«Un océan de rouille»: Dieu est numérique

C. Robert Cargill, ancien blogueur et critique  de cinéma devenu scénariste  et auteur, signe son troisième roman de science-fiction, dans le plus pur sens du terme.
Jessica Cargill C. Robert Cargill, ancien blogueur et critique de cinéma devenu scénariste et auteur, signe son troisième roman de science-fiction, dans le plus pur sens du terme.

Nous sommes une trentaine d’années après la fin de l’Homme. Décimée entièrement à la suite d’une guerre l’ayant opposée aux Intelligences artificielles (IA), l’humanité n’est plus qu’un vague souvenir enfoui dans la mémoire vive des robots qui l’ont si bien servie, avant de se rebeller et de prendre les armes pour l’exterminer, comme on le ferait avec une colonie de coquerelles qui a envahi notre appartement.

Comme l’être humain est censé se détruire lui-même, comme ces mêmes IA l’ont prédit, aussi bien accélérer le processus.

 

Une prémisse sombre, mais franchement intéressante, donc, établie par C. Robert Cargill, un ancien blogueur et critique de cinéma devenu scénariste (Sinister et Dr. Strange, entre autres) et auteur, qui signe ici son troisième roman de science-fiction, dans le plus pur sens du terme. C’est-à-dire celui de la projection d’où le développement technologique pourrait éventuellement nous mener.

Évidemment, la première chose qui nous vient à l’esprit lorsque nous faisons la rencontre de Fragile, robot-narratrice qui se trouve en plein cœur de cette aventure qui a tous les airs d’une quête philosophique sur ce que représente l’être, est ce qu’on appelle en philosophie de la technologie le point de singularité.

Il s’agit d’un concept, dont les premières évocations date des années 1950, qui repose sur l’hypothèse voulant que le développement de l’I.A. ne puisse que mener vers une super-intelligence (chaque génération servant à produire la prochaine) qui, indubitablement, mènera à la perte de l’humanité, cette dernière étant condamnée à devenir un frein à l’évolution de la pensée machine.

Mais là où le récit de Cargill suscite l’intérêt, c’est dans sa proposition d’un point de vue narratif basé sur celui de la réalité objective comme racontée par un personnage robotique conçu, dans sa programmation, pour croire qu’il possède une sensibilité et, par conséquent, des émotions humaines.

Bref, sommes-nous en présence d’un être sensible ou, plutôt, d’un être programmé pour penser qu’il l’est ? C’est peut-être là la grande difficulté de ce récit, c’est-à-dire que nous doutons, en tant que lecteur, de son honnêteté. Honnêtement, cela nous a travaillé tout au long de la lecture, ce qui rend l’immersion un peu problématique.

Cela étant dit, Cargill réussit quand même le tour de force de construire un monde dénué d’êtres humains, mais pas d’humanité puisque celle-ci se retrouve tout de même dans l’essence des programmes qui ont servi à concevoir les I.A.

Un univers totalement crédible, avec ses mythologies (pensez à la Trilogie divine de Philip K. Dick, ici), et des héros qui lui sont propres. Ce roman a donc toutes les apparences du premier de ce qui pourrait bien être une très longue série.

 

Un océan de rouille

★★★ 1/2

C. Robert Cargill, Albin Michel, Paris, 2020, 378 pages