderzo dans les parages. Libérateur ou pas ? « Uderzo a quand même vu la genèse de départ, mais cette liberté n’est pas liée à lui, puisque l’écriture était déjà en cours lors de son décès. La liberté s’est installée au fil des cinq albums. Elle est possible, cette libération, parce qu’on a de l’expérience avec Astérix, qui nous permet de voir d’autres pistes. »

Qu’est-ce qui a changé depuis la première fois ? « On a l’impression que c’est assez simple, Astérix, avec des Gaulois récalcitrants qui distribuent des gifles, mais, en réalité, c’est un équilibre subtil. C’est cette recette qui a été difficile pour nous à trouver : une aventure qui a l’air assez naïve au premier degré, mais qui s’avère un peu plus à tiroirs lors de la lecture. En plus, on avait envie d’y ajouter notre propre sensibilité. »

Et cette sensibilité, on la retrouve dans la structure du récit, un peu différent des autres. « Contrairement au premier album [Astérix chez les Pictes], 2013), que j’avais attaqué avec le souci du modèle, celui-là est parti du plaisir d’inventer un petit conte qui commencerait par “Il était une fois… au pays des Sarmates”, alors que, d’habitude, Astérix et Obélix sont dans le contexte d’un vrai pays, avec des stéréotypes dont on va se moquer. »

Prendre le pari de se moquer d’une culture, justement, c’est courir le risque d’offenser, même sans intention. C’est à se demander si ce n’est pas plus simple de parler d’un peuple aujourd’hui disparu. « Pas du tout, mais comme cela restait un territoire neuf, puisqu’il n’y a que des documents très restreints sur les vrais Sarmates, ça me permettait d’inventer un royaume et d’y établir les règles, à ma manière. »

 
Photo: Les éditions Albert René/Goscinny-Uderzo Une case d’«Astérix et le Griffon»

Astérix et le Griffon

★★★ 1/2

Scénario : Jean-Yves Ferri. Dessins : Didier Conrad. Les Éditions Albert René, Paris, 2021, 48 pages.

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