Essais étrangers: un chemin à travers le chaos

«La Terre inhabitable», de David Wallace-Wells, fait écho au réchauffement climatique.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «La Terre inhabitable», de David Wallace-Wells, fait écho au réchauffement climatique.

En 2019, Greta Thunberg et d’autres militantes, devant l’échec de la COP25 de Madrid qui se dessinait, ont déclaré que le réchauffement climatique est, au fond, « une crise des droits de la personne, de la justice et de la volonté politique ».

Dans La Terre inhabitable (Robert Laffont, 10 janvier), le journaliste américain David Wallace-Wells leur fait écho lorsqu’il estime que « la situation est pire, bien pire que ce que vous pouvez imaginer ».

En plus du livre de l’éditorialiste du New York Magazine, celui d’écologistes de la Colombie-Britannique, Matt Hern et Am Johal, intitulé Réchauffement planétaire et douceur de vivre (Lux, 6 février), exprime une inquiétude semblable autour d’un voyage vers les gens qui extraient un substitut au pétrole des sables bitumineux de l’Alberta, pratiquant là l’industrie la plus polluante de la planète.

Le philosophe français Pierre Charbonnier, dans Abondance et liberté (La Découverte, février), dresse « une histoire environnementale des idées politiques » pour établir que voir la nature comme une ressource illimitée est un leurre que les dirigeants doivent éviter.

 

Mais l’Américain Paul Krugman, Prix Nobel d’économie et chroniqueur au New York Times, croit, dans Lutter contre les zombies (Flammarion, 20 février), que Donald Trump et ses partisans détruiraient le monde.

Critique américain très radical de la droite de son pays, Noam Chomsky abonde dans ce sens. Dans La lutte ou la chute ! (Lux, 2 avril), entretiens avec le journaliste Emran Feroz, il parle entre autres du réchauffement climatique et de la présidence de Trump.

Ses compatriotes Emmanuel Saez et Gabriel Zucman, économistes, partagent le même esprit dans Le triomphe de l’injustice (Seuil, mars). À cause de leur baisse d’impôt, les ultrariches, notent-ils, paient moins au fisc que leurs secrétaires !

Un système sans âme

Devant l’essor de la vente en ligne qui provoque, surtout aux États-Unis, la fermeture d’un grand nombre de magasins, le capitalisme n’apparaît pas seulement comme une source d’inégalité, mais aussi comme un système sans âme.

L’essai Éloge du magasin (Gallimard, février), du sociologue français Vincent Chabault, dirigé « contre l’“amazonisation” », analyse ce changement en insistant sur les fonctions symboliques et le rôle social du magasin.

Les sociologues françaises Céline Bessière et Sibylle Gollac scrutent, quant à elles, un aspect souvent négligé des inégalités de richesse, dans Le genre du capital (La Découverte, mars), en abordant « la fabrique familiale des inégalités ».

Elles se demandent : « Pourquoi les femmes accumulent-elles moins de patrimoine que les hommes ? » Les luttes de classes en France au XXIe siècle (Seuil, février), de leur compatriote Emmanuel Todd, historien, traite notamment de la révolte des gilets jaunes.

Le philosophe français Michel Onfray consacre même un ouvrage entier aux Gilets jaunes. Grandeur du petit peuple (Albin Michel, janvier). Selon lui, leur révolte « montre qu’il existe en France, loin de la classe politique qui ne représente plus qu’elle-même, une alternative à cette démocratie représentative qui coupe le monde en deux, non pas la droite et la gauche, mais entre ceux qui exercent le pouvoir et ceux sur lequel il s’exerce ».

Rivalité États-Unis–Chine

Du côté de la scène planétaire, le meilleur exemple d’un conflit socio-économique se trouve dans la rivalité entre les États-Unis et la Chine qui aggrave la pollution industrielle responsable du réchauffement climatique.

Politologue français, Jean-Michel Valantin examine ce choc des géants dans L’aigle, le dragon et la crise planétaire (Seuil, mars). Sa compatriote Alice Ekman, sinologue, souligne, dans Rouge vif : l'idéal communiste chinois (L’Observatoire, 19 février), que le pays reste totalitaire.

Dans la nouvelle conjoncture planétaire, tant les États-Unis de Trump que le Brésil de Bolsonaro font d’Israël un point de repère de la droite internationale au pouvoir.

L’essai L’État d’Israël contre les Juifs (La Découverte, mars), du journaliste français Sylvain Cypel, montre qu’à cause de l’amitié de l’État juif avec cette droite qui partagerait avec lui autoritarisme et ethnicisme, la jeunesse juive américaine en particulier tourne de plus en plus le dos à cet État pour sauver la réputation des juifs de partout.

Pour remédier au chaos écologique et politique, il ne reste au singulier philosophe franco-britannique Mark Alizart qu’à proposer, dans Le coup d’État climatique (PUF, 24 mars), de déjouer, par une révolution, le complot contre l’humanité.