L’ALQ n’apaise pas les critiques initiales

Une des recommandations de M. Legault — un essai du chroniqueur Mathieu Bock-Côté — a déplu à beaucoup.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Une des recommandations de M. Legault — un essai du chroniqueur Mathieu Bock-Côté — a déplu à beaucoup.

En s’excusant lundi d’avoir retiré de ses réseaux sociaux une liste de lecture élaborée par le premier ministre Legault, l’Association des libraires du Québec (ALQ) souhaitait tourner la page sur un geste « regrettable ». Mais elle n’a pas apaisé toutes les critiques pour autant — notamment celle d’avoir détruit un « safe space » pour les personnes marginalisées.

Dans la genèse de ce qui avait motivé la décision initiale de l’ALQ, il y avait « un noyau dur » de critiques, expliquait mardi au Devoir le président du conseil d’administration de l’association, Éric Simard. Puis, « un moment donné, tout le monde s’en est mêlé, et c’est là que Katherine [Fafard, la directrice] a perdu le contrôle. »

Mais au lendemain de la volte-face de l’ALQ — qui s’est excusée et a remis en ligne les « prescriptions littéraires » de François Legault —, l’équipe de direction n’a pas voulu expliquer quelles critiques précises l’avaient incitée à amputer le message de M. Legault.

Ce dernier a participé mercredi dernier à un épisode de Lire en chœur, un événement que l’ALQ organise depuis le début de la pandémie et qui permet à un invité quotidien de proposer des coups de cœur littéraires.

Une des recommandations de M. Legault — un essai du chroniqueur Mathieu Bock-Côté — a déplu à beaucoup. D’autres ont dénoncé la seule présence du politicien à cette tribune, et notamment le fait qu’il ne reconnaît pas l’existence du racisme systémique au Québec.

« Safe space »

Les auteurs Nicholas Dawson et Pierre-Luc Landry (qui collaborent) font partie de ceux qui ont vertement critiqué l’invitation lancée à François Legault.

Dans une publication détaillée mise en ligne mardi, Nicholas Dawson explique être préoccupé depuis longtemps par « la représentation lacunaire des personnes racisées dans le milieu littéraire québécois », et notamment dans certaines publications de l’ALQ.

Il ajoute avoir toutefois noté récemment « de nets efforts » de l’ALQ pour corriger la situation. En reflet de cela : il a lui-même été invité à deux reprises pour participer à Lire en chœur, où il a pu recommander « une grande majorité de personnes marginalisées, surtout des personnes racisées. »

Un moment donné, tout le monde s’en est mêlé, et c’est là que Katherine [Fafard, la directrice] a perdu le contrôle

Mais voilà : Nicholas Dawson a compris de ces invitations que l’ALQ se « ralliait à [ses] revendications », et qu’elle construisait avec les prescriptions littéraires une sorte de « safe space » (un « espace sûr »).

C’est ce que l’ALQ aurait détruit mercredi dernier, laisse-t-il entendre. « L’ALQ a non seulement offert une visibilité importante à François Legault [à qui Nicholas Dawson adresse plusieurs reproches], mais elle l’a fait dans cet espace que plusieurs d’entre nous, personnes de gauche, femmes, personnes autochtones, personnes racisées, avons été heureux d’habiter. »

Pierre-Luc Landry reproche lui aussi à l’ALQ d’avoir donné une tribune à un homme politique « qui nie le racisme systémique et dont le parti a voté contre le principe de Joyce », élaboré après le décès de l’Attikamek Joyce Echaquan.

En réalité, la Coalition avenir Québec se dit en faveur du principe de Joyce. Mais elle a récemment voté contre une motion qui visait l’adoption du principe… qui demandait aussi la reconnaissance du racisme systémique au Québec. M. Landry dirige autrement plusieurs critiques contre l’ALQ, qui censure selon lui ses détracteurs.

Lundi, un groupe d’autrices qui avaient également formulé des critiques contre la présence de M. Legault avait dénoncé le refus de l’ALQ de dialoguer avec elles. « Les actions prises par l’ALQ [le retrait de la liste] ne proviennent pas de demandes de ces autrices », disait une publication faite par l’une d’entre elles, l’historienne Camille Robert. Cette dernière a indiqué mardi qu’une lettre ouverte collective serait bientôt publiée pour clarifier leur position.

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