«Si près, si loin, les oies blanches»: au fil de la plume

De l’île d’Orléans à l’île Bylot, de Montmagny au lac Saint-Pierre, dans une langue sensible mais un peu empesée, Gérald Baril nous communique sa fascination pour ces oiseaux migrateurs.
Photo: iStock De l’île d’Orléans à l’île Bylot, de Montmagny au lac Saint-Pierre, dans une langue sensible mais un peu empesée, Gérald Baril nous communique sa fascination pour ces oiseaux migrateurs.

Toute bonne chose a une fin. Même l’été. Surtout l’été, lorsqu’on se trouve en Arctique, où les étés sont si lumineux et si courts, et qu’on est une oie blanche.

Mille cinq cents kilomètres au-delà du cercle polaire, sur l’île Bylot dans le parc national Sirmilik au nord-est de la Terre de Baffin, les grandes oies des neiges vont bientôt entreprendre leur voyage de retour vers le sud.

C’est par centaines de milliers qu’elles iront passer l’hiver le long des côtes américaines, entre le New Jersey et la Caroline du Nord, parcourant ainsi chaque année 8000 kilomètres de migration. Et comme on le sait, la plupart d’entre elles feront escale chez nous deux fois l’an, nous arrivant « par les hautes routes de l’air », comme l’écrit Félix-Antoine Savard.

Un itinéraire qu’évoque Gérald Baril — et auquel même il s’identifie — dans Si près, si loin, les oies blanches, un essai sous-titré «Récit d’une migration intérieure». Né en 1953, journaliste et rédacteur publicitaire, titulaire d’un doctorat en anthropologie culturelle, il signe ici un livre à mi-chemin entre le parcours personnel et la vulgarisation scientifique.

En 1993, un peu par hasard, Gérald Baril a contribué à monter une exposition sur la sauvagine à Montmagny, ville qui revendique le titre de « capitale de l’oie blanche ». Un projet, raconte-t-il, qui allait profondément changer sa manière d’être et sa vision du monde. « Je partis à la recherche des oies dans les archives de la science et de la culture, chez les littéraires et les zoologistes, dans les comptes rendus des explorateurs et dans les récits plus ou moins romancés de vieux et de jeunes… »

Il lui a vite fallu se rendre à l’évidence : « Le monde des oies m’était une nourriture dont je n’arrivais pas à me rassasier. »

Quelques années plus tard, il a même eu l’occasion d’acquérir, avec des amis, un terrain et deux petits chalets ayant appartenu au poète et naturaliste Pierre Morency — l’auteur de Lumière des oiseaux (Boréal, 1992). Situé à la pointe orientale de l’île d’Orléans, l’endroit fait face au cap Tourmente, un haut lieu de rassemblement des grandes oies blanches.

De l’île d’Orléans à l’île Bylot, de Montmagny au lac Saint-Pierre, dans une langue sensible mais un peu empesée, Gérald Baril nous communique sa fascination pour ces oiseaux migrateurs et les connaissances qu’il a su glaner au fil des ans, y mêlant aussi sa propre expérience de chasseur et son parcours intellectuel.

Ainsi, avec leur présence fidèle dans sa vie, les oies blanches ont fini au fil des saisons par raviver chez lui l’idée de communauté. Ancien marxiste pour qui importait avant tout « l’unité des langues et des nations », Gérald Baril s’opposait jusqu’en 1995 au projet indépendantiste québécois. Mais pour lui les choses ont changé. « Certaines des caractéristiques propres au mode d’être collectif des grandes oies blanches donnent prise au sentiment admiratif. Mais ce que nous voyons dans les oies va bien au-delà de leur réalité et vient davantage de nos aspirations et de nos craintes humaines. »

Et dans la trajectoire de ces oiseaux grégaires, il voit aujourd’hui un idéal de poésie, d’appartenance et de liberté.

Si près, si loin, les oies blanches

★★★ 1/2

Gérald Baril, XYZ, Montréal, 2020, 336 pages