«L’effet Trump»: l’extraterrestre de la Maison-Blanche

Charles-Philippe David insiste avec justesse sur la solitude de Trump et de l’Amérique, depuis l’arrivée au pouvoir en 2017 de l’homme imprévisible, rompu à «a diplomatie du
Photo: Evan Vucci Associated Press Charles-Philippe David insiste avec justesse sur la solitude de Trump et de l’Amérique, depuis l’arrivée au pouvoir en 2017 de l’homme imprévisible, rompu à «a diplomatie du "tweet"».

Au début de la crise de la COVID-19, le jeune fils de Charles-Philippe David dit au politologue montréalais : « Trump est comme un extraterrestre qui vit dans un univers parallèle. » Cela suggère à David l’idée d’un livre, L’effet Trump, sur la redéfinition de la politique étrangère américaine par un virus enfin personnifié ! L’auteur analysera par étapes en un brillant crescendo les décisions éclair d’un président de plus en plus seul.

Il insiste avec justesse sur la solitude de Trump et de l’Amérique, depuis l’arrivée au pouvoir en 2017 de l’homme imprévisible, rompu à « la diplomatie du tweet ». Il n’hésite pas à qualifier celui-ci de « missile non guidé », selon le mot d’un des experts auxquels il se réfère de façon judicieuse. Pour David, Trump « représente une idéologie foncièrement souverainiste, transactionnelle et antilibérale des relations internationales ».

Le président n’a-t-il pas, en 2018, devant l’ONU, martelé : « Nous ne céderons jamais notre souveraineté à la bureaucratie mondiale non élue et non imputable » ? Ce qui, pense David, placera « l’Amérique dans une situation unique depuis 1945 : celle d’une superpuissance de plus en plus isolée ». Le rayonnement des États-Unis, leur rôle d’arbitre démocratique et de pacificateur, idéaux pourtant traditionnels de son parti, les républicains, ne figurent pas parmi les priorités de Trump.

Des racines intérieures

La politique étrangère devient pour lui « la continuation de la politique intérieure par d’autres moyens », juge David, qui précise qu’elle se met alors « au service des objectifs électoralistes du président ». Il donne l’exemple « du déménagement de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, de la guerre commerciale avec la Chine, ou encore de l’abandon de l’accord nucléaire avec l’Iran ».

Obsédé par son intérêt personnel au point de le confondre avec celui de l’Amérique, Trump suscite la résistance du secrétaire à la Défense et des hauts gradés de l’armée, de même que des responsables du renseignement. Les uns trouvent injustifié le déploiement des troupes régulières pour endiguer les manifestations contre la brutalité policière à l’endroit des Afro-Américains, les autres s’indignent de voir le président négliger, par préjugé antibureaucratique, l’information sur la sécurité du pays.

Entre 2017 et aujourd’hui, Trump écoute de moins en moins ses conseillers en politique étrangère. Il ordonne seul, en janvier 2020, pour plaire à ses partisans aux États-Unis, l’assassinat du général iranien Soleimani en représailles, après l’attaque par des milices pro-iraniennes de l’ambassade américaine en Irak. En mars, il annonce l’interdiction des vols en provenance de l’Europe en raison de la COVID-19 dont il reconnaît tardivement la gravité.

Trump habite enfin l’univers parallèle suggéré à David. Là, sa vision de l’Amérique éclipse celle du monde.

Extrait de «L’effet Trump»

De deux choses l’une : ou bien un président démocrate saura, après bien des efforts, renverser les décisions dommageables que Trump a prises depuis 2017, ou bien c’est le monde qui devra définitivement s’adapter et revoir entièrement les fondements de l’ordre international — mais sans les États-Unis.

L’effet Trump. Quel impact sur la politique étrangère des États-Unis?

★★★★

Charles-Philippe David, PUM, Montréal, 2020, 168 pages