​Biographie: Robert Blondin, utile et créatif

Bavard, ouvert et critique, Robert Blondin explique que c’est notamment pour parler de la radio d’hier et de son rapport à celle d’aujourd’hui qu’il a accepté de jouer le jeu de la biographie.
Valérian Mazataud Le Devoir Bavard, ouvert et critique, Robert Blondin explique que c’est notamment pour parler de la radio d’hier et de son rapport à celle d’aujourd’hui qu’il a accepté de jouer le jeu de la biographie.

Il y a, dans le parcours du communicateur Robert Blondin, beaucoup de théâtralité et de créativité, mais très peu de spectacle. Le Montréalais, qui se définit comme un homme de radio, mais qui a papillonné amplement dans son parcours, a toujours préféré « dire plutôt que lire », toujours dans l’objectif d’être utile.

L’animateur et réalisateur, qui a passé quelque 37 ans à Radio-Canada, fait l’objet d’une biographie signée Luc Gonthier, intitulée Robert Blondin : Pluriel, chez Somme toute. L’homme né en 1942 y aborde certes sa vie personnelle, mais aussi beaucoup son rapport à la parole, au théâtre, et donc au micro.

À ses yeux, la théâtralité — qui n’est absolument pas pour lui liée au vedettariat ou au spectacle — « est une façon de capter l’attention des gens, de rejoindre l’émotion des gens pour qu’ensuite ils puissent mieux écouter ce qui peut leur servir comme contenu », raconte-t-il en entrevue.

Ce qui marque à la lecture du récit de Gonthier, c’est qu’à une époque où les « annonceurs » se contentaient de lire leur texte, Blondin arrivait à contresens avec sa vision du métier. « Je n’ai pas été longtemps annonceur !, rigole le comédien de formation. J’ai rapidement interprété plutôt que lu les textes. Ça n’a pas toujours plu au monde, mais j’ai toujours demandé aux gens avec qui je travaillais de faire la même chose. »

Bavard, ouvert et critique, Blondin explique que c’est notamment pour parler de la radio d’hier et de son rapport à celle d’aujourd’hui qu’il a accepté de jouer le jeu de la biographie. Sur cette présence moderne au micro, par exemple, qu’il trouve souvent trop affectée. « On s’arrange pour se faire remarquer, soit dans la façon de dire ou de s’habiller, ou en créant de fausses controverses. C’est plus de la théâtralité ; c’est du cabotinage », tranche-t-il.

L’important, c’est le dosage, note celui qui comprend et partage ce désir d’être aimé par un public. « C’est humain ; c’est évident que, quand on travaille dans l’œil du public, on veut être aimé par beaucoup de gens, ça joue [dans la balance] », note-t-il en parlant d’une hypertrophie de l’ego, qui nous mène dans le mur. « Des vedettes qui interviewent des vedettes, le côté incestueux des programmations, moi, ça me tape sur les nerfs complètement. Il y a tellement de gens, des milliers de gens qui seraient intéressants à rencontrer, à découvrir, au lieu de toujours tourner en rond autour de la notoriété ».

Utile et multiple

Lors de ses années radio-canadiennes, Blondin a plus souvent qu’à son tour mis en lumière ces gens intéressants et méconnus, comme dans sa série sur le bonheur, diffusée de 1981 à 1984, ou lors des quelques épisodes de Sans frontières, une émission « d’intervention interactive d’entraide internationale ».

« J’ai toujours voulu me sentir utile. Je n’aurais pas pu être heureux sans me sentir utile. Des fois, c’est à deux ou trois personnes, des fois c’est à 100 000 à travers les médias. Mais pour moi, c’est essentiel. Et à travers ce métier-là, on peut vraiment être utile aux autres dans leur recherche à eux de lucidité, de compréhension. »

Utile, Blondin l’a été avec différentes émissions de radio, comme L’aventure et Le voyage, mais aussi avec des essais (souvent autour du thème du bonheur), des biographies (Gilles Duceppe, Marcel Sabourin) et des films, qu’il a réalisés ou scénarisés.

On s’arrange pour se faire remarquer, soit dans la façon de dire ou de s’habiller, ou en créant de fausses controverses. C’est plus de la théâtralité ; c’est du cabotinage.

Pluriel, donc ? « J’ai été un jack of all trades toute ma vie, dit-il en riant. En plus de tout ça, je suis également peintre, romancier, navigateur, merde ! J’ai navigué sur presque tous les océans. Alors, autrement dit, j’ai un paquet de chapeaux. Et, par hasard, dans ma vie, j’ai toujours collectionné les chapeaux et les casquettes. J’en ai pas mal, et j’en ai porté plusieurs. »

Cette biographie de Luc Gonthier, écrite en cycles, un peu comme viennent des vagues, permet aussi de creuser ce qui, dans la vie personnelle de Blondin, a mené à cet éclectisme. « Je dirais que j’étais probablement un gars anxieux qui se calmait en faisant plein de choses », résume celui qui a longtemps été du conseil d’administration de CIBL, et qui anime encore au Canal M.

Est-il à l’aise avec le fait que des pans souvent privés de sa vie soient couchés sur le papier — comme sa vie en commune ou sa relation avec ses enfants et avec ses parents ? « Je n’ai jamais pu dissocier ma vie personnelle, mes émotions, mes convictions, de ma vie professionnelle. Quand j’étais à Radio-Canada, je n’ai jamais cru à l’objectivité ; je n’y crois toujours pas. Je pense que l’honnêteté existe, oui, mais que la subjectivité est absolument inévitable. Donc, la vie personnelle, ce qu’on ressent, ce qu’on pense, entre nécessairement dans la construction de son travail. Je suis un être unifié, d’un bloc ! »

 

Robert Blondin: Pluriel

Luc Gonthier, Somme toute, Montréal, 2020, 208 pages