«Visions de Manuel Mendoza»: on dirait le Sud

On retrouvera ici le motif de la filiation, souvent exploité avec intelligence et sensibilité par Alain Beaulieu.
Photo: Chantal Blouin On retrouvera ici le motif de la filiation, souvent exploité avec intelligence et sensibilité par Alain Beaulieu.

Dans une sorte de Pérou fantasmé — Inca Kola, alpagas, cireurs de chaussures et cochons d’Inde grillés —, la mort soudaine de son épouse frappe Manuel Anatole Mendoza, un médecin sexagénaire.

Dans cette ville secondaire du pays, jamais nommée, elle dirigeait les Éditions du Soupir, maison qu’elle avait elle-même fondée avec un certain succès.

Lui qui, pourtant, n’y avait jamais mis les pieds, va décider de reprendre le flambeau de la maison d’édition. Le narrateur de Visions de Manuel Mendoza, le 11e roman pour adultes d’Alain Beaulieu depuis Fou-Bar (1997), le fait surtout pour racheter ses trop nombreuses absences au cours des 30 dernières années.

L’arrivée d’un mystérieux manuscrit, qu’elle aura elle-même envoyé sous pseudonyme à sa propre maison avant sa mort, découvre-t-on, ouvrira encore d’autres portes. Un véritable « chef-d’œuvre », dont Alain Beaulieu nous livre de larges extraits, qui ébranle les certitudes du docteur Mendoza. Et si sa femme n’avait jamais avorté il y a 30 ans ?

Afin de trouver des réponses, l’homme entreprend un voyage jusqu’aux Terres rouges, région natale de sa femme à l’autre bout du pays. En une série de courts chapitres, Manuel Mendoza se lance dans une course à obstacles afin d’éclaircir le mystère et de faire la paix avec sa propre conscience.

On retrouvera ici le motif de la filiation, souvent exploité avec intelligence et sensibilité par Alain Beaulieu, notamment dans Le fils perdu (Québec Amérique, 1999), mixé ici avec un peu de sauce andine comme dans Le postier Passila (Actes Sud, 2010).

La fabrication

Une mécanique efficace de roman de la route qui aurait pu créer des étincelles, si ce n’était de la psychologie simpliste des personnages, du décor exotique en papier mâché — où la corruption et la violence ne sont que des mots — et d’un épilogue festif et rassembleur qui nous fait basculer dans un univers à la Walt Disney.

Malgré une évidente maîtrise des formes, Visions de Manuel Mendoza donne l’impression de lire la traduction bien lisse d’un roman sorti des tiroirs d’un Carlos Ruiz Zafón. Un livre qui manque d’âme et sent un peu trop la fabrication.

Visions de Manuel Mendoza

★★★

Alain Beaulieu, Druide, Montréal, 2020, 336 pages