«2030»: Greta sans ses nattes

L'auteur Philippe Djian
Photo: Witi De Tera / Opale / Leemage L'auteur Philippe Djian

« Elle était cool, non, il me semble. Ça ne m’étonne pas. Elle était plus marrante avec ses nattes, bien sûr. Aujourd’hui, elle me fait penser à Naomi Klein, pour différentes raisons. » Voici comment Philippe Djian imagine Greta Thunberg à travers le regard de Greg, l’un des six principaux personnages de 2030, roman nous projetant dans un futur où les bouleversements climatiques ont changé la face du monde. Et où la présente crise sanitaire n’est qu’un vague souvenir.

« Penser qu’il faisait quarante en Alaska augmentait la transpiration. Et l’amertume. Ou encore la rage. Ou même les deux, et l’incrédulité aussi — tout de même, parfois, il fallait se pincer. De voir à quel point le climat commençait à sérieusement nous lâcher. »

La jeune militante écologiste suédoise traverse ce roman d’anticipation en filigrane, chaque fois pour rappeler à Greg le fossé qui le sépare de sa nièce de 14 ans, Lucie, qui est de la même étoffe que Greta Thunberg, et Véra, éditrice de cette dernière. Homme brisé par la mort de sa femme et de son fils, Greg vit avec le poids d’un terrible secret. À la demande d’Anton, son beau-frère, il a trafiqué les résultats d’une recherche afin de permettre la vente libre d’un dangereux pesticide.

« Il fit la moue en examinant le décor alentour, le lac plombé, les bois décharnés, le ciel que filtrait une mousseline de soie couleur soupe aux flocons d’avoine »

Tandis que le romancier se plaît à décrire le désolant climat, rendant ainsi l’atmosphère de 2030 suffocante et poisseuse, il se faufile subrepticement dans l’esprit de ses personnages, brouillant les frontières entre les dialogues, les souvenirs et les fantasmes, dévoilant dans la foulée toute l’ampleur du drame familial.

S’il maintient habilement le suspense, Djian abandonne peu à peu les considérations environnementalistes au profit d’une liaison entre Greg et Véra, ponctuée des incartades sexuelles d’Anton, qui n’en peut plus de sa femme et de ses deux belles-filles. Puis, tout part en vrille. On tique sur le regard que posent les hommes sur les femmes, on s’explique difficilement les motivations du personnage central aux contours plus maladroits que flous et on se désole de cette finale hâtive et bâclée.

2030

★★ 1/2

Philippe Djian, Flammarion, Paris, 2020, 210 pages