«Contagions»: esprit de corps

Paolo Giordano
Photo: Daniel Mordzinski Paolo Giordano

« L’après-midi, j’attends le bulletin de la Protection civile. C’est tout ce qui m’intéresse désormais. »

Nombreux sont les lecteurs qui se reconnaîtront dans ces mots de Paolo Giordano. Au moment où l’Italie est l’épicentre de l’épidémie de la COVID-19 en Europe, l’écrivain italien né en 1982, docteur en physique des « interactions fondamentales », auteur de La solitude des nombres premiers (2008, prix Strega et deux millions d’exemplaires vendus en Italie seulement) et de Dévorer le ciel (2019), a éprouvé l’urgence de s’exprimer.

Contagions, petit livre écrit à chaud en forme de manifeste pour temps de crise, devrait nous forcer à ouvrir les yeux sur une urgence sociale et environnementale beaucoup plus large.

Dans des circonstances exceptionnelles, et « comme une intervention d’utilité publique », son éditeur français, Le Seuil, a décidé d’offrir ce texte en libre accès sur le Web — il sera disponible en librairie par la suite.

« L’épidémie, écrit Paolo Giordano, nous encourage à nous considérer comme les membres d’une collectivité. Elle nous oblige à accomplir un effort d’imagination auquel nous ne sommes pas accoutumés : voir que nous sommes inextricablement reliés les uns aux autres et tenir compte de la présence d’autrui dans nos choix individuels. » Face à la contagion, ajoute-t-il, nous redevenons une communauté.

Mais une communauté bien plus large que celle de notre quartier, de notre ville ou de notre pays. Une fraternité tissée serré, faite d’hommes et de femmes de tous les continents, de plantes et d’animaux, fidèle à notre unique réalité : « Nous sommes l’espèce la plus envahissante d’un fragile et superbe écosystème. »

La contagion lui apparaît aussi être le symptôme d’un désordre écologique auquel nous ne sommes pas étrangers, rappelant que les « virus comptent parmi les nombreux réfugiés de la destruction environnementale ». En ce sens, les événements devraient nous forcer à réfléchir, estime Giordano. Peut-être serait-il temps que cette idée devienne… contagieuse.  

Contagions

★★★ 1/2

Paolo Giordano, traduit de l’italien par Nathalie Bauer, Seuil, Paris, 2020, 65 pages