«Marie-moi, Peter Pan»: soigner sa sortie

L'écrivaine Laviolette
Photo: Julie Artacho L'écrivaine Laviolette

À 33 ans, Élizabeth Leblanc, mariée et maman de deux enfants, apprend qu’elle souffre d’une maladie dégénérative. Alors que son cerveau se détériore lentement, que sa vue se dégrade, que ses propos deviennent de plus en plus farfelus ou incohérents, la jeune femme excentrique souhaite laisser une trace avant de partir. Elle se lance ainsi dans la peinture de chats fluo en écoutant du disco.

Pendant qu’elle est encore jeune et belle, elle veut aussi se prouver qu’elle peut séduire comme une héroïne de Jane Austen ou d’Emily Brontë. S’ensuit une amitié avec un homme plus jeune qu’elle. Une amitié intéressée pour le second. Heureusement, son fidèle mari ne lui en tient pas rigueur. Au fil des années, Élizabeth, qui ne veut pas finir ses jours dans un CHSLD, jongle avec différentes options : l’aide à mourir, engager un tueur à gages ou se la jouer Thelma et Louise avec sa meilleure amie, Doriane Doré. En attendant, elle rêve d’épouser Peter Pan et de s’envoler avec lui au Pays imaginaire.

« Peter pis moi, on va lui envoyer des fleurs, à la vieillesse, des esties de vieilles fleurs pourries, pis on va rire, crisse, oui, pendant fucking longtemps, en fumant pis en mangeant des bonbons surettes ! »

Avec un sens admirable de l’observation des petits gestes qui en disent long sur ceux qui les posent, une langue bien vivante qu’elle n’a pas peur de maltraiter afin que les dialogues et les monologues intérieurs sonnent plus vrai, Laviolette s’attache au destin d’Élizabeth et, par la bande, de Doriane, de 1994 à 2049. Rarement la maladie, la vieillesse et la mort n’auront été traitées avec autant d’insolence, d’humour et de fraîcheur que dans ce roman aux ellipses échevelées qui démarre laborieusement.

Plus on approche du moment fatidique, plus la plume de cette native de Sainte-Thérèse, qui signe son premier roman, se fait crue, franche et fantaisiste. Ce décalage entre la liberté de penser des personnages et la triste réalité de la maladie lui évite ainsi de sombrer dans le pathos. Et pourtant, elle ne lésine pas sur les tristes détails pour illustrer la décrépitude d’Élizabeth. Ode à la résilience doublée d’un pied de nez à la mort, Marie-moi, Peter Pan célèbre la vie avec une fébrilité contagieuse.

Marie-moi, Peter Pan

★★★

Laviolette, XYZ, Montréal, 2021, 287 pages

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