«Justice sera-t-elle enfin rendue?»: s’élever contre un pouvoir multimillénaire

La condamnation, à New York, de Harvey Weinstein (né dans cette ville en 1952) par un tribunal pénal devant jury en 2020 à 23 ans de prison ferme pour agression sexuelle et viol constitue à ce jour la plus grande victoire du mouvement #MoiAussi.
Photo: Frederic J. Brown Agence France-Presse La condamnation, à New York, de Harvey Weinstein (né dans cette ville en 1952) par un tribunal pénal devant jury en 2020 à 23 ans de prison ferme pour agression sexuelle et viol constitue à ce jour la plus grande victoire du mouvement #MoiAussi.

Dans son bel essai sur le mouvement #MoiAussi, Justice sera-t-elle enfin rendue ? Weinstein, Matzneff, Rozon et les autres, la féministe québécoiseThérèse Lamartine évoque la duplicité du pouvoir masculin, qui, par des stratagèmes visant l’inconscient, tente de mystifier l’opinion. Ainsi, l’avocate principale de Harvey Weinstein était la personne idéale pour discréditer les femmes que le producteur hollywoodien avait agressées sexuellement.

Qui mieux qu’une femme, en effet, pourrait convaincre que les femmes inventent ? Cela, explique l’essayiste, « provoque son effet dans la salle d’audience dont on espère qu’il joue en faveur de l’accusé ». Mais la magie reste limitée. La condamnation, à New York, de Harvey Weinstein (né dans cette ville en 1952) par un tribunal pénal devant jury en 2020 à 23 ans de prison ferme pour agression sexuelle et viol constitue à ce jour la plus grande victoire du mouvement #MoiAussi.

Thérèse Lamartine établit ce qui doit être, selon elle, le principe de ce mouvement né aux États-Unis et devenu international : « Le but n’est pas de se venger, mais de changer ». Changer rien de moins que le cours multimillénaire des civilisations, explique l’essayiste si lucide, cela en ébranlant la suprématie masculine, souvent forte du pouvoir de l’argent, par l’acceptation de l’élémentaire différence, dans le jeu de la séduction, entre « gestes consentis » et gestes « non désirés ».

Car l’argent ne résume pas tout dans la suprématie masculine qui, encline à l’abus sexuel, peut aussi s’exercer au détriment de jeunes garçons, voire au détriment d’hommes adultes. Thérèse Lamartine répertorie ainsi 64 hommes connus qui, dans divers pays, ont une réputation sulfureuse d’agresseurs.

Parmi eux se trouve l’écrivain français désargenté Gabriel Matzneff (né en 1936), séducteur avoué des « moins de 16 ans », garçons ou filles, souvent obnubilés par son prestige littéraire qui tenait plus du parisianisme que de la critique sérieuse. Il sera dénoncé en 2020 par une de ses victimes, l’éditrice Vanessa Springora, dans Le consentement.

Photo: Hélène Lyonnais L’argent ne résume pas tout dans la suprématie masculine. Thérèse Lamartine répertorie 64 hommes connus qui, dans divers pays, ont une réputation sulfureuse d’agresseurs.

Vu le succès du mouvement #MoiAussi contre Weinstein, Thérèse Lamartine estime que le droit pénal canadien est trop favorable aux accusés par rapport au droit pénal américain. Si Gilbert Rozon, producteur québécois de spectacles (né en 1954), avait été jugé devant jury à New York, au lieu de l’avoir été par une juge seule à Montréal, serait-il en prison, comme Weinstein, demande-t-elle.

Elle s’indigne également que la Cour suprême ait refusé d’autoriser en justice civile, où la preuve est moins difficile à établir qu’en justice pénale, un recours collectif des victimes contre Rozon. Cela poussera des plaignantes à poursuivre individuellement au civil le prédateur sexuel allégué en déboursant chacune plus d’argent. Eh oui, l’argent symbolisera toujours le fait que la supposée séduction est en vérité une domination.

Extrait de «Justice sera-t-elle enfin rendue?»

« La philosophie féministe est une manière de penser le monde. D’abord et avant tout, une manière d’appréhender nos sociétés plus jamais sans les femmes. »

Justice sera-t-elle enfin rendue? Weinstein, Matzneff, Rozon et les autres

★★★

Thérèse Lamartine, M éditeur, Saint-Joseph-du-Lac, 2021, 200 pages



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