Essais québécois: l’identité reste au caprice des tendances

Dans «Révolution Trump», Rafael Jacob dépeint avec humour le personnage du président américain, Donald Trump.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Dans «Révolution Trump», Rafael Jacob dépeint avec humour le personnage du président américain, Donald Trump.

L’épineuse question d’une identité québécoise en mouvement reste préoccupante tant chez les intellectuels qui jugent adaptable à l’évolution leur conservatisme plus tacite qu’avoué que chez ceux qui osent s’inspirer d’un progressisme nullement étranger à l’aventure. Le fédéralisme éternellement renouvelé, le Parti québécois avide de refondation et Québec solidaire toujours remuant concrétiseraient-ils chacun les idées de nos essayistes, si différentes entre elles ?

Dans La condition québécoise (Septentrion, 14 avril), l’historien Jocelyn Létourneau propose « une histoire dépaysante ». Il entend définir une « histoire non pas fondée sur l’axiome mélancolique d’une nation empêchée d’être et inaccomplie, en état continuel de survivance et de résistance, mais sur l’évidence d’une collectivité assurée et confiante ». À l’opposé, dans Une démission tranquille (Boréal, 28 janvier), le sociologue Jacques Beauchemin déplore « la dépolitisation de l’identité québécoise ». Défenseur de l’héritage de la Révolution tranquille, il craint que la dépolitisation identitaire mène jusqu’à « la folklorisation du Québec français ». De son côté, Geneviève Zubrzycki, sociologue originaire de Québec, publie un Jean-Baptiste décapité (Boréal, 21 janvier) qui reproche, au contraire, à la Révolution tranquille et à ses suites d’avoir rejeté l’influence du catholicisme.

 

Elle estime que le sacré redécouvert enrichirait, au moins par sa symbolique, le sentiment national autant que l’interculturalisme.

Préfacé par Catherine Dorion, députée de Québec solidaire, l’essai Un peuple libre (Écosociété, 12 mai), de Benoit Renaud, militant de ce parti, préconise « une indépendance inclusive » qui dépasserait « notre statut de colonisateur colonisé », cher, selon l’auteur, au PQ et à la CAQ. Un autre livre, aussi préfacé par un député de QS, Alexandre Leduc, Brève histoire de la gauche politique au Québec (Écosociété, 12 mai), du militant François Saillant, montre que QS s’inscrit dans une continuité.

Acteur de l’indépendantisme et du progressisme, Robert Comeau, ex-professeur d’histoire à l’UQAM, retrace, dans Mon octobre 1970 (VLB, 11 mars), son concours au Front de libération du Québec et rectifie de fausses interprétations.

Plus sage aujourd’hui mais toujours engagé, il se situe dans le sillage de celui qui, au XIXe siècle, donna sa dimension politique à notre histoire et à qui Patrice Groulx consacre la biographie complète si attendue : François-Xavier Garneau (Boréal, 14 avril).

Un auteur progressiste de l’époque apparaît plus radical : Louis-Antoine Dessaulles, neveu et disciple de Papineau. Georges Aubin et Yvan Lamonde présentent et annotent, sous le titre Paris illuminé. Le sombre exil (PUL, février), les lettres (1878-1895) de l’expatrié anticlérical. Quant à Jules Racine St-Jacques, il consacre un essai à un père dominicain qui, fondateur de l’École des sciences sociales de l’Université Laval, tenta d’unir l’Église à la modernité : Georges-Henri Lévesque (Boréal, 24 mars).

Deux autres livres traitent de l’évolution du progressisme : Aux origines de la social-démocratie québécoise. Le Conseil des métiers et du travail de Montréal 1897-1930 (M éditeur, mai), de Jacques Rouillard, et Cent ans de luttes. Faits saillants d’une histoire d’actions militantes et de combats solidaires (M Éditeur, mai), du Conseil central du Montréal métropolitain — CSN. Le syndicalisme états-unien influença le premier organisme, le syndicalisme de combat, l’autre, d’esprit plus canadien-français.

Les pots cassés (Somme toute, 28 janvier), du militant Pierre Céré, relate, de façon critique, l’histoire du quasi-démantèlement de l’assurance-chômage.

L’écologisme en soi n’est pas oublié. La Terre est une poubelle en feu ! (Somme toute, 7 avril), du chroniqueur Frédéric Bérard, s’en prend aux climatosceptiques et aux populistes.

L’archétype de tous ces gens, le président américain, Donald Trump, trouve un critique québécois en Rafael Jacob, chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand et auteur de Révolution Trump (Robert Laffont, 17 janvier), dans lequel il dépeint avec humour le personnage.